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Moyen-orient

Appuyée par des hélicoptères, l'armée tue des dizaines de manifestants

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Dépêche

Dernière modification : 11/06/2011

La Maison Blanche et le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, condamnent la violence "inacceptable" de la répression en Syrie, où plusieurs témoins rapportent que des hélicoptères de combat ont tiré sur des manifestants vendredi.

AFP - Les forces syriennes appuyées par des hélicoptères ont tué au moins 25 civils lors d'énormes manifestations hostiles au régime vendredi à travers le pays, particulièrement dans le nord-ouest cible d'opérations brutales de l'armée.

Près de trois mois après le début de la révolte, le 15 mars, et en dépit des sanctions et des protestations internationales, le régime de Bachar al-Assad paraît déterminé à mater dans le sang toute contestation, des agissements qualifiés d'"atroces" par Ankara et "d'effroyables" par la Maison Blanche.

"Erdogan ne pouvait plus rester silencieux"

Alors que les 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU divergent sur l'opportunité d'une résolution condamnant cette répression, la Maison Blanche a affirmé que "la violence et les brutalités doivent cesser immédiatement" en Syrie.

"Les Etats-Unis condamnent fermement l'usage effroyable de la violence par le gouvernement syrien", a indiqué le porte-parole de la présidence américaine, Jay Carney, dans un communiqué.

La répression a été particulièrement violente dans la localité de Maaret al-Nouman, proche de celle de Jisr al-Choughour dans le gouvernorat d'Idleb (nord-ouest), où au moins 10 civils ont été tués par les troupes qui ont tiré sur des dizaines de milliers de manifestants, selon des témoins et des militants.

Un onzième est mort dans un village avoisinant, ont-ils précisé.

Le père de l'un des manifestants tués a affirmé à l'AFP que son fils avait été "touché à la poitrine par un tireur embusqué", et a affirmé, ainsi que d'autres militants sur place, que des hélicoptères de l'armée avaient tiré sur la foule.

Selon le chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel-Rahmane, les manifestants à Maaret al-Nouman ont réussi à prendre le contrôle d'une station de police après la fuite des forces de sécurité. Des hélicoptères sont ensuite intervenus pour tirer sur le bâtiment, a-t-il dit.

La télévision d'Etat a, elle, fait état d'une attaque "de groupes terroristes armés contre un QG de la sécurité", les autorités accusant depuis le début de la révolte des "gangs armés" d'être à l'origine des troubles.

En raison des restrictions imposées par le régime, les journalistes ne peuvent circuler librement et les informations sont difficiles à confirmer de source indépendante.

Le 9 juin, déjà 1 600 Syriens s'étaient réfugiés en Turquie
Le scénario à Maaret al-Nouman rappelle celui en début de semaine de Jisr al-Choughour, dans la même région, quasi-désertée par ses 50.000 habitants après des violences qui, selon Damas, ont fait 120 morts parmi les policiers. Les opposants ont attribué ces décès à une mutinerie à leur QG.

Le pouvoir a soutenu que l'opération militaire dans le secteur de Jisr Al-Choughour, était menée "à l'appel des habitants", pour "arrêter les groupes armés qui ont mis le feu à des récoltes".

Mais un témoin a déclaré à l'AFP que les forces militaires bombardaient des villages autour de Jisr al-Choughour en avançant vers la ville, et accusé les soldats d'avoir mis eux-mêmes le feu à des champs de blé.

C'est pour appeler à défendre cette localité que des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à l'appel de militants pro-démocratie à travers le pays, des régions kurdes du nord, aux villes du centre-est Deir Ezzor et Abou Kamal, en passant par la capitale Damas.

Le régime a une nouvelle fois répondu par la force, faisant trois morts à Damas, neuf dans la ville côtière de Lattaquié et deux dans la province de Deraa (sud), épicentre de la contestation, selon l'OSDH.

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, pourtant "un ami" du président syrien, a décrit comme une "atrocité" la répression chez son voisin.

Alors que la Turquie a décidé de garder les frontières ouvertes, des milliers de Syriens, dont beaucoup originaires de Jisr al-Choughour, s'y sont réfugiés ces derniers jours. Mitraillages par des hélicoptères, tirs sur les cortèges funéraires ou les ambulanciers, ils ont livré des témoignages édifiants sur les méthodes employées selon eux par le régime.

Un secouriste syrien, touché d'une balle au dos alors qu'il évacuait un blessé à Jisr al-Choughour, a affirmé sur son lit d'hôpital en Turquie avoir vu "des centaines" de blessés, ainsi que "dizaines de morts, peut-être 100".

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a qualifié d'"inacceptable" l'usage de la force militaire fait par le régime syrien contre les civils et s'est dit "profondément inquiet" des violences qui se poursuivent en Syrie.

Les Etats-Unis, qui ont imposé des sanctions directes à M. Assad, "continuent à chercher le moyen d'accentuer la pression" sur lui, a indiqué le porte-parole du département d'Etat.

La Russie, qui a un droit de veto à l'ONU, est contre une résolution sur la Syrie où la répression a fait plus de 1.200 morts et entraîné l'arrestation d'au moins 10.000 personnes et la fuite de milliers d'autres depuis le 15 mars, selon des ONG.

Première publication : 11/06/2011

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