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Afrique

Le chef d’état-major de l'armée ivoirienne lâche Laurent Gbagbo

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 31/03/2011

Le général Philippe Mangou s’est réfugié avec femme et enfants à l’ambassade d'Afrique du Sud à Abidjan, indique Pretoria. Une défection qui tombe mal pour Laurent Gbagbo, encerclé par les pro-Ouattara et frappé par de nouvelles sanctions.

À tous ceux qui sont encore hésitants, que vous soyez officiers généraux, officiers supérieurs, officiers, sous-officiers ou militaires du rang, je vous demande de vous mettre à la disposition de votre pays et de rejoindre ainsi la légalité. Il est encore temps de rallier vos frères d'armes des Forces républicaines. Le pays vous appelle. Votre attitude républicaine pourra éviter de nouvelles souffrances aux populations.

La situation se corse pour Laurent Gbagbo alors que les forces armées fidèles à Alassane Ouattara ne sont plus qu'à une centaine de kilomètres de la capitale. Le général Philippe Mangou, chef d'état-major de l'armée ivoirienne, a lâché mercredi soir le président sortant.

Le général Philippe Mangou a trouvé refuge à l'ambassade d'Afrique du Sud à Abidjan, indique jeudi midi le site Internet du ministère sud-africain des affaires étrangères.

"Le gouvernement sud-africain souhaite informer du fait que le chef d’état-major de l’armée, le général Philippe Mangou, des Forces de défense et de sécurité (FDS), a trouvé refuge la nuit dernière dans la résidence de l’ambassadeur d’Afrique du Sud en Côte d’Ivoire, Mme Zodwa Lallie", indique le message. "Le général s’y trouve en compagnie de sa femme et de ses cinq enfants", précise encore le communiqué sud-africain.

Un haut responsable du ministère sud-africain des Affaires étrangères, Clayson Monyela, a ajouté que Philippe Mangou et sa famille ont été accueillis "pour raisons humanitaires", et qu'aucune décision n'a été prise quant à l'opportunité de leur accorder l'asile.

Les troupes pro-Ouattara à 100 km d'Abidjan

Des tirs se font entendre à Abidjan, ce jeudi, au quatrième jour de l’avancée fulgurante des forces pro-Ouattara depuis Yamoussoukro et San Pedro, deux villes dont elles se sont emparées hier et cette nuit. "Il y a des barrages de patriotes partout, cela tire beaucoup aux Deux Plateaux et vers Yopougon", témoigne un Observateur de FRANCE 24 vivant à Abidjan. Les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) favorables à Alassane Ouattara, se trouvent à présent à une centaine de kilomètres d'Abidjan, selon un témoignage recueilli par l’AFP ce jeudi midi.

"La progression [militaire] doit se poursuivre. L’objectif unique est de rétablir le verdict des urnes et d’instaurer la démocratie. La Côte d'Ivoire est une et indivisible. Gbagbo a quelques heures pour partir, sinon ce sera la marche sur Abidjan et ce sera plus compliqué pour lui", a affirmé mercredi soir, sur FRANCE 24, Guillaume Soro, le Premier ministre nommé par le président ivoirien reconnu par la communauté internationale, Alassane Ouattara.

Deux gendarmes français blessés par des pro-Gbagbo

Sanctions de l'ONU contre Laurent Gbagbo

Mercredi, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l'unanimité une résolution imposant de nouvelles sanctions à l'encontre de Laurent Gbagbo, de son épouse Simone et de leurs plus proches collaborateurs, prévoyant un gel de leurs avoirs et l'interdiction de voyager.

Le Conseil de sécurité a renouvelé son "entier soutien" aux forces de l'ONU présentes en Côte d'Ivoire (Onuci) qui peuvent recourir à "toutes les mesures nécessaires" pour assurer leur mandat qui est de protéger les civils et d'empêcher l'utilisation d'armes lourdes contre les population civiles.

Même si Guillaume Soro n’a pas voulu confirmer que les blindés des forces pro-Ouattara se dirigeaient à présent vers Abidjan - "Je ne vais pas dévoiler ici la stratégie militaire des Forces républicaines", a-t-il expliqué -, il n’a pas caché que le contrôle de la capitale économique ivoirienne était le but ultime de l'offensive.

Sur les Observateurs

En ville, la tension était déjà palpable, mercredi. Selon l'AFP, des tirs, notamment à l'arme lourde, ont été entendus dans plusieurs quartiers du nord de l'agglomération et de nombreux habitants sont rentrés précipitamment chez eux. Deux gendarmes français, en fonction à l'ambassade de France, ont été blessés et leur voiture a été la cible de tirs de la part de partisans de Laurent Gbagbo. Paris a dénoncé un acte "inadmissible".

"La situation a évolué très vite au cours des dernières 24 heures, résume Zoumana Zoom Dosso, le correspondant de RFI à Duékoué. Toutes les forces restées fidèles à Laurent Gbagbo sont désormais à Abidjan. S’il ne plie pas et que les forces pro-Ouattara arrivent, il y aura une grande bataille dans laquelle il risque d’y avoir beaucoup de dégâts. Des journaux parlent déjà du départ de Laurent Gbagbo en Afrique du Sud. Mais tout ceci n’est pas encore confirmé pour l'instant."


 "Nous ne rencontrons pas de résistance"

Les forces pro-Ouattara se sont emparées de deux villes symboliques ce mercredi : le port stratégique de San Pedro, premier port d'exportation de cacao au monde, et la capitale du pays, Yamoussoukro.

Ville natale de l'ancien président Félix Houphouët-Boigny, la capitale administrative ivoirienne est tombée facilement. Seuls quelques tirs de kalachnikov ont été entendus, selon le témoignage de certains de ses habitants. Guillaume Soro a déclaré "vouloir éviter les combats dans cette ville". Selon plusieurs témoignages recueillis par l’AFP, les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) favorables à Alassane Ouattara ont ensuite poursuivi leur route vers le sud, ne laissant qu'un petit détachement en ville.

Depuis quatre jours, les FRCI avancent sans difficulté vers le sud du pays, prenant le contrôle de villes symboliques comme Gagnoa, en "pays bété" (centre-ouest du pays), région natale de Laurent Gbagbo. "Nous ne rencontrons pas de résistance, mais des ralliements, a encore affirmé Guillaume Soro au micro de FRANCE 24. Nous avons déjà été contactés par plusieurs généraux qui ne se sont pas publiquement dévoilés, pour des raisons de sécurité. Les seules difficultés que nous avons rencontrées, c’est avec les miliciens et les mercenaires, du côté de Duékoué [ouest du pays]."

Première publication : 31/03/2011

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