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Amériques

Le sida a 30 ans et aucun vaccin n'a été trouvé

Texte par Inès OLHAGARAY

Dernière modification : 10/06/2011

Le docteur Michael Gottlieb (photo) a décelé les premiers cas de sida à Los Angeles en Californie en 1981. À cette époque, le virus n’avait pas encore de nom. Reportage.

Jamais il n’aurait pensé que la maladie prendrait ces proportions. En 1981, le jeune médecin, Michael Gottlieb, est en poste au Medical Center de UCLA à Los Angeles. Il a à peine 33 ans. Son patient a le même âge, le même prénom aussi. Le Dr Gottlieb se souvient bien de lui. Le jeune homme, qui pensait avoir pris un gros coup de froid, s’est présenté en plaisantant à l’examen médical. "Il ne savait pas à quel point il était malade, il blaguait avec nous, était assez nonchalant. Il pensait qu’il avait une maladie qui serait rapidement diagnostiquée, et que nous trouverions vite un traitement pour le remettre sur pied".

Michael souffre d’un cas de pneumonie rare qui touche des personnes dont le système immunitaire est déficient. Mais il est jeune et n’a aucun antécédent médical qui pourrait expliquer la gravité de sa maladie. L’homme a de la fièvre, il perd beaucoup de poids.

Sur son visage, le Dr Gottlieb remarque des taches brunes. Il s’agit du sarcome de Kaposi, une forme de cancer de la peau. "Après avoir analysé son sang au laboratoire, nous avons aussi constaté que son taux de lymphocytes T était extrêmement bas. On se demandait ce qu’il avait". Les lymphocytes T jouent un rôle indispensable dans la réponse immunitaire de l’organisme. Michael mourra à la suite de sa pneumonie.

Tristement baptisé "le cancer gay"

Plusieurs cas semblables à celui de Michael se déclarent à Los Angeles. Le Dr Gottlieb décide de donner l’alerte. Avec quatre confrères, il rédige un rapport dans un bulletin médical d’Atlanta. "Juste après la publication du compte-rendu, en juin 1981, mon téléphone s’est mis à sonner sans arrêt. Des médecins de tous les États-Unis me disaient qu’ils avaient des cas similaires, et que le rapport leur avait permis d’identifier la maladie de leurs patients".

Les premiers cas touchent surtout les homosexuels. La maladie est alors tristement baptisée le "cancer gay" et le sida devient tabou. "Les gens se disaient ce n’est pas notre problème, c’est celui de leur communauté et rien n’était fait pour aider les victimes du sida", se souvient Michael Gottlieb. "Mais en réalité, aujourd’hui dans le monde, seule une minuscule partie des gens porteurs du virus est homosexuelle. Le HIV est un problème de santé globale, qui touche surtout les hétérosexuels".

Trente ans plus tard, la trithérapie permet aux personnes porteuses du HIV de vivre pendant des dizaines d’années, mais aucun vaccin ni remède n’a été trouvé. Le Dr Gottlieb sait que le chemin sera long. "J’espère être là le jour où l’on trouvera le moyen de guérir du sida. Les recherches avancent, mais qui sait quand ce jour arrivera".

 

Première publication : 10/06/2011

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