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FRANCE

Sarkozy et Internet : le grand malentendu

Texte par Sylvain ATTAL

Dernière modification : 26/05/2011

Est-ce que le président français donne l’image d’une nation confiante et conquérante au G8 ? Pas si l’on se penche sur sa vision exclusivement défensive et fermée d’Internet. La chronique de notre journaliste Sylvain Attal.

L’affaire est entendue : Sarkozy sera seul Français sur la photo du G8. L’élimination brutale de son rival Dominique Strauss-Kahn est une aubaine qui lui permettra (pense-t-il) de tirer le profit maximum dans l’opinion de la vitrine du sommet de Deauville. Pour autant, est-ce que le président français donne de son pays l’image d’une nation confiante et conquérante ? Bien au contraire si l’on se penche sur sa vision exclusivement défensive et fermée d’Internet.

Dans les années 80, la France surprenait le monde en inventant le TGV, promis à un bel avenir. Aujourd’hui innovation rime avec Internet. Et là, Nicolas Sarkozy vient de montrer que sa pensée était en inquiétant décalage avec celle des investisseurs et les entrepreneurs d’Internet qui sont les moteurs de la croissance des pays développés.

À la veille du sommet de Deauville, L’Elysée a réuni un “e-G8” à Paris avec la fine fleur de l’Internet mondial, de Mark Zuckerberg (Facebook), à Eric Schmitt, le president exécutif de Google, le PDG d’e-bay ou encore le patron de Newscorp, Rupert Murdoch... À côté, la France qui n’a donné naissance à aucun géant d'Internet et qui laisse ses cerveaux émigrer vers la Silicon Valley, l’Inde ou Israël ne peut afficher que France Telecom...

La France paraît assez mal placée pour donner des leçons et pourtant, quel discours le président français a-t-il tenu au gotha mondial des créateurs d’avenir ? Il leur a dit qu’il fallait réguler Internet, le moraliser afin de protéger la propriété artistique (c’est un vrai sujet), ou lutter contre la cybercriminalité (c’en est un autre), bref qu’Internet libéré devenait trop puissant et menaçant, et qu’il fallait mettre des bornes à son développement.

Or cette recommandation d’interventionnisme étatique (vieille spécialité française) la sphère privée l’a massivement rejetée, au motif, comme l’a souligné Eric Schmitt que “la technologie va plus vite que les gouvernements”. Pour les acteurs du secteur il y a un “droit universel à se connecter” et les pouvoirs publics doivent surtout garantir au plus grand nombre l’accès à Internet très haut débit. Rupert Murdoch a raison de dire que les possibilités en matière d’éducation et donc de création des emplois futurs sont insoupçonnables à condition de démocratiser l’accès aux nouvelles technologies. En écoutant Sarkozy, les patrons de l’Internet ont dû se dire que s’il y avait eu plus de dirigeants comme lui dans le monde lorsqu’ils ont lancé leur entreprise, ils n’en seraient pas arrivés là.

Bref, la sphère privée considère que le seul effet d’une plus grande régulation étatique du secteur sera de freiner sa croissance.

À juste titre, car le combat de Nicolas Sarkozy est doublement d’arrière-garde. Il est perdu d’avance et ne fera que marginaliser la France au sein du G8 et sans doute aussi du G20, où le point de vue de l’Élysée apparaîtra plus proche de celui de la Russie ou de la Chine que des autres grandes démocraties.

Ces douze derniers mois on a vu que la puissance des outils d’Internet pouvait déstabiliser des dictatures, mais aussi, avec l’affaire WikiLeaks, des démocraties.

Or, les États-Unis - qui ont davantage encore souffert des révélations de WikiLeaks - réagissent de manière radicalement opposée à ce défi. Plutôt que de chercher, comme en France à voter de nouvelles lois restrictives, ils cherchent comment mieux protéger leurs réseaux en utilisant... les armes de la technologie. Une approche optimiste que l’on peux qualifier de “gagnant-gagnant”.

La France n’est pas plus concernée que les États Unis par les atteintes à la propriété intellectuelle, ou le cyberterrorisme. Pourtant Sarkozy tient un discours de ministre de l’Interieur, uniquement répressif et frileux qui explique mieux pourquoi nous ne sommes pas à proprement parler un paradis de la croissance.

Quand les Américains montent des projets de soutien tous azimuts aux cyberdissidents avec, par exemple, un budget de 25 millions de dollars pour les aider à contourner les “murailles” dressées par des pays comme l’Iran ou la Chine pour empêcher la libre expression sur Internet ; quand ils lèvent les restrictions sur l’exportation de certaines de leurs technologies, le président français interdit l’organisation à Paris de la conférence sur les cyberdissidents que voulait organiser l’année dernière Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères. Il avait l’intuition, complètement confirmée par les printemps arabes et la répression qui s’est abattue sur les blogueurs, que là était désormais le combat pour les droits de l’Homme, et que la France devait y être en pointe. Or, Nicolas Sarkozy était, lui, déjà obsedé par le soucis inverse : qu’il fallait absolument encadrer la puissance des nouveaux “empires du Net”.

Rattrapé par l’actualité de ce que l’on a un peu facilement appelé les “révolutions Facebook”, il a donc organisé à la hâte ce “e-G8” pour donner le change. Mais le discours n’a absolument pas changé. Sur un enjeu qui concerne la prospérité des nations industrialisées, leur niveau d’éducation, la productivité du travail, la position française reste uniquement sécuritaire.

En fait, Nicolas Sarkozy, quand il prône “la neutralité du Net” confond morale et pulsion régulatrice. Si demain, pour des raisons qui peuvent être bonnes (protection des auteurs, lutte contre la délinquance) ou moins bonnes (le désir de contrôler un monde qui semble devenir plus puissant que les gouvernements) les pays développés se mettaient d’accord pour réguler Internet (ce qui n’arrivera pas), ils n’auraient plus rien à opposer aux dictatures qui veulent en faire autant.

Sur ce sujet essentiel pour le monde tel qu’il est en train d’être façonné par Internet, sur lequel les jeunes sont particulièrement attentifs, Sarkozy a toutes les chances d’être isolé au G8 et même pire, de paraître un tantinet ringard. Pour revenir aux enjeux franco-français de 2012, son seul espoir c’est que ses adversaires socialistes ne sont guère plus audacieux sur le sujet.

Première publication : 26/05/2011

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