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Afrique

Quel sort la justice réservera-t-elle à Laurent Gbagbo ?

Vidéo par France 2

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 13/04/2011

Le président déchu, Laurent Gbagbo, est retenu prisonnier par les forces d'Alassane Ouattara, à l’hôtel du Golf. Sera-t-il jugé par un tribunal ivoirien ou extradé vers la Cour pénale internationale ? Son avenir est pour l’heure incertain.

À peine le président sortant, Laurent Gbagbo, a-t-il été arrêté par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) dans sa résidence à Abidjan, lundi, que la question de son sort judiciaire était déjà sur toutes les lèvres.

Lundi, le président élu, Alassane Ouattara, fraîchement installé au pouvoir, a promis d'engager des poursuites judiciaires contre l’ancien président et son entourage. "Je demanderai au Garde des Sceaux (...) d'ouvrir une procédure judiciaire à l'encontre de Laurent Gbagbo, de son épouse et de ses collaborateurs", a-t-il déclaré.

De son côté, la Cour pénale internationale (CPI) avait déjà averti l'ancien président et ses partisans que leurs crimes envers la population et leurs menaces contre les casques bleus ne resteraient pas impunis.

Alors quelle justice sera réservée à Laurent Gbagbo ? Nationale ou internationale ? "C’est là que les problèmes commencent", souligne Philippe Perdrix, rédacteur en chef adjoint à Jeune Afrique.

L’option de la Cour pénale internationale risquée

Pour l’heure, Laurent Gbagbo ne fait l'objet d'aucune poursuite mais le procureur du CPI, Luis Moreno-Ocampo, a annoncé le 6 avril vouloir ouvrir une enquête sur des "massacres commis de façon systématique ou généralisée" en Côte d'Ivoire. Dans le collimateur de la CPI, Laurent Gbagbo. Le président sortant n’est donc pas à l’abri de se retrouver dans un de ses box prochainement.

Mais saisir la Cour pénale internationale ne va pas de soi. La CPI ne peut se substituer aux juridictions nationales. La Haye serait en mesure de juger l’ancien président à une seule condition : "Si les magistrats de la CPI considèrent que l’autorité judiciaire ivoirienne est dans l’incapacité de juger Laurent Gbagbo et ses proches", précise Me William Bourbon, avocat d’affaires, interrogé par FRANCE 24.

Si tel est le cas, les enjeux seraient également dangereux pour le clan Ouattara. "Une investigation internationale revient à ouvrir la boîte de Pandore", analyse Philippe Perdrix. Elle mettrait le nouveau président ivoirien et ses partisans dans une position délicate. "Les hommes des deux camps ont commis de nombreuses atrocités dans le pays. On sait que les partisans de Ouattara sont tout aussi coupables d’exactions", précise le journaliste. Un tel scénario pourrait donc être embarrassant pour le pouvoir nouvellement mis en place. Mais Ouattara, qui prône la réconciliation nationale, se risquera-t-il à faire un procès à son pays  ? "C’est un jeu très risqué pour lui", souligne le journaliste.

Un procès national réveillerait les ardeurs patriotiques du clan Gbagbo

L’option d’un procès national n’est pas non plus sans risques pour la stabilité du pays. Juger l’ancien président sur ses terres ne provoquerait-il pas un réveil des ardeurs patriotiques de ses partisans ?

"C’est un risque à prendre", estime Gauthier Rybinski, spécialiste politique de FRANCE 24, "la Côte d’Ivoire doit se purger de ses crimes avant de se reconstruire. Risquer de tout refouler serait encore plus dur pour le pays", ajoute-t-il. "Ce procès doit symboliser la première pierre à poser pour élever un État de droit, il doit être un pas vers la réconciliation prônée par Ouattara". Pourtant, un tribunal ivoirien offrirait une tribune idéale à Laurent Gbagbo pour contre-attaquer et mobiliser ses troupes. Car la Côte d'Ivoire reste divisée et les partisans de l’ancien président - qui avait recueilli 45,9 % des voix selon le décompte approuvé par l’ONU - ne manqueront pas de voir dans ce tribunal l’apothéose d’Alassane Ouattara "mettant à mort" son rival politique. "Il y a un vrai risque de règlement de comptes", estime Philippe Perdrix.

La tenue d’un procès national soulèverait également une autre question : sur quelle période juger Laurent Gbagbo ? Faudra-t-il remonter à son accession au pouvoir en 2000 ou se limiter aux quatre derniers mois de violences ? "Il sera sûrement jugé sur toute la période qui englobe son mandat", précise Gauthier Rybinski. Depuis les exactions commises par ses hommes en 2000 (suppression d’opposants, enlèvements...) en passant par l’affaire – très médiatisée - de la disparition en 2004 du journaliste français Guy André-Kieffer, jusqu’aux derniers mois où la ville d’Abidjan a été le théâtre de meurtriers combats.

L’exil, une option peu envisageable

Reste enfin l’option de l’exil – avec garanties d’immunité diplomatique et absence de représailles de la part de son successeur -. Il y a encore quelques mois l’asile politique avait été offert à Laurent Gbagbo par plusieurs états : Angola, Nigeria, États-Unis. L’ancien président avait décliné les propositions. 

Aujourd’hui, des pays africains pourraient-ils encore l'accueillir ? Selon l'Union africaine, l’ancien homme fort compte toujours de nombreux amis sur le continent. La Mauritanie aurait engagé des dicussions pour l'héberger sur son sol. Des pays comme l'Angola, l'Afrique du Sud, le Malawi l'ont soutenu jusqu'au bout. "Tous ces pays seraient prêts à l’aider", explique Gauthier Rybinski, "mais il peu probable que cette opportunité s’offre à lui. Les hommes de Ouattara l’ont arrêté, gardé en vie, dans un but précis", précise-t-il, "il restera sur place, prisonnier, jusqu’à la tenue d’un procès".

Première publication : 12/04/2011

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