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Afrique

Pas d'immunité pour le ministre démissionnaire libyen Moussa Koussa

©

Texte par Dépêche

Dernière modification : 31/03/2011

Réfugié à Londres après avoir quitté ses fonctions de chef de la diplomatie libyenne, Moussa Koussa, informateur-clé pour la coalition, est en lieu sûr mais n'aura pas le droit à une immunité, a affirmé le ministre britannique William Hague.

AFP - La défection à Londres de Moussa Koussa --tour à tour maître-espion, artisan de la répression puis de l'ouverture, et chef de la diplomatie libyenne-- est un signe de "l'effondrement du régime" de Kadhafi, a prédit jeudi le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague.

La désertion de cet apparatchik a été revendiquée comme une victoire dans la guerre psychologique contre le régime du colonel Mouammar Kadhafi, menée en parallèle aux frappes des Etats-Unis, Grande-Bretagne et France sous l'égide de l'ONU, contre les forces régulières libyennes.

"Sa démission montre que le régime de Kadhafi, qui a déjà enregistré des défections significatives, est divisé, sous pression et s'effondre de l'intérieur", s'est félicité M. Hague.

"L'entourage de Kadhafi réalise que les jeux sont faits", avait auparavant commenté un officiel américain.

"C'est l'un des hommes de la tente" sous laquelle vit le plus souvent Kadhafi, a affirmé sur Sky News Guma El-Gamaty, représentant à Londres du Conseil national de transition (CNT-opposition). "Il détient des tonnes de secrets." Est arrivé "avec des tonnes de documents".

Experte à la London School of Economy (LSE), Alia Brahimi a confirmé à l'AFP l'importance du personnage perçu comme "la créature du père" Kadhafi.

Pas d'immunité diplomatique

Prié d'indiquer si Moussa Koussa avait négocié l'asile et/ou une immunité, M. Hague a déclaré n'avoir pas abordé le sujet lors de ses récentes conversations téléphoniques avec son homologue libyen. "Moussa Koussa ne se verra pas offrir d'immunité par la justice britannique ni par la justice internationale", a-t-t-il assuré.

"Il est en lieu sûr, protégé, et nous discutons avec lui de ses options et des nôtres," a-t-il ajouté, sibyllin. Il n'est pas en état d'arrestation, a précisé un porte-parole du 10, Downing street.

Le fugitif a atterri mercredi soir sur le petit aéroport de Farnborough, après une mystérieuse "visite privée de 48 heures" en Tunisie.

Il est susceptible de fournir de précieux renseignements sur l'état de mobilisation ou de décomposition du régime, mais pourrait aussi avoir des comptes à rendre à la justice britannique dans deux affaires retentissantes: l'attentat de Lockerbie (1988, 270 morts) et l'assassinat d'Yvonne Fletcher, femme policier, à Londres en 1984.

L'accueil qui lui sera réservé sera déterminant pour les autres caciques tentés par la défection.

La Grande-Bretagne, à l'instar des Etats-Unis et de la France notamment, a jusqu'ici insisté pour que le colonel Kadhafi et son entourage répondent de leurs crimes devant la Cour pénale internationale (CPI).

Cependant, plusieurs pays, dont l'Italie, suggèrent d'offir l'exil au colonel et à son entourage, pour mettre fin au bain de sang et éviter une partition de la Libye.

Dans l'immédiat, Londres apparait embarrassé par la bonne nouvelle de la désertion de Moussa Koussa. Le Tripolitain de 59 ans, jadis surnommé "maître de la terreur", a été expulsé de son poste d'ambassadeur à Londres en 1980, après avoir appelé à la liquidation d'opposants libyens sur le sol britannique, et exprimé son soutien à l'Armée républicaine irlandaise (IRA, séparatiste).

Jeudi, le député conservateur Robert Halfon a comparé son arrivée à celle de Rudolf Hess, lieutenant d'Hitler, pendant la seconde guerre mondiale.

Mais Koussa s'est amendé aux yeux de l'Occident. A la tête des services de renseignements puis de la diplomatie, il a joué un rôle déterminant dans la réhabilitation de la Libye, longtemps Etat paria et "terroriste".

"Je n'ai absolument aucun doute sur le fait qu'il a joué un rôle clef en amenant Kadhafi à accepter d'abandonner ses programmes d'armes nucléaires et chimiques", en 2003, a ainsi reconnu jeudi Jack Straw, à l'époque ministre des Affaires étrangères britannique.
 

Première publication : 31/03/2011

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