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Santé

"La contamination à l'E.coli est vraisemblabement massive"

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 07/06/2011

Spécialiste de la bactérie E.coli à l’hôpital Robert Debré de Paris, Patricia Mariani revient sur les spécificités de l'épidémie qui a déjà fait 18 morts en Europe et explique pourquoi il est si difficile de la localiser.

Pourquoi est-il si difficile de localiser la bactérie Escherichia coli 0104, dite E. coli, responsable de la mort de 18 personnes, dont 17 en Allemagne ? La Commission européenne a levé, mercredi soir, la mise en garde contre les concombres espagnols. Les autorités sanitaires de Hambourg, la principale ville touchée dans le nord de l’Allemagne, ont reconnu avoir fait fausse route. Elles avaient pourtant déconseillé, la semaine dernière, la consommation de tomates, de salades et de concombres en provenance d'Espagne.

Comment se déroule une enquête de ce type ? La crise sanitaire est-elle particulièrement grave ? Réponses avec Patricia Mariani, microbiologiste à l’hôpital Robert-Debré de Paris et co-responsable du laboratoire associé au Centre national de référence de l’Escherichia coli en France.

FRANCE 24 : La piste du concombre est-elle définitivement écartée ? Et pourquoi est-il si difficile de localiser la bactérie ?

Patricia Mariani : A priori, oui, la piste du concombre est écartée. Mais des analyses sont toujours en cours. Potentiellement, beaucoup d’aliments peuvent être incriminés : les légumes, la viande, le fromage, l’eau... L’enquête épidémiologique est longue et fastidieuse. Il faut faire appel à la mémoire des patients pour savoir ce qu’ils ont mangé ces quinze derniers jours et connaître l'endroit où ils ont fait leurs courses. C’est extrêmement difficile.


Il y a déjà eu des épidémies liées à la bactérie E. coli dans le passé. Celle-ci est-elle particulière ?

P. M. : L’épidémie est très alarmante en Allemagne. Jamais nous n’avons vu une épidémie d’Escherichia coli faire autant de morts.

Au Japon, en 1996, des radis avaient été contaminés par des eaux de ruissellement. Il y avait eu 9000 cas de contamination et 9 décès. Il y a eu aussi plusieurs épidémies aux États-Unis, notamment dans l’État de Washington, en 1993 (des steaks hachés pas assez cuits, la chaîne du froid n’avait pas été respectée), et au Canada, dans la province de l’Ontario, en 2000 (l’eau du robinet avait été contaminée après de grosses inondations).

En France, deux épidémies ont été enregistrées en 2005 : dans le Sud-Ouest - la bactérie provenait de steaks hachés pas assez cuits - et dans le Calvados, où on l'avait détectée dans le camembert. On a aussi eu, par le passé, des épidémies avec des épinards et du jus de pomme.

Mais habituellement, seul 1% des personnes contaminées décède. C’est très faible. Cette fois, la contamination est vraisemblablement massive. Ce qui est aussi inhabituel, c’est que les adultes en sont les principales victimes. Or cette infection, qui se manifeste par des hémorragies du système digestif - et, dans les cas les plus graves, par des troubles rénaux (syndrome hémolytique et urémique, SHU) et des séquelles neurologiques graves - est théoriquement une maladie de l’enfant. La population la plus à risque est celle des moins de 15 ans, et surtout des moins de 3 ans.

Quelles sont les précautions à prendre ?

P. M. : Il y a beaucoup de personnes qui n’épluchent pas leurs légumes et qui ne les lavent pas. C’est pourtant essentiel, tout comme se laver les mains avant de cuisiner. Ce sont des recommandations générales à prendre en compte, qui ne sont pas seulement liées à l’épidémie actuelle en Allemagne. Quant aux enfants en bas âge, il ne faut absolument pas qu'ils consomment du fromage ou du lait non-pasteurisé et qu'ils mangent de la viande bien cuite. Une bactérie dans 25g de viande suffit à contaminer un enfant.
 

(Photo : CDC Escherichia coli 0157:H7)

Première publication : 02/06/2011

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