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Economie

La justice porte un coup d'arrêt à la bibliothèque numérique de Google

©

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 23/03/2011

Lundi, un tribunal fédéral a décidé que l’accord passé en 2008 entre Google et les éditeurs américains - pour scanner tous les livres du monde édités en anglais - conférait au géant de Mountain View un pouvoir trop important.

C’était l’un des projets les plus ambitieux de Google. Mais depuis mardi soir, le projet du géant de l’Internet de scanner puis de mettre en ligne tous les livres publiés dans le monde a connu un sérieux coup d’arrêt. Un tribunal fédéral américain a en effet décidé que cette grande œuvre "googlesque" allait "vraiment trop loin" et permettait au géant de Mountain View (Californie) d'écraser le marché de l’édition en ligne.

Plus concrètement, le juge américain Denny Chin s’est prononcé, à la demande du ministère de la Justice, sur la légalité d’un accord de 2008 entre Google et les deux principales associations de l’édition US : Authors Guild et l’Association of American Publishers. Il a jugé ce compromis trop à l'avantage de Google et estimé qu'il lui donnait virtuellement le droit de mettre en ligne n’importe quel livre, sans autorisation de son auteur.

Le jugement en anglais de la Cour de New York
google.books.settlement

L’accord en question prévoyait la création d’un fonds, alimenté par Google, pour rémunérer les auteurs. Le géant d’Internet s’était ainsi engagé à y verser 125 millions de dollars. En contrepartie, la multinationale pouvait continuer de scanner tranquillement tous les livres édités en anglais dans le monde. Les auteurs qui ne voulaient pas figurer dans cette bibliothèque virtuelle devaient, eux, en informer Google. Ce qui posait un problème pour les livres "orphelins" - ceux dont on ne trouve plus les ayants droits. Ce système n’a pas du tout plu au juge Denny Chin, qui a estimé que le moteur de recherche devait demander l’autorisation de scanner les ouvrages.

"Pas seulement de la littérature"

Ce jugement était très attendu. "Nous sommes déçus par la décision car nous pensons qu’il est important d’apporter au monde des millions de livres par ailleurs difficilement trouvables", a regretté dans un communiqué mardi soir Hilary Sware, porte-parole de Google. Mais le vrai débat est ailleurs : c'est plutôt une histoire de "gros sous".

Ce n’est pas un hasard si, outre le département américain de la Justice, ces poursuites en ont reçu le soutien de l’Open Book Alliance. Laquelle regroupe les principaux concurrents de Google - à commencer par Microsoft et Yahoo! L’accord, soumis au juge, "permettait à Google de s’immiscer un peu plus dans la vie privée et lui octroyait un monopole dans la recherche sur Internet", a commenté mardi soir Gary Reback, co-fondateur de l’Open Book Alliance.

Pour Google, les ouvrages ne sont, en effet, pas seulement de la littérature. Depuis 1998, Larry Page, co-fondateur (avec Sergeï Brin) de Google, rêve d’une bibliothèque numérique virtuelle qui fonctionnerait main dans la main avec son moteur de recherche. Dès son introduction en bourse en 2004, le groupe avait commencé à scanner des livres. Il en est désormais à plus de 15 milliards d’ouvrages numérisés.

Pas encore mort

Ces pages peuvent se révéler très lucratives. En effet, si les internautes peuvent utiliser Google pour rechercher le contenu d'un livre, le moteur de recherche en profiterait pour récupérer des informations sur leurs habitudes de lecture - ce qui permettrait de vendre des publicités plus personnalisées.

Microsoft, qui tente d’imposer son moteur de recherche Bing face à Google, n’avait pas envie de voir son ennemi faire main basse sur le marché. D’autres, comme Amazon, ne veulent pas d'un nouveau concurrent pour la vente de livres en ligne. En décembre 2010, Google a, en effet, lancé aux Etats-Unis une librairie virtuelle.

Mais le projet de Google n’est pas mort pour autant. Le juge Denny Chin a laissé entendre qu’il pourrait revenir sur sa décision si l’accord était renégocié. Si Google déploie tant d’efforts depuis 2004 pour parvenir à ses fins, il y a de fortes chances qu’il retourne discuter avec les éditeurs et les auteurs.

Première publication : 23/03/2011

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