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Economie

Le numéro 2 de Renault a démissionné

©

Vidéo par France 2

Texte par Dépêche

Dernière modification : 12/04/2011

Première victime de la fausse affaire d'espionnage : Patrick Pelata, le directeur général de Renault. Sa démission a été acceptée par le groupe automobile selon une source proche du dossier, mais il resterait au sein du groupe.

AFP - Renault espère tirer un trait sur le faux scandale d'espionnage qui l'ébranle depuis janvier avec la démission lundi de son numéro deux Patrick Pélata, le débarquement de six autres responsables et l'indemnisation des trois cadres licenciés à tort dans ce fiasco.

Bras droit du PDG Carlos Ghosn, M. Pélata "a demandé à être relevé de ses fonctions" de directeur général délégué, a annoncé le constructeur automobile après un conseil d'administration extraordinaire.

Pélata, un dirigeant pas très CAC 40

Ce pourrait être lui l’agneau sacrificiel. Patrick Pélata est prêt à jouer les fusibles au cas où… Si l’enquête de la police échoue à trouver des preuves d’espionnage industriel, il se dit prêt à "en tirer toutes les conséquences". Une déclaration qui en dit long sur les enjeux. Au-dessus de lui, il n’y a plus que Carlos Ghosn, le PDG de Renault qui était venu affirmer sur TF1, fin janvier, qu’il avait des "certitudes" sur la culpabilité des trois cadres licenciés.

Ce n’est donc pas n'importe quel fusible qui pourrait sauter dans cette affaire. Pélata a été nommé en octobre 2008 au poste de numéro 2 de Renault et a été présenté comme le dauphin de Carlos Ghosn.

Mais surtout, il est à la fois un salarié historique du groupe et un dirigeant atypique. Historique parce qu'il connaît tous les étages de l’entreprise. Patrick Pélata a commencé en tant que chef d’atelier à l’usine de Flins en 1984. Il gravit ensuite les échelons avant d'assister aux premières loges au rapprochement, en 1999, de Renault et Nissan. Il devient alors directeur général adjoint de Nissan avant de revenir dans le giron de Renault.

Atypique ensuite, car ce haut dirigeant de 54 ans n’est pas issu d’une grande famille d’entrepreneurs et n’est qu’un converti tardif aux "vertus" du capitalisme. Cet enfant d’une famille d’enseignants grandit nourri de valeurs de gauche. À tel point qu’à Polytechnique – où il croise pour la première fois Carlos Ghosn – il est exempté de cours militaire car il était alors "marxiste". D’ailleurs, après ses études il adhère au PCF et reste fidèle au parti jusqu’au coup d’État communiste en Pologne en décembre 1981. Malgré son départ du Parti communiste, il continue dans les années 80 à écrire, sous pseudonyme, pour "Société française", la revue économique du PCF.

M. Pélata ne quittera toutefois pas le groupe: il continuera à "gérer les affaires courantes" en attendant un successeur et se verra ensuite proposer "d'autres fonctions" au sein de l'alliance Renault-Nissan.

Le service de sécurité du constructeur, à l'origine de l'enquête ayant abouti au licenciement des trois cadres, a été décapité, avec les départs de son directeur Rémi Pagnie, de Dominique Gevrey et Marc Tixador. M. Gevrey, un ancien militaire, a été mis en examen pour escroquerie et écroué le 13 mars.

M. Ghosn a chargé le criminologue Alain Bauer et un ancien haut responsable du contre-espionnage français, Alain Juillet, d'une mission visant à une "refonte" de l'ensemble du service, jugée "prioritaire" par l'audit aux conclusions accablantes remis lundi aux administrateurs.

Trois cadres dirigeants de Renault sont par ailleurs relevés de leur fonction, là aussi dans le cadre d'une refonte du management: le directeur des cadres dirigeants, Jean-Yves Coudriou, le directeur juridique, Christian Husson, et la secrétaire générale, Laurence Dors.

Le constructeur est également parvenu à un accord pour indemniser les trois cadres licenciés à tort, Michel Balthazard, Matthieu Tenenbaum et Bertrand Rochette, ainsi que Philippe Clogenson, licencié en 2009 dans des circonstances similaires et qui va réintégrer Renault.

M. Tenenbaum devrait lui aussi reprendre sa carrière au sein du groupe, a indiqué une source proche du dossier à l'AFP.

Le montant total des indemnisations se monte entre 5 et 10 millions d'euros, selon cette source. Cette somme devrait être couverte grâce aux bonus et stock options auxquels les dirigeants impliqués dans le fiasco ont renoncé.

"Nous finalisons l'accord, nous espérons signer cette semaine", a déclaré l'un des avocats de M. Balthazard, Me Pierre-Olivier Sur, évoquant une indemnité "importante sans pour autant atteindre le niveau qui filtrait dans la presse du week-end".

L'hebdomadaire Marianne avait évoqué des sommes allant de 2,4 à 3,5 millions d'euros pour chacun des trois cadres

"Ce conseil d'administration extraordinaire tourne une page douloureuse de l'histoire de Renault", dont "tous les salariés du groupe ont souffert", a déclaré M. Ghosn, cité dans le communiqué.

Le PDG de Renault avait reconnu le 14 mars que le groupe avait accusé à tort le trio Balthazard-Rochette-Tenenbaum d'avoir monnayé des informations sur le programme phare des véhicules électriques.

L'Etat, actionnaire principal de Renault avec 15% et qui avait réclamé des têtes, a pris "acte des décisions du conseil d'administration".

Les ministres de l'Economie, Christine Lagarde, et de l'Industrie, Eric Besson, "ont prévu de faire avec Carlos Ghosn dans les prochains mois le point sur la stratégie industrielle de nature à renforcer l'alliance Renault Nissan", ont-ils fait savoir dans un communiqué.

Parmi les syndicats, la CFE-CGC se félicite que "toutes les conséquences des erreurs commises" aient été tirées et que les cadres aient été indemnisés et que deux d'entre eux souhaitent réintégrer l'entreprise.

Quant à la CGT, elle estime que "rien n'est encore réglé sur le fond" et elle s'étonne que M. Ghosn soit "écarté de toute responsabilité".

Première publication : 11/04/2011

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