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Pour le mouvement du 20-Février, "le projet de Constitution ne correspond pas aux aspirations du peuple"

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 01/07/2011

Le mouvement du 20-Février, qui réclame des changements politiques profonds au Maroc, a appelé à boycotter le référendum constitutionnel qui se tient ce vendredi. Entretien avec Yassine el-Mouhtadi, animateur du mouvement à Paris.

FRANCE 24 - Pourquoi le mouvement du 20-Février a-t-il appelé au boycottage du référendum ?

Yassine el-Mouhtadi - Nous avons appelé à boycotter le vote parce que le véritable enjeu de ce référendum est le taux de participation. Plus il sera bas, moins la Constitution que propose le régime sera légitime.

Les conditions ne sont pas réunies pour que le vote se déroule de façon libre et transparente.

Le texte n’est pas représentatif de la population et de ses aspirations. Nous voulons qu’émerge une véritable monarchie parlementaire et ce n’est pas du tout ce que propose le texte. Nous demandons une véritable séparation des pouvoirs. Mais le projet tel qu’il a été présenté ne répond pas du tout à nos revendications : il prévoit un renforcement du rôle du Premier ministre, mais il sera toujours nommé par le roi qui, lui, conserve tous ses pouvoirs politiques et prérogatives religieuses. En résumé, la même oligarchie politique resterait en place.

Nous considérons qu’il est possible d’opérer des réformes démocratiques qui mettent un terme au clientélisme politique, et économique, qui a cours au Maroc. Et qui rendraient les gouvernants véritablement responsables de leurs actes.

 

F 24 - Il s’agit du premier référendum organisé par Mohammed VI. Dans quelles conditions se sont déroulés les débats ?

Y. M. - Il n’y en a pas eu. Nous estimons que les 12 jours que nous a laissés le régime [Mohammed IV a annoncé la tenue d’un référendum le 17 juin] ne sont pas suffisants pour organiser un vrai débat national. D’autre part, les conditions ne sont pas réunies pour que le vote se déroule de façon libre et transparente. Le ministère de l’Intérieur utilise les moyens de l’État pour influencer les Marocains, pour les pousser à voter pour le texte. Certains imams, pendant le prêche du vendredi, on dit à leurs fidèles de voter oui. Un imam, à Fès, a été écarté après avoir refusé d’obéir aux ordres. À Rabat [la capitale], on nous a rapporté que de nombreux taxis estampillés du portrait du roi passaient dans les rues pour inciter les gens à voter oui au référendum. Ils ont vraisemblablement été payés par le régime…

 

F24 - Le "oui" devrait vraisemblablement l’emporter. Qu’allez-vous faire ?

Y. M. - Nous allons poursuivre les actions de notre mouvement. Il est légitime, il représente toutes les franges de la population, notamment les jeunes et les femmes qui sont laissés pour compte par le régime actuel.

Nous ne souhaitons pas que la situation dégénère comme en Libye ou en Syrie.

Nous avons désormais une mission d’éducation citoyenne : nous devons créer les conditions nécessaires à l’émergence d’un jeu démocratique dans le pays. Les Marocains n’ont jamais été traités comme des citoyens, nous avons un vrai chemin à tracer dans cette voie. Nous allons commencer par organiser une table ronde à Rabat, rassemblant tous les militants, puis nous allons organiser des réunions dans tous les quartiers, avec des cahiers de doléances.

Nous ne souhaitons pas du tout que la situation dégénère comme en Libye ou en Syrie. Nous voulons opérer une révolution en douceur, et nous avons tous les talents pour le faire.

 

 

Première publication : 01/07/2011

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