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Moyen-orient

Le cyber-activiste syrien Malath Aumran refuse de se taire

Texte par Joseph BAMAT

Dernière modification : 30/04/2011

Un jeune cyber-activiste syrien, qui joue à cache-cache avec la police de Damas depuis trois ans, se retrouve dans le rôle du porte-parole officieux de la révolte en cours contre le régime du président Bachar al-Assad.

Retranché dans son appartement de Beyrouth, Malath Aumran rassemble jour et nuit les dernières informations sur les évènements en Syrie et les relaie pour le reste du monde. Fort de 3 000 amis sur Facebook et de 4 000 "followers" sur Twitter, Aumran est l’un des cyber-activistes syriens les plus en vue - comme, du reste, nombre de cyber-activistes visés par la répression du régime de Damas et ses services de sécurité. 

Grâce à Internet et aux réseaux sociaux, Malath Aumran dispose d’une force de frappe incomparable qui lui permet de distiller photos et vidéos relatant les évènements en cours dans le pays. Il permet à d’innombrables habitants de la Syrie et d'ailleurs de rester informés et de se mobiliser contre le régime de Damas. Mais cette visibilité sur le Web a aussi un désavantage : il a été contraint de s'exiler au Liban avant même que les manifestations en Syrie prennent de l’ampleur, en mars dernier. 

Le véritable nom de ce jeune homme de 28 ans est Rami Nakhle. "Malath Aumran" est un pseudonyme qu’il utilise depuis trois ans sur le Web. Mais cette identité factice n’a pas trompé la police syrienne très longtemps. Rami Nakhle est interrogé des dizaines de fois par les services de renseignement, se voit interdire de quitter le territoire et pressent, au mois de janvier, que son arrestation est imminente. Il décide donc de se réfugier à Beyrouth.

Sa véritable identité n’aurait été découverte que récemment – "je crois que quelqu’un a reconnu ma voix lors d’une interview", soupçonne-t-il. Les forces de sécurité syriennes ont utilisé Facebook, il y a quelques semaines, pour informer Rami Nakhle qu’il était démasqué et que ses agissements politiques étaient connus. Ils lui ont fait savoir que le 'Tigre de Syrie" pouvait facilement le débusquer au Liban.

Propulsé au rang de porte-parole

Message reçu : Rami Nakhle peut maintenant prendre le risque de parler à visage découvert. Depuis deux semaines, et au mépris des dangers qu’il encourt, il a donné des interviews au Guardian, à Al-Jazeera, à la BBC et au New York Times. Son identité et son image circulent sur les photos et les vidéos du Web.

Depuis, les medias internationaux se passionnent pour Rami Nakhle, qui leur donne accès aux "nouvelles fraîches" en provenance de Syrie, alors que le pays a fermé ses frontières aux journalistes étrangers. Suivre le compte facebook et twitter de Rami Nakhle est quasiment l’unique moyen de se tenir au parfum de la dissidence en Syrie et de prendre la mesure de la répression policière.

Pour autant, Nakhle n’a pas abandonné son pseudonyme. "J’ai utilisé le nom 'Malath Aumran' depuis trois ans. Personne ne me connaît sous mon vrai nom. Je ne vais pas changer de compte Facebook et Twitter !"

"Accroc au combat pour la liberté"

Rami Nakhle n’est pas dupe des dernières annonces des autorités syriennes, en particulier de la levée de l’état d’urgence, en vigueur depuis 1963. "Nous savons que la police secrète est au-dessus des lois en Syrie. Si les services de renseignement ne changent pas, rien ne changera."

Le combat vers la "vraie démocratie" est "très très long", soupire-t-il. En attendant l’éventuelle chute du régime apparemment invincible de Bachar al-Assad, il se dit "accroc au combat pour la liberté".

Que ferait-il si la démocratie et la paix régnaient sur la Syrie ? Il réfléchit longuement : "Dans un monde parfait ? Je chercherais 'camping car' sur Google, j’en achèterais un et je ferais le tour du monde.”

Première publication : 29/04/2011

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