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Afrique

Procès Chebeya : des zones d'ombre persistent après le verdict

Texte par Trésor KIBANGULA

Dernière modification : 24/06/2011

Quatre policiers congolais ont été condamnés à mort pour l'assassinat du militant des droits de l’Homme, Floribert Chebeya, en juin 2010. Un verdict qualifié d'"inachevé" par les organisations de défense des droits humains qui ont fait appel.

La cour militaire de Kinshasa a condamné jeudi le colonel Daniel Mukalay, chef-adjoint des services spéciaux de la police congolaise, et trois autres officiers à la peine capitale pour l'assassinat début juin 2010 du défenseur des droits de l'Homme, Floribert Chebeya. Un 5e accusé a écopé d'une peine de prison à vie alors que trois autres ont été acquittés.

Le défenseur des droits de l’Homme a été retrouvé mort dans sa voiture, le 2 juin 2010, au lendemain d'un rendez-vous auquel le général John Numbi, inspecteur de la police nationale congolaise l'avait convié. Une invitation qui aurait servi d’appât pour l’enlever. Le jour de l'entretien, le défenseur des droits de l’Homme et son chauffeur disparaissaient.

Âgé de 47 ans, Floribert Chebeya, fondateur de la Voix des sans voix, une organisation congolaise de défense des droits de l’Homme, était un militant très connu pour ses prises de position contre le régime de Kinshasa.

Quelques jours avant sa disparition, son organisation préparait des actions en marge des festivités du cinquantenaire du pays pour exiger l’amnistie des détenus politiques condamnés pour l’assassinat en janvier 2001 de Laurent Désiré Kabila, le père de l’actuel homme fort de la République démocratique du Congo.

Un procès "inachevé"

Au bout de sept mois de procès, le verdict de la cour militaire de Kinshasa n’a pas été jugé satisfaisant par les organisations de défense des droits de l’Homme.

Dans un communiqué rendu public ce vendredi, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme a déploré "l’incapacité de la justice congolaise à faire toute la lumière et à établir toutes les responsabilités" dans cette affaire.

"Ce verdict ne peut nous satisfaire alors que John Numbi [le chef de la police nationale congolaise au moment des faits, NDRL] n’a jamais comparu en tant qu’accusé et que le corps de Fidèle Bazana [le chauffeur de Floribert Chebeya, NDRL] n’a jamais été rendu aux siens", a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) basée à Paris, à FRANCE 24.

Pour des raisons d’enquête, le chef de la police n’a été que suspendu de ses fonctions après la découverte du corps sans vie de Floribert Chebeya. Lors des audiences de ce procès, John Numbi a toujours été entendu à titre de témoin. Une situation décriée par l’Observatoire dans son communiqué : "la justice militaire n’a jamais pu inquiéter le général John Numbi, en raison d’une impunité institutionnalisée", soulignant que l’enquête préparatoire a pourtant permis d’envisager sa responsabilité en tant que "investigateur de ces crimes".

La FIDH avec ses ligues congolaises préconisent la mise en place d’une commission d’enquête internationale pour "compléter le travail de la justice congolaise" dans cette affaire qui a mis en évidence, selon elles, "les limites de l’indépendance de la justice congolaise".

Les parties impliquées ont décidé de faire appel. S'il est accepté, la Haute Cour militaire pourrait juger en deuxième instance. 

Première publication : 24/06/2011

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