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Afrique

Pauline Nyiramasuhuko, le visage féminin du génocide

Vidéo par Aurore DUPUIS

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 24/06/2011

Après dix ans de procès, Pauline Nyiramasuhuko a été condamnée à la prison à perpétuité pour génocide et crimes contre l’Humanité. Retour sur le parcours de cette ex-ministre, coupable d’incitation aux massacres et aux viols lors du conflit rwandais.

Pauline Nyiramasuhuko est la première femme à être condamnée pour génocide par une cour internationale. Ministre de la Famille et de la Protection féminine rwandaise, au moment du génocide – entre avril et juillet 1994 – au cours duquel 800 000 Tutsis et Hutus modérés ont été tués, elle a poussé les miliciens hutus aux massacres et aux viols dans sa province d’origine le Butare. Elle a été condamnée à une peine de prison à perpétuité.

En 2001, interviewé par une chercheuse canadienne, son avocat la qualifiait de "mère-poule" et de "femme très agréable". La placide Rwandaise aux cheveux tirés qui a comparu entre 2001 et 2011 dans le box des accusés du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) basé à Arusha, en Tanzanie, s’est révélée, au fur et à mesure des témoignages, d’une cruauté à faire froid dans le dos.

"Elle disait aux gens de tuer les hommes et de violer les femmes", affirmait notamment un témoin en 2003 au cours d’une audience devant le TPIR. "C’est elle qui donnait les ordres", déclarait un autre, cité par RFI en 2005. Dans un long et épouvantable témoignage paru dans "Libération" ce vendredi, Rose raconte l’horreur. Son mari lapidé, sa fille de deux ans torturée puis tuée, les viols qu’elle a subis pendant trois mois. "Je ne comprends pas qu’une femme qui a donné la vie ait pu inciter des gens à violer d’autres femmes, lâche-t-elle. Il s’agissait d’éliminer les Tutsis physiquement mais aussi psychologiquement".

De la campagne rwandaise au gouvernement de Kigali

En 1994, au moment du massacre, Pauline Nyiramasuhuko est une influente personnalité du gouvernement hutu. À 48 ans, elle affiche alors un parcours exemplaire. Originaire de Ndora, une petite ville de la province de Butare dans le sud du Rwanda, elle naît en 1946 dans une famille de paysans modestes. Après l’école primaire, la jeune Pauline poursuit son collège à l’École sociale de Karubanda. Elle y fait une rencontre déterminante pour le reste de sa carrière : Agathe Kanziga, qui deviendra la femme du général putschiste Juvénal Habyarimana, au pouvoir jusqu’à son assassinat en 1994.

Quelques années plus tard, Pauline suit son amie jusqu’à Kigali, où elle est embauchée au ministère des Affaires sociales. Elle est alors âgée de 22 ans. Petit à petit, et grâce à l’appui d’Agathe Kanziga, Pauline Nyiramasuhuko gravit les échelons administratifs jusqu’à devenir inspectrice nationale au sein de ce même ministère. Entre-temps, elle épouse Maurice Ntahobali, qui devient peu après président de l’Assemblée nationale rwandaise, puis ministre de l’Éducation supérieure et recteur de l’Université de Butare.

En 1986, l’ambitieuse jeune femme reprend ses études. Elle s’inscrit à la faculté de droit à l’Université de Butare et décroche une licence de droit quatre ans plus tard. Engagée depuis plusieurs années au sein du Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND), le parti de Juvénal Habyarimana, elle s’impose peu à peu comme l’un des leaders du parti. En 1992, elle est nommée ministre de la Famille et de la Protection féminine. C’est l’une des premières femmes à gérer un portefeuille ministériel au Rwanda.

En avril 1994, le pays s’enfonce dans l’horreur. Partout, les Tutsis et les Hutus modérés sont massacrés, sous les encouragements des autorités de l’époque. Partout, sauf dans la province de Butare, où vit une majorité de Tutsis du Rwanda qui cohabitent depuis toujours pacifiquement avec les Hutus. Le préfet de la province, lui-même tutsi, s’acharne à maintenir le calme sur son territoire. Et il y parvient pendant une quinzaine de jours, jusqu’à ce qu’il soit limogé, arrêté et vraisemblablement assassiné. Désignée par le gouvernement pour assurer une "mission de sécurité" à Butare, Pauline Nyiramasuhuko fait du nettoyage ethnique dans sa province une affaire personnelle. Selon l’acte d’accusation du TPIR, elle va jusqu’à demander au nouveau préfet de Butare de lui fournir une assistance militaire pour effectuer les massacres dans sa commune d’origine.

Le viol comme arme de guerre

Le 25 avril, elle assiste au massacre de milliers de Tutsis, rassemblés dans un stade dans la ville de Butare. Selon plusieurs témoins, elle aurait incité les miliciens interahamwe (Hutus extrémistes), dont son propre fils, à violer les femmes avant de les tuer. Pour la ministre, les femmes tutsies sont des "récompenses" pour les miliciens. En tout, selon des estimations d’organisations humanitaires, 250 000 femmes auraient été violées. Souvent torturées, parfois tuées, la plupart du temps condamnées à une mort lente. Selon des chiffres donnés en 2001 par le New York Times, 70% des femmes violées pendant le génocide auraient contracté le virus du sida. "Nous savions que le gouvernement faisait sortir des malades du sida des hôpitaux pour former des bataillons de violeurs", affirme ainsi l’actuel président rwandais Paul Kagame, cité par le New York Sun.

"Sans Pauline Nyiramasuhuko [et ses cinq co-accusés dont son fils], le génocide n’aurait pas été possible à Butare", assurait la représentante du procureur du TPIR, Holo Makwaia en 2009. "Pauline Nyiramasuhuko n’était pas seulement une grande figure [de Butare] ; elle a été impliquée dans les massacres et les viols qui ont été commis dans sa province. Au lieu de protéger les familles comme le stipulait son poste de ministre, elle a décidé de les exterminer", conclut la magisrate. 

En juillet, face à l'offensive du Front patriotique rwandais, Pauline se réfugie à Bukavu, dans l’est de l’actuelle République démocratique du Congo. Elle est arrêtée au Kenya en juillet 1997. Le procès du "groupe de Butare", impliquant six personnes dont son fils est entamé le 12 juin 2001. Il aura duré 10 ans.

Première publication : 24/06/2011

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