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Asie - pacifique

La Chine durcit le ton contre la coalition internationale

Texte par Eric OLANDER

Dernière modification : 25/03/2011

Opposé à une intervention militaire contre le régime de Tripoli, le gouvernement chinois réclame un cessez-le-feu immédiat en Libye, où il possède d'importants intérêts économiques.

 

"Il faut renforcer l’objectif humanitaire en Libye et ne pas aggraver une situation déjà dramatique", a répété ce jeudi la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Jiang Yu, à l’occasion d’une conférence de presse à Pékin. Ces recommandations sont les dernières d’une longue série de reproches adressées à la coalition internationale depuis l’application de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies autorisant l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne ainsi que des frappes militaires contre la Libye.

Pékin, qui s’est toujours opposé à cette intervention, sans toutefois y opposer son veto - comme son statut de membre permanent lui en donnait le pouvoir -, réclame un cessez-le-feu immédiat.

À l’instar de nombreux pays du continent africain, la Libye est devenue ces dernières années un important partenaire économique de la Chine, dont les investissements s’élèvent à plusieurs milliards de dollars. Mais l’intervention militaire a changé la donne. Et le rapatriement de 35 000 Chinois consécutif aux bombardements a sérieusement entamé la coopération économique entre les deux pays.

Deborah Brautigam, spécialiste des relations sino-africaines à l’université de Washington, analyse pour FRANCE 24 la relation entre Pékin et Tripoli.

 


FRANCE 24 : Pourquoi la Chine fustige-t-elle avec autant de virulence les opérations militaires actuellement menées par la coalition internationale en Libye ?

Deborah Brautigam : Il faut rappeler que des infrastructures chinoises ont été endommagées lors des raids aériens. Pékin a été, en outre, contraint de rapatrier ses ressortissants pour des raisons de sécurité. Le gouvernement chinois était donc dans l’obligation de condamner ces actes. En ignorant ces attaques, le peuple chinois aurait eu le sentiment de n’être pas correctement défendu et protégé.

 

F24 : Comment la Chine jongle-t-elle entre ses intérêts économiques en Libye et ses obligations diplomatiques ?

D. B. : La Chine ne veut pas se mettre à dos le Conseil de sécurité des Nations unies, car elle a besoin de son soutien à long terme sur la question du Tibet ou de Taïwan. Or soutenir les sanctions économiques qui pèsent sur le régime de Tripoli ne représente pas un réel problème pour la Chine. Le pays compte peu d’installations pétrolières sur le sol libyen, contrairement au Soudan, où il a d’importants intérêts pétroliers.

 

F24 : La Chine a-t-elle plus d’affinités diplomatiques avec l’Afrique qu’avec l’Occident ?

D. B. : Les Chinois prennent souvent le pouls de l’Union africaine [UA] et des pays arabes avant de prendre une décision. Si la Ligue arabe n’avait pas soutenu l’instauration de la zone d’exclusion aérienne, les Chinois ne l’auraient pas laissé passer.

Malheureusement, la Chine ne peut s’assurer un soutien indéfectible de tous les États africains. L’UA ne soutient que mollement la Chine dans le dossier zimbabwéen - Pékin demande une levée des sanctions contre le régime de Robert Mugabe - ou encore dans l’épineux dossier du Darfour. Sur les 53 pays du continent, n’importe lequel peut retourner sa veste...

Les relations entre la Chine et l’Europe ou les États-Unis demeurent toutefois importantes. Ces deux derniers sont évidemment des piliers économiques incontournables pour l’ancien empire du Milieu.

 

 

 

 

Première publication : 25/03/2011

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