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EUROPE

Les "indignés" quittent la Puerta del Sol

Texte par Dépêche

Dernière modification : 13/06/2011

En Espagne, après quatre semaines d'occupation, les "indignés" madrilènes ont quitté ce dimanche la place Puerta del Sol. Ils annoncent d'autres rendez-vous, à commencer par une journée de manifestations, le 19 juin prochain.

AFP - Après quatre semaines qui ont transformé la Puerta del Sol, à Madrid, en un symbole du malaise de l'Espagne face au chômage et à la crise, les "indignés" ont plié bagages dimanche lors d'un "déménagement" festif et coloré, en promettant qu'ils ne se tairont pas.

Les uns pliaient les bâches bleues ou vertes, d'autres démontaient à coups de marteau les structures en bois du campement, ou astiquaient le dôme vitré de la station de métro débarrassé de ses centaines d'affichettes.

"Nous recyclons ce que nous pouvons. Le reste nous le jetons", lançait un jeune manifestant chargé d'un tas de planches, pendant que se formait une chaîne humaine au pied des camions bennes municipaux, pour déblayer un fatras de matelas, placards, étagères, chaises en plastique ou bidons.

"C'est ma table de travail. Je vais la garder comme souvenir": le cuisinier du camp, Rafael Rodriguez Ballesteros, un restaurateur de 56 ans au chômage, surveillait l'emballage de la précieuse table pliante, avant de rentrer chez lui, "très ému après avoir reçu toute cette tendresse de la part de ces jeunes".

"Si vous ne nous laissez pas rêver, nous ne vous laisserons pas dormir", avaient-ils prévenu en plantant leur village alternatif le 17 mai sur la grande place au coeur de la capitale espagnole.

Presque un mois plus tard, malgré les risques de démobilisation, les "indignés" annoncent d'autres rendez-vous, à commencer par une journée de manifestations le 19 juin.

Ces derniers jours, ils sont déjà passés à d'autres formes d'action.

Un sit-in nocturne, mercredi devant le parlement, ciblant la classe politique aux cris de "bien sûr, bien sûr qu'ils ne nous représentent pas". Puis samedi, un face-à-face houleux avec la police anti-émeutes pour accueillir la réélection du maire conservateur de Madrid, Alberto Ruiz-Gallardon.

"La place restera un lieu d'assemblées, chaque quartier continuera à travailler et nous poursuivrons le mouvement sur internet", explique un porte-parole du mouvement, Marcos Quesada, étudiant en droit de 19 ans.

Au milieu de la Puerta del Sol, ils mettaient la dernière main dimanche à la construction d'une structure en bois en forme d'arche, en planches de chantier et matériaux de récupération, leur futur point d'information permanent.

"Pour que reste vivant le symbole de Sol", souligne Irene Rodriguez, une jeune fille de 22 ans qui travaille à la commission des "infrastructures", "au chômage malgré deux diplômes d'architecte et d'ingénieur, et trois langues".

Le mouvement était né spontanément le 15 mai d'une manifestation de citoyens autour de cibles disparates: le chômage qui frappe plus de quatre millions d'Espagnols et presque la moitié des moins de 25 ans, les politiciens taxés de cynisme et de corruption, les banques, les dérives du capitalisme.

Très vite, relayé par les réseaux sociaux, il a tissé sa toile à travers l'Espagne, dans une fronde au ton libertaire, inédite dans ce pays où des campements ont fleuri sur les places publiques de dizaines de villes et villages.

Leur plate-forme réclame une modification de la loi électorale, accusée de ne pas donner de place aux petits partis, la "transparence" des instances politiques et économiques, la participation des citoyens à la vie politique.

Mais les outils restent flous, les propositions concrètes rares, les leaders inexistants. Et l'avenir des "indignés" en point d'interrogation, malgré un large soutien de l'opinion publique.

"Ce soutien, c'est une folie, du jamais vu en Espagne", remarque Gabriel Cendal, un sociologue de 55 ans employé par le gouvernement régional de Madrid, qui vient de passer quatre semaines parmi les animateurs de la bibliothèque du camp.

"L'avenir", dit-il, "je le vois très bien. La manière dont cela va s'articuler, personne ne sait".
 

Première publication : 12/06/2011

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