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Economie

LinkedIn entre en Bourse avec gains et fracas

©

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 24/05/2011

Le réseau social LinkedIn a connu une première journée de cotation particulièrement mouvementée. L’action a progressé de 109 %. Une euphorie qui suscite des craintes : s'agit-il du prélude d'une nouvelle bulle Internet ?

Dans le champagne, il y a beaucoup de bulles. Les dirigeants du réseau social destinés aux professionnels LinkedIn ont dû en boire beaucoup, hier, en observant la progression spectaculaire de l’action du groupe lors de sa première journée de cotation. Mais se sont-ils demandé si le breuvage n’avait pas un arrière goût trop prononcé de bulle Internet ?

À première vue, LinkedIn a en effet de quoi se réjouir. La société californienne s’est remplie les poches lors de son introduction en Bourse. Elle a réussi, ce jeudi, à lever 352 millions de dollars en vendant près de 8 millions actions à 45 dollars l’unité. Le groupe avait relevé le prix d’achat la veille de son arrivée sur le marché, le faisant passer de 32 à 45 dollars.

Dès que les cotations à Wall Street ont débuté, les transactions se sont emballées. L’action de LinkedIn a bondi, en une seule journée de 109%. La Bourse a clôturé avec une action LinkedIn à 98 dollars, après avoir dépassé, un temps, la barre symbolique des 100 dollars. Au terme de cette folle journée, LinkedIn a une valeur boursière de 8,9 milliards de dollars - soit plus de 570 fois son chiffre d’affaires de 2010.

Un modèle économique différent de celui de Facebook

Tout le monde semblait ce jeudi vouloir acquérir une part de cette introduction en Bourse, la plus importante pour une société américaine du web depuis Google, en 2004. LinkedIn, né en 2003, compte environ 100 millions d'utilisateurs. Ce réseau social qui a la particularité de s'adresser en priorité aux professionnels tire près de la moitié de ses revenus du placement d'offres d'emploi.

Une particularité par rapport au géant Facebook dont l'intégralité - ou presque - de l'argent provient de la publicité. Le modèle économique de LinkedIn serait donc séduisant pour les investisseurs qui parient sur la reprise économique, et sur son cortège de petites annonces : de plus en plus de monde va chercher à recruter sur le site.

La performance boursière de LinkedIn a été qualifiée par les analystes de "surprenante" par le New York Times ou de "Tulipomanie" dans le Wall Street Journal (en référence à l’explosion du prix des tulipes au Pays-Bas au XVIIe siècle qui a été suivi par un effondrement spectaculaire de la valeur de ces fleurs). Le quotidien économique américain rappelle que LinkedIn n’a fait que 15 millions de dollars de profits l’année dernière.

Inflation dangereuse ?

Cette réussite boursière pourrait en effet avoir un goût amer pour LinkedIn et tous les acteurs du secteur de l’Internet. Les dirigeants du réseau social peuvent se demander s’ils n’ont pas été dupés par les banques – comme Bank of America et Morgan Stanley - qui leur ont conseillé de fixer le prix de leur action à 45 dollars et se sont chargés de les revendre à ce tarif. Car ces institutions ont ensuite poussé leur client à revendre ces mêmes actions à des prix bien plus élevés. "C’est un peu comme si un agent immobilier trouvait un acheteur pour votre maison à 1 million de dollars, et le lendemain permettait au nouveau propriétaire de la revendre à 2 millions de dollars", remarque, vendredi, Sillicon Valley Insider, un site spécialisé dans les nouvelles technologies.

L’autre crainte concerne tout le secteur de l’Internet. "Le spectre d’une nouvelle bulle est plus présent que jamais", note The Economist dans un billet de blog. L’évolution de LinkedIn sur le second marché – où s’échangent des parts d’entreprises avant leur entrée en bourse – illustre bien cette inflation des prix : il y a encore un an, il était possible de se procurer une participation dans le réseau social professionnel pour moins de 20 dollars. Au vu du succès de cette première introduction en Bourse, la valeur d’entreprises similaires sur le second marché risque d’exploser. Pourtant, ces sociétés ne publient généralement aucune information sur leur situation financière avant leur entrée en Bourse.

Première publication : 20/05/2011

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