Dernière modification : 03/06/2011 

- Immigration clandestine - Italie - Libye - Tunisie


Naufrage au large de la Tunisie : informations contradictoires sur le repêchage des corps

Les corps d'au moins 120 migrants clandestins tentant de rallier l'Italie auraient été repêchés au large des côtes tunisiennes, selon le Croissant-Rouge. De son côté, la garde maritime tunisienne affirme n'avoir récupéré que deux corps.

Par David THOMSON / Gary GRABLI , correspondants de FRANCE 24 en Tunisie (vidéo)
Dépêche (texte)
 

AFP - La garde maritime tunisienne, responsable des opérations de secours au large des côtes, a démenti avoir repêché vendredi des corps de migrants portés disparus jeudi après un naufrage, contrairement aux affirmations du Croissant Rouge local.

François Bayrou favorable à la création d'une "force de secours européenne"

Le président du MoDem, François Bayrou, a dénoncé vendredi l'"indifférence" de l'Europe après la mort probable de plus de 200 personnes fuyant la Libye dans un naufrage au large de la Tunisie, et appelé à la création d'"une force de secours européenne pour ces boat people".

"250 personnes en provenance de Libye viennent encore de mourir. On est à plus de 1.000 victimes depuis le début du conflit, et nous les laissons mourir sans rien dire, sans organiser les secours qu'un minimum d'humanité devrait à ces boat people d'aujourd'hui", a déclaré M. Bayrou à l'AFP.

"Pourtant c'est nous, Français et Européens, qui avons déclenché la guerre, pour des raisons explicables et sans doute honorables, mais dont on ne pouvait imaginer qu'elle serait sans conséquences", a-t-il ajouté.

"Nous avons récupéré seulement deux corps hier" et "nous avons suspendu les opérations de recherche à cause du mauvais temps", a assuré à l'AFP le directeur de la garde maritime, Lotfi Baili.

"Nous n'avons pour l'instant que deux corps" de migrants morts la veille, a confirmé à l'AFP le lieutenant-colonel Tahar Landoulsi, chef de la garde maritime à Sfax (sud), d'où sont menées ces opérations.

Le Croissant Rouge à Sfax avait auparavant affirmé à l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) à Genève, ainsi qu'à l'AFP, qu'entre 120 et 150 cadavres de migrants avaient été récupérés, sur plus de 200 disparus dans un naufrage.

"Le Croissant Rouge tunisien a confirmé jeudi qu'il y avait encore des corps dans l'eau et que des opérations de repêchage étaient en cours", avait indiqué plus tôt vendredi l'OIM dans un communiqué de presse, en précisant que, selon la même source, "150 personnes, majoritairement originaires d'Afrique sub-saharienne, sont mortes et leurs corps ont été transportés à l'hôpital de Sfax".

Le coordinateur du Croissant Rouge tunisien à Sfax, Moez Barkallah, avait affirmé à l'AFP que 123 corps avaient été repêchés et transportés à la morgue.

Syndiquer le contenuREPORTAGE

Contacté de nouveau après le démenti des autorités, ce médecin du Croissant Rouge s'est montré moins affirmatif en indiquant qu'"il ne s'agi(ssai)t pas d'informations officielles" et qu'il n'avait pas vu les corps lui-même à la morgue.

Entre 200 et 270 migrants fuyant la Libye ont disparu jeudi au large des côtes tunisiennes et près de 600 autres ont pu être secourus, alors qu'ils tentaient de rejoindre l'Italie à bord d'une embarcation qui a fait naufrage.

Les secouristes avaient perdu tout espoir jeudi soir de retrouver ces disparus vivants.

Les Tunisiens peuvent s'enorgueillir d’avoir mis fin à plus de 23 ans de dictature. Mais malgré cette victoire démocratique, des milliers d'entre eux empruntent toujours la route de l’exil.

Les conséquences de la guerre en Libye, la montée du chômage et l’absence de visibilité économique et politique dans le pays continuent en effet d'inquiéter la population.

Depuis le mois de janvier, toute l’activité tunisienne souffre. C'est notamment le cas du tourisme, qui représente habituellement 8 % du PIB. Des entreprises ont fermé, licenciant 20 000 à 30 000 personnes. Les investissements étrangers ont par ailleurs chuté de 28,8 % au premier trimestre, selon l’Agence tunisienne de promotion de l'investissement extérieur, sans parler des frais non prévus engendrés par la Révolution (dégâts matériels …). 

35 000 Tunisiens de retour au pays

Enfin, la situation en Libye, premier partenaire commercial de la Tunisie après l’Union européenne (UE), ne fait qu’accentuer cette instabilité. Près de 35 000 ressortissants tunisiens qui travaillaient dans le pays sont revenus grossir les rangs des chômeurs.

"Il y a des disparités régionales fortes en Tunisie. La plupart de ces réfugiés viennent du sud et vivaient du commerce informel avec la Libye", explique Jamel, un chef d'entreprise tunisien de passage à Paris.

Entrepreneurs et économistes craignent que le nombre de chômeurs n’atteigne 700 000 dans le courant de 2011, contre 500 000 avant la Révolution.

"Si la situation sécuritaire, la stabilité politique et la confiance en l’avenir ne sont pas rétablies rapidement, l’économie tunisienne va au devant d’une crise encore plus grave", a déclaré le ministre des Finances, Jaloul Ayed, qui a fait état d’une croissance entre 0 et 1 % en 2011 et de créations d’emplois plus de trois fois inférieures à celles initialement prévues.


 

Commentaires
Réagir à cet article
To prevent automated spam submissions leave this field empty.

Sur le même sujet

 
 
 
Fermer