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Economie

Les manifestations contre la cure d'austérité émaillées d'incidents à Athènes

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Dépêche

Dernière modification : 28/06/2011

Des échauffourées ont éclaté dans les rues d'Athènes alors qu'une grève générale de 48 heures paralyse l'ensemble du pays. Les grévistes protestent contre le plan d'austérité qui doit être voté mercredi et jeudi au Parlement.

REUTERS - Des milliers de personnes ont manifesté devant le Parlement à Athènes mardi pour exprimer leur colère face au plan d’austérité exigé par les créanciers internationaux de la Grèce afin de lui éviter la faillite.

Premier jour de grève générale en Grèce

Des affrontements ont éclaté en marge de ce rassemblement entre plusieurs centaines de jeunes encagoulés et les forces de l’ordre, dont plus de 5.000 membres avaient été déployés dans le centre de la capitale, en particulier sur la place Syntagma.

Les députés doivent se prononcer par vote mercredi et jeudi sur une nouvelle cure d’austérité consistant en coupes claires dans les dépenses de l’Etat, alourdissement de la fiscalité et privatisations, pour un montant global de 28 milliards d’euros.

Les syndicats ADEDY, qui représente un demi-million de fonctionnaires, et GSEE, représentant deux millions de salariés du privé, ont entrepris de faire pression sur les parlementaires en lançant à partir de ce mardi une grève de 48 heures.

Administrations et transports publics sont touchés, des écoles étaient fermées, de même que de nombreux commerces et entreprises. Le centre d’Athènes était quasiment désert.

« Nous espérons une participation massive et dynamique à la grève et à la manifestation dans le centre d’Athènes. Pendant 48 heures, des travailleurs, des chômeurs, des jeunes seront dans les rues », a dit à Reuters Spyros Papaspyros, leader d’ADEDY.

Manifestations dans les rues tandis que les discussions sur le plan de rigueur reprennent au parlement

"Parias"

Plus de 20.000 personnes se sont rassemblées sous un soleil de plomb devant le Parlement. Calme dans un premier temps, la manifestation a ensuite été perturbée par des jets de bouteilles et de pierres en direction de la police anti-émeute, qui a riposté avec des grenades lacrymogènes.

Plus de vingt policiers et neuf autres personnes ont été blessées, dont un touché par des coups de couteau durant des affrontements entre groupes rivaux de manifestants, rapportent les autorités. Plusieurs dizaines de personnes ont par ailleurs dû être soignées pour intoxications liées au gaz lacrymogène.

Dix-huit personnes ont été interpellées et cinq ont été placées en garde à vue.

Les incidents se sont poursuivis dans l’après-midi. Deux véhicules ont été incendiés. Des panaches de fumée blanche se sont élevés au-dessus de la place et la police a lancé quelques charges sporadiques pour tenter de disperser un petit groupe de jeunes manifestants déterminés.

La violence est retombée dans la soirée, alors que plusieurs milliers de personnes se trouvaient toujours sur la place, qu’ils occupent chaque soir depuis plus d’un mois.

Auparavant, les manifestants avaient défilé dans le centre d’Athènes en scandant des slogans et en brandissant des banderoles hostiles au plan d’austérité.

« Les mesures sont faites pour les banquiers pas pour les travailleurs », a déclaré Yannis Tsounis, un employé municipal de 38 ans. « L’Europe ne doit pas nous considérer comme des parias. On commence à avoir l’impression de ne plus faire partie de l’Europe. »

Petits commerçants aussi mécontents

Le mécontentement envers la cure d’austérité proposée par le gouvernement socialiste de George Papandréou dépasse largement les seuls syndicats ou la gauche, comme l’illustre l’hostilité manifestée par la Confédération du commerce (ESEE), regroupement de petits commerçants.

Son dirigeant, Vassilis Korkidis, a assimilé ces mesures d’économie à du pillage. Il a invité les commerçants à orner leurs boutiques de drapeaux grecs et il compte lancer une campagne sur internet pour convaincre ministres et députés de ne pas soutenir le plan d’austérité.

Confrontée à une dette représentant une fois et demie la richesse qu’elle produit en une année, incapable de se financer sur les marchés financiers, où lui sont imposés des taux très élevés, la Grèce a dû solliciter en mai 2010 une aide de 110 milliards d’euros auprès de l’Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI).

Elle s’est engagée en échange à mettre en oeuvre une politique d’austérité qui n’a toutefois pas permis de rétablir suffisamment ses finances. Cette politique a en revanche aggravé les difficultés économiques du pays, plongé dans sa pire récession depuis les années 1970, avec un taux de chômage de plus de 40% chez les jeunes.

“Ils ont baissé nos salaires de 25% et beaucoup au sein de mon service n’ont pas été payés depuis deux mois”, a dit Yannis Zaharopoulos, un fonctionnaire de 52 ans. “On en est au point où certaines familles ne peuvent plus joindre les deux bouts. Financièrement et psychologiquement c’est le désastre.”

Plan B

L’UE et le FMI ont donné au Parlement grec jusqu’au 3 juillet pour adopter un nouveau train de mesures d’économies afin de débloquer la cinquième tranche, d’un montant de 12 milliards d’euros, de ce premier plan d’aide.

Le gouvernement Papandréou dispose d’une majorité de 155 sièges sur 300 à la Vouli, le Parlement monocaméral, mais certains députés du Pasok ont exprimé leurs réticences, voire leur hostilité envers ce plan d’austérité, d’ores et déjà rejeté par l’opposition conservatrice.

Mardi, un élu du Pasok hostile à la nouvelle cure d’austérité a changé d’avis et annoncé qu’il voterait pour le plan du gouvernement. « J’ai décidé de voter en faveur de ce plan pour faire passer les intérêts de la nation devant ma propre dignité », a expliqué à l’agence Reuters ce député, Thomas Robopoulos.

Les députés doivent se prononcer mercredi sur le cadre général de ce plan sur cinq ans, puis jeudi sur la loi détaillant les mesures prévues, un vote jugé plus risqué.

« Le temps presse pour le gouvernement mais aussi pour l’opposition », a dit le nouveau ministre des Finances, Evangelos Venizelos, devant le Parlement. « Nous avons aujourd’hui entre nos mains l’histoire de notre pays et personne n’a le droit de jouer avec ça. »

Mais Antonis Samaras, le chef de file de l’opposition de droite, a réitéré son rejet du plan. « Cette politique est mauvaise, elle a épuisé le peuple et la société grecs. Si nous poursuivons cette politique erronée, nous ne ferons qu’aggraver les choses tant pour la Grèce que pour l’Europe », a déclaré le dirigeant de la Nouvelle démocratie.

 

Première publication : 28/06/2011

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