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FRANCE

La France rechigne à accueillir l'ex-épouse de Marc Dutroux

Vidéo par Lise Pressac

Texte par Dépêche

Dernière modification : 11/05/2011

En liberté conditionnelle depuis lundi, Michelle Martin, l'ex-épouse et complice du meurtrier pédophile belge Marc Dutroux, souhaite s'installer dans un couvent français. Au grand dam de Paris, qui ne semble pas disposé à l'accueillir.

AFP - Le ministre français de la Justice a annoncé mercredi qu'il n'avait "pas l'intention" d'autoriser l'ex-épouse et complice du meurtrier et pédophile Marc Dutroux à séjourner dans un couvent français, un refus non prévu par la Belgique qui devrait retarder sa remise en liberté.

"Nous n'avons pas été saisis par la Belgique" d'une demande formelle concernant cet accueil de Michelle Martin, jugée lundi "libérable" par la justice belge à condition qu'elle séjourne dans un couvent en France, a déclaré le Garde des sceaux Michel Mercier à la sortie du Conseil des ministres.

Si ça devait être le cas, "on appliquera la convention qui lie la Belgique et la France, on regardera les choses", a-t-il ajouté. Mais "je n'ai pas l'intention de dire oui, pour ma part".

L'absence de demande formelle n'est en soi pas une surprise. Pour des raisons de procédure, le ministre belge de la Justice Stefaan De Clerck, ne peut pas saisir son homologue français de ce dossier brûlant avant une quinzaine de jours, selon Bruxelles.

En revanche, la rapidité de la réaction de Paris a étonné le ministre belge.

"Je pense qu'il s'agit d'une position plutôt personnelle (de Michel Mercier), alors qu'il n'y a pas encore eu de demande formelle", a réagi mercredi sur la télévision belge RTBF Stefaan De Clerck.

M. De Clerck a reconnu qu'il n'y avait "clairement pas d'obligation" pour la France d'accueillir l'ex-épouse de Marc Dutroux, qui a purgé, en comptant la préventive, près de la moitié de la peine de 30 ans de réclusion prononcée à son encontre par la cour d'assises d'Arlon (sud-est) en juin 2004.

"Mais en même temps, on demande un peu de respect des systèmes réciproques, et dans le cadre de l'Europe, il y a une coopération qui s'impose", a estimé Stefaan De Clerck.

La "Convention européenne pour la surveillance des personnes condamnées ou libérées sous condition", datant de 1964 et ratifiée par les deux pays, sur laquelle la Belgique fonde sa demande, pose comme principe l'entraide entre Etats signataires.

Mais la France a la possibilité de s'opposer à la venue de Michelle Martin si elle estime que celle-ci "porte atteinte" à sa "sécurité" ou à ses "intérêts essentiels", selon la Convention.

Les risques de "troubles à l'ordre public" pourraient être mis en avant par les autorités françaises pour justifier un refus, estimait mercredi la presse belge.

L'annonce de sa libération prochaine a déclenché un tollé en Belgique, puis en France, où les sites de nombreux médias étaient submergés mercredi de commentaires indignés.

Michelle Martin, une ancienne institutrice de 51 ans, mère de trois enfants, a été reconnue coupable d'avoir séquestré plusieurs des jeunes victimes du pédophile et d'avoir laissé mourir de faim les petites Julie et Melissa, âgées de 8 ans, emmurées vivantes dans un cachot aménagé par le couple dans sa maison de Marcinelle, près de Charleroi.

Si Paris confirme son refus de l'accueillir, la décision de remise en liberté de l'ancienne complice de Marc Dutroux serait caduque, l'une de ses clauses principales ne pouvant pas être appliquée.

Le Tribunal d'application des peines (TAP) de Mons (ouest) devrait alors se ressaisir du dossier, d'abord pour constater que Michelle Martin ne peut pas être libérée en l'état, avant de devoir probablement se prononcer plus tard sur un éventuel plan de réinsertion ne prévoyant plus de départ en France.

En attendant, le ministre belge a été critiqué par des familles de victimes et par le parti vert francophone Ecolo pour ne pas s'être préalablement assuré que les autorités françaises donneraient leur feu vert à un projet qui ne pouvait que susciter la polémique.

 

Première publication : 11/05/2011

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