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EUROPE

Ratko Mladic est "transférable" au Tribunal pénal de La Haye

©

Vidéo par Laurent ROUY

Texte par Dépêche

Dernière modification : 28/05/2011

Le Tribunal serbe a décidé que l'ex-chef militaire Ratko Mladic, arrêté jeudi et détenu à Belgrade, était physiquement apte à suivre l'audience du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, qui l'accuse de génocide et de crimes de guerre.

AFP - Ratko Mladic, l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie arrêté jeudi après 16 ans de cavale, peut être transféré vers le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye pour répondre de génocide, a décidé vendredi une juge serbe.

"Nous attendons un procès juste."

"Il a été établi que le général Ratko Mladic était physiquement apte à suivre l'audience, il a refusé de recevoir l'acte d'accusation du TPIY et nous avons ensuite décidé que les conditions pour son transfèrement étaient remplies", a déclaré à la presse la juge Maja Kovacevic.

"Même s'il souffre de plusieurs maladies chroniques", un rapport médical a conclu qu'il peut être jugé, a-t-elle ajouté.

Son avocat Me Milos Saljic a indiqué qu'il interjettera appel lundi.

"La date et l'heure de l'extradition de Ratko Mladic au Tribunal de la Haye ne seront pas communiquées en raison de risques", a, pour sa part, déclaré vendredi aux journalistes le ministre chargé de la coopération avec le TPIY, Rasim Ljajic, cité par l'agence Tanjug.

Peu avant l'audience, le fils de Ratko Mladic, Darko, avait indiqué à la presse que son père se considérait comme "non coupable" et que son état de santé ne permettait pas son transfèrement devant la justice internationale.

Il a notamment mentionné un scanner montrant des hématomes cérébraux.

Sa famille réclame un examen médical par des médecins "indépendants", incluant des Russes et des Serbes, selon des sources judiciaires.

L'audition de Mladic, 69 ans, avait dû être interrompue jeudi car il "devait prendre un médicament", selon le Tribunal serbe pour les crimes de guerre.

Mladic était alors apparu jeudi, vieilli, affaibli et se déplaçant avec difficulté, n'ayant plus grand chose à voir avec le "boucher des Balkans" des années 1990.

Le massacre de Srebrenica

En juillet 1995, l’armée de la République serbe de Bosnie, commandée par le général Ratko Mladic, entre dans l’enclave musulmane de Srebrenica, pourtant considérée comme "zone de sécurité" de l’ONU. Exactions, viols, assassinats…

En quelques jours, les hommes de Mladic massacrent plus de 8 000 hommes et adolescents alors que 400 Casques bleus patrouillent dans la région. Les victimes sont principalement des hommes. Les femmes et les enfants ont été évacués en bus. On compte néanmoins quelques enfants et plusieurs dizaines de jeunes filles parmi les victimes.

Ce nettoyage ethnique est considéré comme le pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 2004, il est qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).


Pour d'autres cependant, Ratko Mladic est parfaitement en mesure de communiquer.

"Il y a de la folie dans son regard", a déclaré une source proche du Tribunal pour les crimes de guerre, tout en soulignant qu'"il serait envoyé à la Haye même s'il est fou".

Ratko Mladic est inculpé de génocide par le TPIY pour son rôle lors du massacre de Srebrenica, le plus important en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. 8.000 hommes et adolescents musulmans de Bosnie furent tués par les forces serbes de Bosnie en juillet 1995.

Il devra aussi répondre de son inculpation pour le siège de Sarajevo, qualifié d'"enfer médiéval" par le TPIY.

Le procureur serbe pour crimes de guerre, Vladimir Vukcevic, a, toutefois, indiqué vendredi à la télévision B92 que Mladic affirmait qu'il n'avait tué personne.

"Ratko Mladic a indiqué hier: +Je n'ai pas tué. Tous ceux qui ont tué doivent répondre+", a déclaré M. Vukcevic.

"Il est d'accord avec moi sur le fait que tous ceux qui ont tué doivent être traduits devant la justice. C'est là que Ratko Mladic et moi sommes sur la même position", a-t-il ajouté.

En attendant une décision définitive sur son transfèrement vers La Haye, attendue la semaine prochaine, Ratko Mladic a pu recevoir des fraises dans sa cellule et avoir une télé comme il le demandait, a indiqué à l'AFP une source judiciaire.

Ratko Mladic a également demandé à pouvoir visiter la tombe de sa fille Ana qui s'était suicidée en 1994.

Les premières précisions sur les circonstances de l'arrestation de Mladic, jeudi à l'aube à Lazarevo, village du nord-est de la Serbie, ont filtré vendredi.

Il se trouvait dans la maison de l'un de ses cousins, dans le village de Lazarevo (80 km au nord est de Belgrade) où il vivait depuis plusieurs années, selon le ministre de l'Intérieur serbe Ivica Dacic.

Les services étrangers n'ont pas participé à sa localisation et à son arrestation qui est le fruit "d'un travail laborieux de l'équipe serbe en charge de sa traque et de nos services de sécurité", a déclaré vendredi à l'agence Tanjug M. Vukcevic.

Selon les médias, Mladic était dans sa chambre en pyjama et n'a opposé aucune résistance.

Mladic échappait à la justice internationale depuis 16 ans.

"En ce moment nous faisons beaucoup d'analyse et dans les quelques prochains jours nous aurons une image complète sur ce qui s'est passé" pendant sa cavale, a indiqué le président serbe, Boris Tadic, dans une interview à la BBC.

Il a déclaré que l'enquête serait "élargie pour voir comment il avait créé son système de protection et s'il était possible que des personnes des anciennes forces armées ou de la police aient participé à sa protection".

Reportage chez les supporters de Ratko Mladic
L'arrestation de Mladic a été saluée comme une victoire pour la justice internationale par nombre des responsables du monde entier.

La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a toutefois souligné vendredi au Kosovo qu'il "reste beaucoup à faire" à la Serbie sur sa voie européenne.

La Russie a appelé à un procès "impartial".

Quelque 2.000 Serbes, notamment d'anciens militaires serbes de Bosnie et des jeunes, ont manifesté vendredi à Pale, près de Sarajevo, sans incidents contre l'arrestation de Mladic.

Le Parti radical (SRS, ultra-nationaliste) organisera une manifestation de protestation dimanche soir en Serbie.

L'arrestation de l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, en juillet 2008 à Belgrade, avait donné lieu quelques jours après à d'importants débordements.

Première publication : 27/05/2011

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