- Élection présidentielle - Europe - Parti socialiste
Manuel VALLS, député socialiste
Manuel Valls est l'invité de Politique cette semaine. Au centre de cette première partie, le Parti socialiste et son projet pour la société française, son regard sur l'Europe et ses frontières, Schengen notamment.
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Roselyne FEBVRE.- Bonjour et bienvenue dans « Politique » avec notre invité, Manuel Valls. Manuel Valls, c'est le jeune lion du Parti socialiste. Ambitieux. Nicolas Sarkozy dirait que ce n'est pas un gros mot. Il bouscule. Il veut du neuf du sol au plafond. Manuel Valls est ce qu'on appelle en politique un rénovateur. Iconoclaste, il n'a pas hésité à déboulonner les 35 heures, pourtant mises en place sous Lionel Jospin dont il a été le communiquant. Bref, il veut réinventer la gauche et même trouver un autre nom au Parti socialiste. Il est le premier - prem's, diraient les enfants - à s'être déclaré candidat à la primaire socialiste. Bonjour Manuel Valls.
Manuel VALLS.- Bonjour.
Roselyne FEBVRE.- Merci d'être venu sur le plateau de France 24. Vous vous présentez, comme je le disais, à la primaire socialiste et vous appelez vos camarades à soutenir la candidature de Dominique Strauss-Kahn. Je n'ai pas bien compris votre stratégie.
Manuel VALLS.- Je dis tout simplement que, si Dominique Strauss-Kahn est candidat alors qu'il est le mieux placé dans les enquêtes d'opinion, que les Français se tournent sans doute vers celui qui a une expérience internationale et nationale qui peut être utile à la France, chacun de ceux qui sont candidats aux primaires - je suis donc concerné comme les autres - devra se poser la question : en quoi ma candidature est-elle utile ? Mais, pour ce qui me concerne, moi, je veux participer à la rénovation de la gauche. Cette élection présidentielle est loin d'être gagnée. Même notre présence au second tour n'est pas acquise. Nous avons besoin, dans un climat de crise économique et sociale mais aussi politique et civique, de rupture même entre les Français et leurs responsables politiques, il faut parler des sujets - pouvoir d'achat, emploi, avenir de la jeunesse, éducation et aussi sécurité ou immigration - qui intéressent nos compatriotes.
Roselyne FEBVRE.- C'est donc une candidature de témoignage. Si Dominique Strauss-Kahn se présente, vous vous retirerez en quelque sorte ?
Manuel VALLS.- Nous verrons bien. Encore une fois, ça ne peut pas être une décision individuelle, une décision uniquement personnelle. Cette question, je viens de vous le dire, s'adresse à tout le monde. Candidature de témoignage, nous verrons bien. Moi, je suis toujours très déterminé à faire valoir ma génération, ma vision de la France, ma volonté de réforme de la gauche. Je suis l'élu d'une circonscription, d'une ville populaire et je pense au décrochage des couches populaires, des ouvriers, de ceux qui souffrent de la crise économique mais aussi de l'insécurité, au décrochage des classes moyennes qui n'ont plus foi en l'avenir...
Roselyne FEBVRE.- ... en la gauche ?
Manuel VALLS.- ... et peut-être en la gauche. Ces questions-là, nous devons en tout cas les poser dans le débat des primaires et donc je prendrai ma place.
Roselyne FEBVRE.- C'est aussi un message à François Hollande dont la bulle est un peu en train de grossir ?
Manuel VALLS.- C'est un message pour tous les socialistes. Vous le disiez vous-même dans votre portrait : « iconoclaste, jeune lion, celui qui bouscule ». En même temps, j'ai le sens des responsabilités. Je pense que nous sommes dans un moment où les Français sont perdus. Il y a une forme de désarroi dans notre pays. Devons-nous contribuer à créer davantage de désarroi et davantage d'angoisse ? Je ne crois pas. Les Français peuvent se tourner vers la gauche s'ils sont rassemblés autour de celui qui peut les faire gagner et avec une équipe qui représente notre diversité. Je crois que c'est ça, le défi des prochaines semaines : la notion de responsabilité qui doit nous étreindre si nous voulons gagner et gouverner dans la durée alors que - nous le savons - ce sera difficile parce qu'il y a la crise économique et que les marges de manœuvre sont extrêmement limitées.
Roselyne FEBVRE.- Nous allons parler du fond mais peut-être avant, des questions de personnes parce qu'il est vrai que c'est important aussi. Croyez-vous aux sondages ? Est-ce que c'est une réalité dans le sens où le vainqueur des sondages est le vaincu des suffrages ? On pense à beaucoup de personnalités : à Michel Rocard et même à Lionel Jospin.
Manuel VALLS.- La liste est longue : Edouard Balladur etc.
Roselyne FEBVRE.- Je vous entendais ce matin parler de François Hollande. Avez-vous l'impression que lui se prend à ce piège des sondages ?
Manuel VALLS.- Je ne peux pas regarder les enquêtes d'opinion qui voient Dominique Strauss-Kahn comme le meilleur des candidats, comme celui qui nous permettrait peut-être - et je ne confonds pas enquêtes d'opinion et vote des Français - d'échapper à un nouveau 21 avril et considérer que les sondages qui sont intéressants pour François Hollande n'ont pas d'intérêt. En plus, je veux m'interdire, surtout dans cette période, de critiquer, de dire du mal, de blesser l'un de mes amis. Mais, objectivement, quand je regarde les enquêtes d'opinion, qui sont une photographie, elles disent le rejet profond à l'égard de Nicolas Sarkozy et, en même temps, le doute des Français à notre égard. Je regarde les enquêtes d'opinion et je vois que, pour Martine Aubry ou pour François Hollande, elles montrent un Parti socialiste relativement bas par rapport au score qu'il devrait atteindre compte tenu du rejet à l'égard de Nicolas Sarkozy. Or le seul qui échappe à cette normalisation, au fond, à cette banalisation d'un PS qui est assez bas, c'est Dominique Strauss-Kahn. Oui. En tout cas, c'est objectif. Cela n'empêche pas que chacun a le droit de croire en sa candidature et d'aller jusqu'au bout. Mais, je le disais, je ne confonds pas détermination et entêtement.
Roselyne FEBVRE.- On a cependant l'impression que la gauche, qu'elle soit radicale ou qu'elle soit réformiste, ne tire pas profit du rejet de Nicolas Sarkozy, comme vous le disiez, et surtout de la crise financière.
Manuel VALLS.- Oui mais c'est vrai en France, c'est vrai partout en Europe. La gauche, la social-démocratie est en difficulté. Peut-être parce qu'elle n'a pas su répondre aux changements du monde, à la globalisation économique, à ses conséquences, positives et négatives, notamment les inégalités et, en plus, le sentiment que le pouvoir national vous échappe, qu'il y a une forme d'impuissance de la politique, à la crise de l'Etat providence, aux grands problèmes qui inquiètent les peuples et sur lesquels se fondent des peurs et des fantasmes : la sécurité, l'immigration ou les révoltes dans le monde arabe. Donc on nous attend sur des réponses concrètes, sur une vision de la société.
Roselyne FEBVRE.- Il y a une crise morale aussi ? On a l'impression que la contestation a basculé à droite. Aujourd'hui, elle n'est plus à gauche. Partagez-vous ce sentiment ou cette idée : le curseur est aujourd'hui à droite dans le monde ? Que ce soit aux Etats-Unis avec le Tea Party ou en Europe avec la montée de l'extrême droite, y a-t-il une droitisation de la société ?
Manuel VALLS.- Il y a une droitisation de la droite si vous me permettez l'expression. Aux Etats-Unis, Obama semble bien placé, même si nous sommes encore très loin de l'élection présidentielle américaine, pour être réélu.
Roselyne FEBVRE.- Oui mais il n'a plus la majorité à la Chambre des représentants.
Manuel VALLS.- Certes mais il l'a gardée au Sénat. Il y a incontestablement une montée des peurs et des populismes. Il y a une inquiétude et c'est celle-là qu'il faut appréhender. Vous avez raison sans doute : une crise morale. Les électeurs ont le sentiment que l'Europe n'a pas réussi son projet, que son projet politique est mort ou en très grande difficulté. Il y a pour beaucoup de Français un sentiment de déclassement de la France et il y a une rupture avec les responsables politiques.
Roselyne FEBVRE.- Est-ce dû au renoncement de la gauche, aux impensés de la gauche ?
Manuel VALLS.- Mais ce n'est pas la même chose. Oui, le sentiment de l'impuissance des responsables politiques joue mais cela ne veut pas dire que la gauche doive renouer avec l'incantation, avec un discours qui ne serait pas en prise avec la réalité. Donc il nous faut combattre les peurs, les fantasmes, mais pas de manière morale, pas en accusant les électeurs, pas en leur disant qu'ils se trompent. Pendant la campagne des cantonales, beaucoup d'électeurs nous disaient : « La droite a échoué. La gauche a échoué. Là, nous sommes prêts à essayer autre chose », en l'occurrence Marine Le Pen. D'autres disent : « Tout cela ne sert à rien » et s'abstiennent. Donc il faut recréer les conditions d'un espoir, remettre ce pays en mouvement et, en même temps, lui dire la vérité, lui dire la vérité sur l'état des comptes publics et sur les efforts qu'il faudra faire à condition qu'ils soient justes et partagés. D'où la nécessité d'une réforme fiscale. Il faut leur dire que, sur l'immigration ou sur la sécurité, la gauche tient un discours clair. Ce réalisme doit évidemment être teinté d'espoir, d'espérance, de justice, de remise en mouvement de la société. Il faut redonner un avenir à chacun. Moi, ce qui me frappe, c'est que beaucoup de Français considèrent que leurs enfants vont vivre moins bien qu'eux-mêmes. L'ascenseur social est bloqué. Nombre de quartiers sont ghettoïsés. Il faut donc remettre de l'espoir et, en même temps, indiquer un chemin, faire œuvre de pédagogie, renouer, au fond, avec l'esprit de Mendès-France. C'est tout cela qui nous attend. La tâche est exaltante et, en même temps, elle est difficile mais je crois que nous devons nous préparer à assumer les responsabilités.
Roselyne FEBVRE.- Nous avons vu l'épisode franco-italien : réconciliation entre Sarkozy et Berlusconi, qui ont remis le problème lié à Schengen au prochain Conseil européen. Regardons ce qui s'est passé cette semaine et nous en parlerons juste après.
Voix off.- Ils sont 20 000 à pouvoir éventuellement venir en France. Ces immigrants tunisiens, arrivés en Italie depuis janvier, ont obtenu des permis de séjour de six mois pour rejoindre amis et parents en France et ailleurs en Europe. Pour éviter cet afflux de migrants, l'Elysée a annoncé vendredi réfléchir à un moyen de renforcer la clause de suspension provisoire de Schengen.
Homme.- Il faut réfléchir à un mécanisme qui permette, lorsqu'il y a une défaillance systémique à une frontière extérieure de l'Union européenne, d'intervenir en prévoyant une suspension provisoire le temps que la défaillance soit réglée.
Voix off.- Samedi, le Parti socialiste a jugé cette proposition disproportionnée et le FN a estimé qu'il s'agissait d'une nouvelle supercherie. Le parti frontiste a toujours prôné le retrait total de la France de l'espace Schengen.
Dominique DE VILLEPIN.- On tape du poing sur la table, on rétablit des frontières. C'est ce que dit le Front national. On fait le jeu du Front national.
Journaliste.- Mais ce n'est pas ce que dit le gouvernement actuel.
Dominique DE VILLEPIN.- C'est ce que l'on entend. C'est le message que l'on entend.
Voix off.- Mais, pour le gouvernement, pas question de remettre en cause l'accord de libre circulation des personnes en Europe. Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy a nuancé dimanche les propos de l'Elysée.
Homme.- Ce que demande la France, c'est que l'on revoie les clauses de sauvegarde de façon à ce que l'on puisse, dans des situations particulières, rétablir des contrôles un peu plus importants aux frontières nationales.
Voix off.- Le premier accord a été signé en 1985 entre la France, l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, plus communément appelé « espace Schengen » du nom du village luxembourgeois où l'accord a été signé. Il abolit toutes les frontières intérieures pour une frontière extérieure unique. Depuis, le territoire s'est encore agrandi. Aujourd'hui, il compte 25 pays, presque tous membres de l'Union européenne. Seules exceptions : le Royaume-Uni et l'Irlande, qui n'en font pas partie. Une fois qu'une personne a été régularisée par un pays membre, elle a le droit de circuler dans tous les pays de la zone Schengen. Seule une menace grave pour l'ordre public ou la sécurité intérieure peut exceptionnellement justifier la réintroduction du contrôle aux frontières, et ce pour une durée maximale de 30 jours renouvelable tant que la menace subsiste. Cette disposition a déjà été utilisée dans le passé, notamment après les attentats de Londres en 2005.
Roselyne FEBVRE.- Alors, Manuel Valls, comment on adapte aujourd'hui Schengen aux flux migratoires ? Qu'est-ce qu'on fait ?
Manuel VALLS.- La remarque de Dominique de Villepin sur « ce que l'on entend ». Au fond, ce sont les gesticulations et l'utilisation du thème de l'immigration qui brouillent l'ensemble du message. Disons clairement les choses si l'on veut revenir sur le fond.
Roselyne FEBVRE.- Ces deux pays, la France et l'Italie, sont sous la pression de leur extrême droite respective : le Front national et la Ligue du nord.
Manuel VALLS.- Et ils se renvoient la balle, tuant de ce point de vue-là toute idée de solidarité européenne et remettant en cause Schengen. Nous avons besoin de Schengen et nous avons besoin de plus de moyens pour Schengen. Davantage de moyens pour Frontex, l'agence qui travaille sur ces questions-là à nos frontières maritimes. Nous aurions besoin de véritables garde-côtes, garde-frontières au niveau européen. Nous avons besoin de plus de solidarité pour les pays comme l'Italie, la Grèce, l'Espagne ou la France qui peuvent être qui ont été confrontés à des problématiques de flux migratoires. Et puis disons clairement les choses aussi : la France comme l'Europe ne peuvent pas être des passoires. Comme le disait Michel Rocard, nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde même si nous devons évidemment en prendre notre part. En tout état de cause, il faut un message clair, net. Mais, en même temps, nous devons aider ces pays qui sont en proie à des difficultés. La Tunisie est confrontée - et tant mieux, je m'en félicite tous les jours - à un mouvement démocratique tout à fait extraordinaire mais, en même temps, à une situation économique difficile. Je pense notamment à son tourisme. Et donc il faut aider. L'Europe doit définir une stratégie de soutien au développement démocratique et économique de ces pays en disant clairement : « Les immigrés illégaux n'ont pas vocation à rester sur notre sol. »
Roselyne FEBVRE.- Est-ce que, une fois de plus, le Parti socialiste esquive le sujet ? On le voit bien : on vous a entendu, on a entendu Ségolène Royal, on a entendu Harlem Désir, personne n'est sur la même position.
Manuel VALLS.- Je ne crois pas. Je pense que le Parti socialiste, comme beaucoup, ne veut pas tomber dans le piège que tend le gouvernement, qui consiste à faire de ce sujet de l'immigration un thème de préparation de l'élection présidentielle et une manière de courir derrière le Front national. En même temps, le Parti socialiste dit clairement qu'il faut une politique de régulation des flux migratoires, qu'il faut une loi de programmation tous les trois ans qui donne les chiffres de l'immigration et la transparence sur ces chiffres, qu'il faut des critères pour pouvoir obtenir une carte séjour. Il dit clairement - je le souligne - combien la priorité des priorités, c'est de réussir l'intégration parce que rater l'immigration d'aujourd'hui, c'est rater l'intégration de demain. Donc non, je pense que nous disons les choses clairement. En vous disant que l'Europe comme la France ne peuvent pas être des passoires et que nous devons définir une stratégie européenne d'aide et de soutien aux pays du Sud, nous disons clairement les choses. Il faut dire aussi aux Français que ce sont des sujets difficiles, des sujets complexes que l'on ne peut pas manipuler à des fins politiques. L'immigration est l'un des grands sujets du monde d'aujourd'hui. D'ailleurs, il y a d'abord un problème d'immigration Sud/Sud. Je reviens d'Afrique et c'est surtout là-bas que les questions se posent. Reste qu'il nous faut définir une politique d'immigration, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. La politique menée par le gouvernement actuel est une politique de Gribouille dont on ne voit pas le sens.
Roselyne FEBVRE.- L'Europe est malade. Financièrement, économiquement mais aussi politiquement. Il n'y a pas de pensée commune. On l'a vu pour la guerre en Libye. On a vu les bisbilles avec l'Allemagne ou avec l'Italie. On est loin du rêve européen. Que proposez-vous sur l'Europe ? Que peut proposer le Parti socialiste pour davantage de cohérence ?
Manuel VALLS.- Le rêve européen est passé par là. Pardon de le souligner : nous vivons en paix depuis plus de 50 ans. Et puis il y a eu cet élargissement. Au sud - l'Espagne, par exemple, a été concernée, c'est mon pays d'origine, j'en sais quelque chose - et à l'est, réunifiant ainsi l'Europe. Mais il est vrai que le projet politique est aujourd'hui en grande difficulté, sinon mort. Donc il faut renouer avec ce projet politique et c'est difficile dans une période de crise économique, dans une période de croissance extrêmement faible et, en plus, dans un monde qui est en train de changer, ce qui devrait nous obliger à réagir.
Roselyne FEBVRE.- Quand j'entends, par exemple, Jacques Attali critiquer le projet socialiste, il dit : « Il faut que le PS pense monde. » Est-ce que, aujourd'hui, vous pensez Europe, vous pensez monde ou bien vous pensez très franco-français ?
Manuel VALLS.- Pas uniquement le PS. Il faut que la France pense monde. Mais quand vous avez des Français qui ont le sentiment que c'est la globalisation économique qui a amené à la fermeture de leur usine, de leur entreprise, à la désindustrialisation de leur région, il faut faire preuve de pédagogie et ne pas se contenter de crier : « Europe ! Europe ! » comme disait le général de Gaulle. Parce qu'il y a des difficultés et je pense que la première des difficultés, c'est cette incapacité qu'a l'Europe à coordonner ses politiques économiques et budgétaires...
Roselyne FEBVRE.- Mais même sur la défense.
Manuel VALLS.- ... et à se poser la question d'un euro aujourd'hui trop fort qui nous pose des problèmes en termes de compétitivité. Au milieu de tout cela - et ce devrait être la grande question de l'élection présidentielle - il y a le rapport entre la France et l'Allemagne avec une compétitivité qui s'accroît au profit de l'Allemagne. L'Allemagne a fait le choix de l'exportation, d'une économie très puissante, d'abord sur les pays de l'Est, ensuite sur les pays émergents, avec des PME plus importantes que les nôtres. Tout cela nous oblige à des changements mais nous oblige aussi à un discours clair vis-à-vis de l'Allemagne. Et puis oui, vous avez raison sur la diplomatie et sur la défense.
Roselyne FEBVRE.- Au moment du Kosovo, Mitterrand avait pu faire plier le pacifisme allemand.
Manuel VALLS.- Je regrette d'ailleurs que l'Allemagne n'ait pas adopté la même position concernant la résolution des Nations unies vis-à-vis de la Libye. Nous avons besoin de plus d'Europe, pas de moins d'Europe. En même temps, sur la diplomatie, sur la défense, il y a des histoires, des cultures différentes. Nous sommes, comme l'avait dit Jacques Delors, d'abord une fédération d'Etats nations et non pas une Europe fédérale ou une nation unique. La France, le Royaume-Uni ont parfois leur propre rôle à jouer mais nous avons davantage besoin de dialogue, de coopération. Parfois la diplomatie française ou les initiatives du président de la République donnaient le sentiment qu'on devançait les Allemands, qu'on ne les associait pas assez, qu'on les bousculait. On l'a vu sur l'Union de la Méditerranée. Donc nous avons besoin à chaque fois d'un dialogue et d'un rapport très direct, notamment avec nos amis Allemands, pour faire avancer l'Europe.
Roselyne FEBVRE.- On se retrouve dans quelques instants.



























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