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Afrique

"Bouteflika vient de rater sa chance d'entrer dans l'Histoire"

Vidéo par Isabelle FAYOLLE

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 16/04/2011

Après plusieurs mois de silence, le président algérien s'est adressé vendredi soir à la nation. Un discours dans lequel le chef de l'État a annoncé une série de réformes. Pas un mot cependant sur la contestation populaire...

C’est un homme fatigué qui a pris la parole vendredi soir à la télévision algérienne. Quasi inaudible, les yeux constamment rivés sur ses feuilles, le président Abdelaziz Bouteflika, 74 ans, s’est exprimé pour la première fois depuis le début des révoltes populaires qui secouent le monde arabe et l’Algérie. Acculé par la contestation sociale, l’homme fort du pays a annoncé une série de réformes politiques pour tenter de calmer la colère de son peuple, alors que les manifestations à l’égard du régime sont devenues presque quotidiennes dans la capitale.

"Après des mois de silence et face à la situation explosive qui prévaut en Algérie, il devenait urgent que le président s’adresse à ses concitoyens", analyse Pierre Vermeren, professeur d’histoire à Paris I et spécialiste du Maghreb. "Les manifestations étudiantes de mardi ont constitué la goutte d’eau, il n’avait plus le choix, il devait rompre ce silence dangereux pour la stabilité du pays".

"Un discours extrêmement choquant"

"Des proposition insultantes, en deçà de ce qu'attendent les Algériens."

Dans un discours monocorde de vingt minutes, le président a énuméré son nouveau programme politique, qui devra être mis sur pied avant la prochaine échéance électorale - en mai 2012. Jusqu’à présent, seule la levée de l’état d’urgence avait été accordée. Mais désormais, de nombreuses réformes sont appelées à voir le jour. Le président algérien a évoqué la mise en place d’une commission d’experts pour amender la Constitution et annoncé une révision de la loi électorale et celle régissant la vie les partis politiques. Il a également évoqué la promulgation d’un nouveau texte sur l’information, lequel prévoit la dépénalisation du délit de presse. 

Reste à savoir si ces annonces seront à la hauteur des attentes de la population. "Les Algériens en ont marre des promesses non tenues. Ils se disent que Bouteflika ne maîtrise plus la situation et ils croient que le gouvernement est au-dessus des lois. Ils se sentent trahis par la classe politique", analyse l’historien. Un avis partagé par Mohammed Benchicou, ancien directeur du journal d'opposition algérien "Le Matin", interrogé par FRANCE 24. Lui non plus n’y croit guère. "Tout ce discours est extrêmement choquant pour le peuple", affirme-t-il. "Il vient de rater sa chance d’entrer dans l’Histoire", lâche sur un ton cinglant le journaliste.

Aucune annonce de changements économiques ou sociaux

Alors quel crédit accorder à des promesses devant l’urgence de la situation ? "Aucun", répond Mohammed Benchicou. Selon lui, ces propositions - pourtant réclamées par l’opposition et les partis membres de l’Alliance présidentielle - ne sont que de belles paroles. "C’est un homme malade qui s’accroche au trône et dont les propositions sont insultantes parce qu’elles ne verront jamais le jour". Pessimiste, le journaliste s’attend maintenant au pire. "Beaucoup de sang sera encore versé", prédit-il. Selon lui, aucun dialogue n’est possible avec le président, car son gouvernement ne sait répondre que par la violence. "Seul le gourdin accueille les revendications des manifestants, on ne peut pas communiquer avec Bouteflika."

Un avis tranché que ne partage pas entièrement Pierre Vermeren. Moins sévère, l’historien offre une chance de rachat au président et veut croire à ce discours de changement, même imparfait. "Certes, le président n’a fait aucune allusion à la contestation populaire, à la hausse des prix ou encore au chômage, mais je pense que le gouvernement a conscience qu’il faut désormais enrayer la pression de la rue", analyse-t-il.

L’expert reconnaît que Bouteflika dispose d’une faible marge de manœuvre. Coincé dans l’impasse économique où se trouve le pays, le président n’avait pas d’autre choix que de se rabattre sur la sphère politique pour lâcher du lest. "La situation économique du pays est catastrophique. Il ne pouvait annoncer ni grandes réformes dans ce domaine, ni grands chantiers sociaux", conclut l'expert. "Il faut bien l'avouer, Bouteflika n’a pas grand-chose à offrir..."

FRANCE 24 a décidé de fermer provisoirement les commentaires de cette page en raison de la violence ou du caractère injurieux de certains propos postés.

Première publication : 16/04/2011

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