- Espagne - José Luis Zapatero - Manifestations
La révolte des "indignés" n'explique pas la déroute socialiste
Symbole du ras-le-bol de la jeunesse espagnole, victime de la crise, le mouvement du 15 mai, dont la mobilisation n'a cessé de prendre de l'ampleur, a eu une influence limitée sur les élections municipales de dimanche. Explications
Au lendemain d’une cuisante défaite du Parti socialiste espagnol, le mouvement du "15 M" - ou mouvement du 15 mai - qui mobilise des centaines de milliers de jeunes à travers le pays depuis une semaine, a appelé à la poursuite de la mobilisation en faveur d'une "vraie démocratie". Depuis dimanche dernier, plusieurs milliers de personnes ont envahi la place Puerta del Sol, à Madrid, épicentre de la contestation, ainsi qu'une soixantaine de villes espagnoles. Pourtant, cette fronde soudaine, invitée surprise des élections régionales et municipales, a faiblement contribué à la débâcle du Parti socialiste espagnol, au pouvoir.
Une défaite prévisible
Avec 27,81 % des voix, le Parti de gauche (PSOE) - arrivé très loin derrière les conservateurs du Parti populaire (37,58 %) - fait face à son plus mauvais score depuis les municipales de 1978. Une défaite "historique" mais prévisible selon Fabio Liberti, spécialiste des questions européennes à l’Institut des relations internationales et stratégique (IRIS). "La perte de croissance, le chômage à 20 %, la corruption... Toutes ces données ont permis de sanctionner le gouvernement. De récents sondages d'opinion prédisaient déjà une défaite cuisante des socialistes au pouvoir, bien avant la naissance de ce mouvement de contestation", analyse-t-il.
Depuis 2007, les Espagnols subissent de plein fouet les conséquences de la crise économique. "Il n’est donc pas étonnant que le gouvernement paie aujourd’hui le prix fort de la rigueur et de ses mesures d’austérité", assure de son côté Pierre Verluise, spécialiste politique à l’IRIS. "Il fallait bien que l’exaspération gagne la population un jour ou l’autre. 45 % des moins de 25 ans n’ont pas de travail", précise-t-il. "Dans le cas présent, la contestation madrilène a peut-être été un effet catalyseur mais elle ne peut expliquer, à elle seule, l’échec socialiste". Difficile donc d'imputer la défaite du camp Zapatero à la seule mobilisation du 15-M.
Punir le système et non Zapatero
Bien que devenus le symbole du ras-le-bol de la jeunesse espagnole, les "indignés" n’ont pas vraiment influencé le scrutin de dimanche. Selon Adeline Percept, la correspondante de FRANCE 24 à Madrid, la raison en est simple : la contestation est principalement sociale. "Les indignés laissent aujourd’hui exploser leur frustration. Ils sont là pour crier leur écœurement de la société actuelle mais n’expriment pas de revendications politiques claires", assure-t-elle. Le mouvement ne s’est pas construit contre les socialistes mais contre la paupérisation de la société. "Ils n’ont pas cherché à punir Zapatero mais le système [...] Et puis, l’immense majorité de ces contestataires espagnols est acquise à l’idéologie de gauche voire d'extrême-gauche. Jamais ils n’auraient appelé à voter pour la droite. Qu’auraient-ils à y gagner ?"
Autre preuve de l’influence réduite de la contestation sur le scrutin de dimanche : la confusion autour des consignes de vote. "Le mouvement n’a émis aucune recommandation claire pour ces élections municipales et régionales", explique-t-elle. "De plus, le taux d’abstention (environ 33 %) n'a pas été plus élevé qu’en 2007, lors des élections régionales, la participation a même été en hausse".
Le mouvement du 15 mai, un mouvement apolitique ?
Le jeune mouvement de révolte est davantage occupé à tenter de trouver une cohérence à son action qui connaît un succès aussi spontané qu'inattendu. "Ils ont pris comme point de départ la crise économique mais parlent aussi de ‘réinventer le système’, de ‘réveiller les consciences’, leur liste de requêtes est encore un peu confuse", analyse Adeline Percept.
Une confusion liée à l’immaturité politique du mouvement selon Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de l’Espagne à l’IRIS. "Les indignés n’ont pas encore eu le temps de se construire une idéologie politique", explique-t-il. "Pour le moment, ils ont su mettre en lumière le divorce existant entre la classe politique et le peuple. Mais c’est tout. Leur influence politique est encore très limitée, il leur faut maintenant se construire une crédibilité", conclut l’expert.


























Commentaires (8)
La révolte des indignés
Dérive libérale de la social-démocratie européenne
La catastrophe politique(pour le PSOE) qui s'est produite récemment en Espagne n'a pas été interprétée.Cela est logique car une interprétation de gauche de cette défaite historique du parti socialiste au pouvoir nécessiterait de remettre en cause la dérive libérale de la gauche européenne.Cela reviendrait surtout à admettre que la social-démocratie européenne s’est transformée bon an mal an en un social-libéralisme de gouvernement:abandon de toute référence au marxisme,refus de toute règlementation du marché,soumission de l’Etat aux intérêts privés,renoncement à toute dynamique populaire(le peuple c’est-à-dire la démocratie en réalité)autrement que sous la forme d’une aide aux pauvres,dérive technocratique(la politique est l’affaire exclusive des professionnels de la politique,des experts et des technocrates pourtant responsables de l’actuelle faillite de l’Europe libérale).Ce social-libéralisme n’est pas assumé par ses tenants.J’y vois là une certaine fausseté et la cause au mieux d’un malaise au pire de troubles psychologiques assez inquiétants.Ainsi Ivan Levaï affirmerait que Nicolas Sarkozy ne serait pas de droite.C’est inquiétant.Le néolibéralisme est plongé dans une faillite historique tandis que le social-libéralisme est en bout de course.Pour bien discuter,pour analyser en profondeur les causes de la faillite de l’Europe néolibérale et envisager une issue économique et politique cohérente il faudrait déjà recourir à des concepts valables,à même de rendre intelligible la réalité.Ainsi la loi française de 1973 désaisissant l’Etat du pouvoir de création monétaire(la charge de la dette est sur le point de devenir le 1er poste budgétaire de l’Etat français,c’est la broutille de 50 milliards d’euros d’intérêts par AN à partir de 2012 !)est d’inspiration libérale voire néolibérale.Il faudrait en débattre.Le parti socialiste français s’y refuse parce qu’il n’est plus social-démocrate.
L'Espagne des révoltés
Pourquoi est-il plus facile d'être entendu comme ANTI et non comme inventeur de solutions à nos problèmes? une réforme fiscale des entreprises prévoyant la disparition des charges sociales (Sécu et Retraites) en considérant simplement que le salaire est un investissement au même titre que la Santé, en supprimant les taxes et impositions locales, désormais remplacées par une partie des recettes de l'impôt sur le revenu,
et une part par employé temps complet (qui supprimerait pour les actionnaires l'intérêt capitaliste du licenciement), avec une dernière tranche à 95%.
quelle bravure pour ses
quelle bravure pour ses jeunes qui veulent le changement de ce systeme injuste et imoral.
Les indignés !
Marrant le commentaire de la "journaliste" ! Quel manque de culture ! Quand des libertaires protestent contre l'organisation sociale, ils sont "apolitiques" bien sûr ! Et cela ne rappelle rien, surtout rien, à ceux qui ne veulent pas comprendre ! Comme en 66 à Strasbourg, puis à 67 dans tout l'Est de la France, puis en 68 ! Rudi, revient réveiller les analpha-bêtes !
jean Cohenny
Il y a de quoi être indigné !
La révolte des "indignés" en Espagne , qui suit celle de la population en Grèce , parait légitime . Allez expliquer à la population d'un pays que son destin dépend de la Commision Europénne ou du FMI ou mieux encore d'Agences de notation , qui en donnant de mauvaises notes à la gestion d'un pays , font que celui-ci est acculé à la banqueroute parce que des boursicoteurs jouent sur sa monnaie . Comment la population peut-elle comprendre , sans se révolter , qu' une Agence quelconque peut ainsi les plonger , ainsi que leur pays , dans la misère ?
Les Indignés
Beaucoup d'entre nous avons lu le livre de Stéphane Hessel "Indignez-vous", livre qui a été traduit en espagnol. De là vient que nous ayons pris le nom "Indignados". Merci mille fois encore à Monsieur Hessel. Vous êtes avec nous à la "Puerta del Sol" Monsieur Hessel.
Révolution Espagnole
Donnez la parole aux indignés :
http://www.ideo-sphere.eu/index.php/Story/72-espagne-naissance-dune-revo...
ils n'en peuvent plus des
ils n'en peuvent plus des politiques,des banqiers,des grandes entreprises qui se font leurs fortunes sur notre dos.La gauche ou la droite,les extrèmes,les écologistes.Le systéme de parti devrait être interdit. Trop de copinage,pas assez de démocratie interne,ils se moquent de nous à chaque prise de parôle.La politique de restriction c'est pour nous pas pour eux!!! Le fric n'est pas pour nous mais pour eux! (plusieurs salaires,primes,indemnités diverses,etc...).IL faut que cela change ou il faut appliquer l'article 35 des droits de l'homme.
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