Dernière modification : 01/04/2011 

- Europe - France - Libye


Jean-Pierre Chevènement, Président d'honneur du Mouvement Républicain et Citoyen

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense, ancien ministre de l'Intérieur aujourd'hui président d'honneur du MRC, s'exprime dans cette première partie sur la situation en Libye et la position de France, l'Europe et le FMI.

 Roselyne Febvre.- Bonjour et bienvenue dans « Politique » avec notre invité, aujourd’hui, Jean-Pierre Chevènement.
Jean-Pierre Chevènement, bonjour.
Jean-Pierre Chevènement.- Bonjour.
Roselyne Febvre.- Vous êtes Président d’honneur du MRC, le Mouvement Républicain Citoyen. Vous êtes sénateur du territoire de Belfort et ancien ministre, justement ancien ministre de la Défense, ce qui m'amène à cette question : en 1991, vous aviez démissionné à cause de la première guerre du Golfe, donc de l’invasion de l'Irak de Saddam Hussein au Koweit. Aujourd'hui, pourtant, vous êtes pour les opérations militaires sur Kadhafi. Qu'est-ce qui a changé et pourquoi êtes-vous d'accord aujourd'hui ?
Jean-Pierre Chevènement.- Distinguons bien les situations. Je suis d'accord avec la Résolution 1973 visant à protéger les populations civiles. C’est la lecture que je fais de cette résolution et je ne pense pas que nous soyons fondés de l'appliquer au-delà de ce qu'elle prévoit.
1991, faisons un retour en arrière, il y a là une guerre préméditée dès le premier jour par les Etats-Unis qui vont se saisir…
Roselyne Febvre.- Parce qu’il y a invasion.
Jean-Pierre Chevènement.- Non seulement parce qu'il y a invasion mais parce qu’il y a le pétrole. Les Etats-Unis veulent prendre pied dans cette région du monde qui concentre les deux tiers des réserves du pétrole, d’hydrocarbures. Dès le premier jour, les Etats-Unis envoient 250 000 hommes qui seront portés à 500 000 hommes en même temps qu'ils mettent en place un embargo. Il aurait peut-être fallu attendre de voir si l’embargo donnait des résultats. Quand on envoie 500 000 hommes, ce n'est pas pour jouer aux billes. Cette décision de faire la guerre a été prise, nous le savons maintenant, dès le 3 août 1990 par George Bush qui a appelé François Mitterrand au téléphone pour lui demander si nous serions avec lui ou contre lui.
François Mitterrand convoque Roland Dumas pour lui poser la question. C’est dans une petite brochure éditée par l’Institut François Mitterrand. Vous avez donc les moyens de vérifier ce que je vous dis.
Briser les reins d'un pays qui était l’un des rares pays laïcs, même si ce régime était un régime autoritaire, dictatorial même, dans le contexte du Moyen-Orient, était quand même quelque chose de tout à fait différent que de protéger les populations dans un contexte qui est celui du « printemps arabe », des révolutions tunisienne et égyptienne. Entre les deux, c’est la Libye.
Par conséquent, on peut quand même essayer de faire en sorte que ce processus puisse se dérouler aussi en Libye, c’est-à-dire que le peuple libyen doit pouvoir choisir lui-même les voies de son propre développement, d’une démocratie.
Roselyne FEBVRE.- La chute de Kadhafi n'est-elle quand même pas le but inavoué, dans le fond, de cette opération ?
Jean-Pierre Chevènement.- Peut-être est-ce le but inavoué mais cela va tout à fait au-delà de la résolution de l'ONU. Cette dernière est très claire : c’est protéger tous les civils, y compris ceux situés de l'autre côté.
J'observe qu'il y a un certain nombre de frappes, comme c’était prévisible, qui font des dommages collatéraux. Il faut donc être très prudent et favoriser le processus politique. Je suis partisan que l’affaire revienne aussi vite que possible devant le Conseil de sécurité des Nations Unies qui est la seule instance compétente.
Roselyne Febvre.- Vous voulez dire que la planification militaire et la conduite des opérations incombent désormais à l'OTAN. Est-ce désormais le symbole d'une attaque sous le saut de l'occident ?
Jean-Pierre Chevènement.- Je ne crois pas car il y a une résolution des Nations Unies. Plusieurs pays, qui ne sont pas membres de l'OTAN, comme par exemple la Suède, les Emirats unis et d'autres encore, participent à cette opération. L’OTAN fournit un état-major, celui de Rammstein, près de Francfort, en Allemagne. Aujourd’hui, les avions ne sont même plus les avions américains. C’est les avions français, britanniques, suédois et autres.
Roselyne Febvre.- Pourquoi les Américains d’ailleurs prennent-ils un peu leurs distances ? Est-ce de mauvais augure de voir les Américains prendre un peu la tangente ?
Jean-Pierre Chevènement.- Les Américains ne veulent pas faire trois guerres à la fois. Ils ont déjà l'Irak et l'Afghanistan sur les bras. Ils sont donc prêts à apporter un concours, surtout au travers d’un état-major qu’ils contrôlent, même si c’est un général canadien, M. Bouchard. Les Américains veulent bien contrôler mais ils ne veulent plus payer. Ils considèrent que, si les contribuables français, britanniques, peuvent être mis à contribution, c'est beaucoup mieux.
Cependant, nous, nous devons savoir jusqu’où nous voulons aller. Le but n'est pas de faire de l'ingérence. L’ingérence n'est pas un droit reconnu par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Ce dernier reconnaît la responsabilité de protéger, point final !
En tant qu'homme politique, m’étant exprimé à la tribune du Sénat, je rappelle ce que j’ai dit : nous devons appliquer la 1973, mais rien que celle-là.
Roselyne Febvre.- La France était réticente à ce que l'OTAN prenne la direction des opérations. A-t-elle eu tort de s'y opposer, mais a-t-elle eu tort aussi de rentrer dans le rang ? Est-ce cohérent, tout en entrant dans le commandement intégré de l’OTAN ?
Jean-Pierre Chevènement.- On a l’impression que le Président de la République se prend les pieds dans le tapi. Il a voulu réintégrer l'organisation militaire de l'OTAN, nous y sommes. En même temps, il ne veut pas que l’OTAN intervienne dans le monde arabe car l'OTAN, c'est quand même clairement l'Amérique. Il ne veut pas que l'on mélange les torchons et les serviettes. En même temps, il est obligé que l’on en passe par là car les autres Européens le veulent. Nous sommes donc dans une situation de contradiction mais nous nous y sommes mis nous-mêmes.
Roselyne Febvre.- Le « french paradoxe ».
Jean-Pierre Chevènement.- L'intervention a quasiment été décidée par M. Bernard-Henri Lévy quand il a été voir le Président de la République.
Roselyne Febvre.- Qu’est-ce que cela vous inspire cette diplomatie « de perron » ?
Jean-Pierre Chevènement.- Cette diplomatie de perron m’a inspiré beaucoup d’étonnement.Normalement, la France reconnaît les états, pas les gouvernements. Monsieur Bernard-Henri Lévy n'a pas d'autorité pour intervenir dans cette affaire. On se disputait pour savoir si c'était les diplomates qui devaient faire la politique étrangère ou si c’était les hommes politiques et, finalement, c’est un soi-disant nouveau philosophe qui nous pousse en avant et crée un mécanisme d’entraînement.
M. Juppé a fait le voyage à New York, il emporte à une voix de majorité le vote du Conseil de sécurité.
Roselyne Febvre.- Il y a donc un ministre des Affaires étrangères occulte en la personne de BHL ?
Jean-Pierre Chevènement.- Il y a une diplomatie sur laquelle plane un certain parfum d’aventurisme. Je souhaite que l'on sorte de là et que M. Juppé fasse son métier de ministre des Affaires étrangères.
Roselyne Febvre.- Le fait-il bien ?
Jean-Pierre Chevènement.- Il a des qualités, il peut le faire bien. Encore faut-il que, maintenant, il redonne le primat au processus politique. Le but ne peut être que de donner au peuple libyen la possibilité de choisir son avenir. Nous n'avons pas à interférer dans cette affaire.
Roselyne Febvre.- Justement, il y a le bras militaire avec l'OTAN désormais et le bras politique avec ce groupe de contact qui s’est réuni, mardi, à Londres. Il ne s’est pas décidé grand-chose à part une nouvelle date pour un nouveau rendez-vous. La question de fond demeure Comment faire par partir Kadhafi. D’un, faut-il l’attraper et le juger dans une cour pénale internationale ou faut-il lui proposait l'exil ? En quelque sorte, l'exil, c’est l’immunité.
Jean-Pierre Chevènement.- Seul le Conseil de sécurité peut le décider. Pour l'instant, il n'a rien décidé. Il s’est inquiété des risques que courraient les populations civiles. Il a parlé potentiellement de « crimes contre l'humanité », mais potentiellement et au conditionnel. Rien n’a été décidé. Seul le Conseil de sécurité peut décider.
Cette coalition politique, informelle, qui s’est réunie à Londres, a déclaré que la légitimité avait échappée au colonel Kadhafi mais elle n’est pas placée pour le dire. Elle ne peut pas non plus se substituer au Conseil de sécurité.
Quant à la perspective d’armer les rebelles, de créer une armée, cela ne se fait pas du jour au lendemain. Seuls les diplômantes qui ne sont pas vraiment au courant peuvent imaginer qu'une armée se constitue d'une claquement de doigt. C’est impossible.
Roselyne Febvre.- On va passer à l'Europe, et bien sûr aux plans d'austérité qui s'accumulent. Je pense que vous avez de quoi réagir juste après la diffusion de ce reportage.
(Diffusion du reportage)
Roselyne Febvre.- Pour ces pays malades, est-ce le bon remède ?
Jean-Pierre Chevènement.- Le pacte pour l’austérité ? Certainement pas ! On n'imagine pas une reprise de l'activité économique qui, seule, permettrait de contenir et de faire reculer la dette. Il est évident que la croissance pour cela est nécessaire. Sous l'impulsion du gouvernement de Mme Merkel, l'Europe a adopté ce soi-disant « pacte de compétitivité » qui, je le rappelle, prévoit la constitutionnalisation de l’interdiction des déficits budgétaires comme s’il n’y avait que le problème des déficits budgétaires. On le voit en Espagne ou en Irlande, ce sont les banques ou les ménages, la spéculation immobilière. C’est tout faux !
Roselyne Febvre.- Il faut casser la spéculation ? Que faut-il faire ?
Jean-Pierre Chevènement.- Les contribuables ont renfloué les banques jusqu’à présent. Maintenant, les banques prennent en otages, à travers les marchés financiers, les états les plus impécunieux. Les autres sont à nouveau mis à contribution. Nous-mêmes, les Allemands mais les Français aussi vont devoir payer pour que ces pays ne soient pas...
Roselyne Febvre.- Que faire s’il n’y a pas d’austérité ? Comment harmoniser tout cela ?
Jean-Pierre Chevènement.- A mon avis, il faut faire comme les Américains. Ces derniers font marcher la planche à billets. Ils ont une relance avec une croissance de 2 à 3 %. Ils sont en train de sortir tout de doucement de la crise mais nous sommes contraints par les règles de la Banque Centrale Européenne qui, elle, n'a pas le droit de faire des avances aux états. Elle a un peu écorné son mandat il y a quelques mois, elle a racheté quelques titres de dette grecque mais il faudrait qu’elle aille beaucoup plus loin et il faudrait une initiative européenne de croissance, bref que nous pesions sur l'Allemagne pour l'amener à changer de politique. Vous n’ignorez pas…
Roselyne Febvre.- Et sur les salaires, comment…
Roselyne Febvre.- …que la déflation salariale organisée par l’Allemagne depuis 2000, dix ans, qui a creusé les écarts au sein de l'Europe et a mis beaucoup de pays en difficulté, y compris le nôtre d’ailleurs qui est déficitaire.
Roselyne Febvre.- Vous êtes donc pour plus de transfert de souveraineté politique ?
Jean-Pierre Chevènement.- Je suis pour de la coordination, une coordination débattant sur l’aspect budgétaire. Je suis pour un gouvernement économiques qui tienne compte de la compétitivité des différentes économies, de la relance, y compris par la voie des salaires et pas seulement de l'aspect du budget de l'Etat. A travers la réduction du budget de l'Etat, la RGPP, les suppressions de postes, les diminutions de salaire des fonctionnaires ou des retraités, c'est une politique d'austérité qui s'organise.
Roselyne Febvre.- Ne vous heurtez pas au serpent de mer de l’Europe, c’est-à-dire que le serpent des salaires n’a jamais existé face au serpent monétaire ?
Jean-Pierre Chevènement.- L'Europe a été construite sur la base d'un logiciel libéral, j'ai écrit un livre à ce sujet « la France est-elle finie ? ».
L'acte unique, le traité du Luxembourg, a été la fin de toutes les politiques industrielles. Il y a eu la restriction(?) du service public, mais cela a surtout été la libération des mondes capitaux, y compris vis-à-vis des pays tiers et des paradis fiscaux sans aucune harmonisation fiscale préalable. Nous sommes donc entrés en plein dans le capitalisme financier, et c'est de cela qu'il nous faut aujourd’hui sortir.
Il faut d’abord comprendre comment on en est arrivé là pour imaginer comment sortir de cette ornière. Moi, je ne ferai pas confiance à ceux qui nous y ont mis.
Roselyne Febvre.- Vous critiquez, vous aussi, le FMI dans ce plan d'austérité en Europe ?
Jean-Pierre Chevènement.- Le FMI fait son boulot. Il prête de l'argent et, en échange, il demande aux états de se serrer la ceinture. C'est une position libérale classique.
Roselyne Febvre.- Cette potion libérale classique, Dominique Strauss-Kahn sera-t-il la bonne personnalité pour incarner cela en France ? Son bilan au FMI peut-il lui poser quelques soucis ?
Jean-Pierre Chevènement.- Il n'a que ça dans sa pharmacie, le potard Strauss-Kahn. Il n'a que des médecines…
Roselyne Febvre.- Des potions amères.
Jean-Pierre Chevènement.- Plutôt amères. Je le vois mal mettre en œuvre, en France, une politique différente de celle qu'il impulse au sein du FMI.
Roselyne Febvre.- Merci Jean-Pierre Chevènement, on reste ensemble pour la deuxième partie.
On va parler de la politique française, du débat sur la laïcité qui fait rage, de l’UMP, la majorité en pleine ébullition, et de la montée du Front National.

 


Commentaires (1)

Bonjour

Je suis citoyen Français vivent en allemagne ,quand j'entend , ce gas nous parler du financement des "mosqué" (je ne suis pas sur de l'ortographe) justifier les financements par des dons !!!! Mais aller construire une église en Algérie !!!! Rien que pour voir :) Je l'invite à mettre la première pièrre ! C'est vraiment le genre d'homme politique qui ballade les gens depuis tant d'années , en plus on le paye !!!! je suis fatiguer de se genre de politique que l'on paye grassement pour rien de concret !!!
LEVRERO Philippe

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