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La présidence et le Parlement s’écharpent pour prendre le contrôle du pétrole

Texte par Yann BUXEDA

Dernière modification : 02/06/2011

La pression n’en finit plus de monter entre le président Mahmoud Ahmadinejad et le Parlement (Majlis), dominé par les ultraconservateurs. Le ministère du Pétrole est aujourd’hui au cœur de tractations politiques continues entre les deux camps.

Entre le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et les ultraconservateurs proches du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, la guerre est formellement déclarée. Alors que se profilent les élections législatives de mars 2012, chaque camp a décidé de placer ses pions pour déstabiliser l’adversaire.

Depuis deux semaines, c’est le ministère du Pétrole qui cristallise les crispations entre la présidence et le Parlement (Majlis), aux mains de son principal rival, Ali Larijani. Le 15 mai dernier, Ahmadinejad a annoncé qu’il entendait assurer l’intérim de ce portefeuille, l’un des plus importants de la République islamique.

La veille, le président avait licencié le titulaire du poste, Massoud Mirkazemi, dans le cadre d’une vaste réforme de l’État visant à réduire les coûts de fonctionnement du régime. A ce titre, le ministère du Pétrole iranien devrait, dans les prochaines semaines, fusionner avec celui de l’Énergie.

Une question de constitutionnalité

D’après le droit iranien, le président peut procéder au licenciement d’un membre du gouvernement et, le cas échant, nommer un ministre intérimaire pour une durée de trois mois. Au terme de ce délai, s’il souhaite reconduire ce ministre dans ses fonctions, il doit en présenter la requête au Parlement.

Dans les cercles ultraconservateurs iraniens, la prise de contrôle, par Ahmadinejad, du plus important ministère du pays, puisque 80% des ressources en devises du pays proviennent de l’industrie pétrolière, dérange. Pour les ultraconservateurs, ce élargissement des fonctions d'Ahmadinejad vise à renforcer un peu plus ses propres pouvoirs dans la perspective de 2012.

Pour contrer la stratégie de la présidence, le Conseil des gardiens de la Constitution, institution largement dominée par les ultraconservateurs, est venu à la rescousse du Majlis. "Selon plusieurs articles de la Constitution […], le président ne peut pas assumer personnellement la responsabilité d’un ministère sans titulaire", a déclaré son porte-parole, dimanche.

La présidence a pris la liberté d'adopter sa propre lecture des textes de lois pour s’affranchir de la décision du Conseil, autorité censée veiller à la bonne application de la Constitution iranienne.

Une guerre ouverte sur le front juridique

Cet épisode où le président à fait cavalier seul, le Majlis ne l’a pas digéré. Ce mercredi, les parlementaires ont saisi la justice afin qu’elle statue sur la légalité du double mandat d’Ahmadinejad.

Sur les 290 députés siègeant au Parlement, 165 d'entre eux ont signé une lettre pour dénoncer ces "violations" de la Constitution. Dans ce document, les parlementaires affirment que l'interim exercé par le président Ahmadinejad lui-même "est contraire à la loi".

Thierry Coville, chercheur à l’IRIS et enseignant à Negocia, évoque le contexte dans lequel cette lecture de la Constitution doit être comprise : "Il faut savoir que la fusion de ces ministères pose des problèmes au Parlement, qui a contesté la majeure partie de la réforme du fonctionnement de l’appareil d’État menée par Ahmadinejad. L’intérim d’Ahmadinejad au ministère du Pétrole s’inscrit, à mon sens, plus dans le cadre de la lutte à laquelle se livrent la présidence et le Parlement."

Les arrêtés signés par le président iranien à la tête de ce ministère sont malgré tout dans le collimateur des ultraconservateurs, affirme l’agence de presse Mehr. Depuis sa prise de fonction, Ahmadinejad a notamment lancé trois décrets spéciaux qui visent à accélérer l’application des projets de l'industrie pétrolière iranienne.

S'emparer des ministères clés avant 2012

La "bataille pour le pétrole"qui divise le pouvoir à Téhéran n’est pas un épiphénomène. Elle s’inscrit dans une dynamique de conflit qui a atteint son point culminant le mois dernier.

Au début du mois de mai, Ahmadinejad s’est retiré de toute activité politique pendant une dizaine de jours après un affrontement avec l’ayatollah Ali Khamenei. Le guide suprême iranien avait opposé son véto au limogeage du ministre du Renseignement Heydar Moslehi.

L’accrochage, selon les deux camps, aurait été motivé par un enjeu de pouvoir : le contrôle du ministère du Renseignement pourrait s’avérer un élément essentiel dans la course aux législatives de 2012. Tout comme le ministère du Pétrole.

Dans l’attente de la décision de la justice, Ahmadinejad devrait conserver le contrôle de ce dernier. Et pourrait, de fait, être présent à la prochaine réunion ministérielle de l’Opep, le 8 juin prochain à Vienne, dont l’Iran assure la présidence depuis le 1er janvier 2011.

Première publication : 01/06/2011

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