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Economie

Comment les petits Poucets du jeu vidéo résistent aux ogres du secteur

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 10/06/2011

Il n'y a pas que Sony, Nintendo ou encore Electronic Arts dans le monde du jeu vidéo. Plusieurs petits éditeurs profitent du salon E3 de Los Angeles pour démontrer qu'ils résistent toujours, et même plutôt bien, à la crise que traverse le secteur.

Dans l'ombre des grands noms du jeu vidéo, il peut y avoir des éclaircies. La démesure de certains stands de l'Electronic Entertainment Expo (E3) de Los Angeles a beau prouver le contraire, il n'y a pas que les géants Sony, Electronic Arts ou Microsoft qui existent sur le marché.

Sur la planète joystick, il existe de petits éditeurs qui font mieux que résister encore et toujours. Le français Focus Home Interactive et le suédois Paradox Entertainment font partie de ces quatre ou cinq derniers représentants de l'espèce des éditeurs indépendants de jeux vidéo. Ils ont installé leurs stands un peu à l'écart du grand tohu-bohu de l'E3. Les gens s'y attardent moins qu’aux grosses écuries et, pourtant, leurs dirigeants affichent une mine réjouie.

“La situation est bien meilleure pour nous qu'il y a cinq ou dix ans, elle est même très positive“, assure Cédric Lagarrigue, PDG de Focus. “Nous avons connu une croissance de notre chiffre d'affaires de 50 % l'année dernière, et devrions avoir une hausse de 90 % cette année”, renchérit Fredrik Wester, le patron de Paradox Interactive.

Micro-climat

Un optimisme qui tranche avec la morosité économique du secteur, où les ventes de jeux vidéo ont enregistré, en 2010, une baisse de 6 % sur un an. Existerait-il un micro-climat qui protège les plus modestes de l'orage économique qui s'est abattu sur l'industrie vidéoludique ?

Pour Focus, comme pour Paradox Interactive, le discours est celui d’un survivant. “Il y a cinq ans, il existait davantage d'éditeurs indépendants, mais un grand nombre d'entre eux a voulu jouer dans la cour des grands. Résultats, ils se sont cassé les dents, faute d'argent nécessaire pour pouvoir batailler avec Electronic Arts ou Activision”, raconte Fredrik Wester, qui, à l'époque, n’a pas voulu entrer en compétition avec les mastodontes du secteur.

“Lorsqu'on est moins gros, il faut avant tout savoir garder sa place et anticiper les évolutions du marché”, souligne Cédric Lagarrigue. En d'autres termes, ils ont préféré ne pas succomber à la tentation de créer des jeux qui coûteraient plusieurs dizaines de millions d'euros - privilège des grands acteurs du secteur - et surtout ils ont parié très tôt sur la distribution via Internet.

“En 2002, nous avons décidé contre l'avis de tous de vendre nos jeux directement sur le Net et aujourd'hui cela représente 40 % de notre chiffre d'affaires”, souligne fièrement Cédric Lagarrigue. Fredrik Wester, pour sa part, a fondé, en 2006, Gamersgate, l'une des premières boutiques en ligne de jeux vidéo.

Pain bénit

Ces choix stratégiques se sont avérés payants. Aujourd'hui, les réseaux de distribution en dur, les boutiques de jeux vidéo, sont en crise. “Il n'y en a quasiment plus en Angleterre ni aux États-Unis”, remarque Fredrik Wester. Elles disparaissent au profit de Steam (principale boutique en ligne sur PC), d’Amazon ou de Xbox Live. Electronic Arts, le deuxième plus important éditeur de jeux vidéo au monde, a bien senti la tendance : début juin, le géant américain a lancé sa propre boutique en ligne baptisée Origin.

Pour des sociétés telles que Focus et Paradox, cette évolution est du pain bénit. Elles ont déjà l'expérience de la vente sur l'Internet et, surtout, plus petites, elles peuvent s'adapter plus rapidement. “Les grands groupes souffrent beaucoup de cette dématérialisation des ventes”, assure Cédric Lagarrigue. En clair, les géants du jeu vidéo doivent revoir toute leur stratégie de distribution.

Et puis dans le contexte de crise actuelle, ces indépendants espèrent également tirer profits des difficultés financières des grands groupes. “Actuellement, ils sont occupés à redresser leurs comptes et ont moins les yeux rivés sur ce qui importe vraiment : la qualité des jeux”, observe Fredrik Wester.

Mais cette conjoncture de facteurs positifs ne durera pas éternellement. “Dans deux ans environ, les 'majors' du jeu vidéo auront redressé la barre et la situation sera beaucoup moins rose pour nous”, prévoit Fredrik Wester.

Première publication : 08/06/2011

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