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Afrique

Pourquoi l'Union africaine ne lâche-t-elle pas Mouammar Kadhafi ?

Texte par Trésor KIBANGULA

Dernière modification : 04/07/2011

Les chefs d'État africains réunis en Guinée équatoriale se sont mis d'accord pour écarter le colonel Kadhafi du processus de négociation en Libye sans exiger son départ du pouvoir. Une position qui risque de trouver un écho international limité.

Le 17e sommet de l’Union africaine, qui s'est tenu jeudi et vendredi à Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale, a été dominé par l'épineuse question libyenne. Les chefs d’Etat et de gouvernement ont dû se mettre d'accord sur le sort à réserver à leur homologue libyen Mouammar Kadhafi et définir un plan de sortie de crise pour la Libye.

Après 48 heures de débats intenses, le consensus trouvé par les chefs d'États africains prévoit donc la mise à l'écart du Guide libyen dans le dialogue entamé entre son propre gouvernement et le Conseil national de la transition (CNT). L'Union africaine préconise également un cessez-le-feu entre les parties suivi d'une période de transition devant conduire le pays vers des élections libres et démocratiques.

En contrepartie, le document adopté par l'UA ne demande pas à Mouammar Kadhafi de quitter le pouvoir comme l’exigeait, jusqu'à présent, l'opposition libyenne représentée au sein du CNT.

L’Afrique dit “non” à Luis Moreno Ocampo

Comme elle l'avait fait dès lors qu'il s'était agi du sort du président soudanais Omar el-Béchir, l’Union africaine a décidé, dans le cadre de son plan de sortie de crise en Libye, de ne pas mettre en oeuvre le mandat d’arrêt international lancé ce lundi contre le numéro un libyen par la Cour pénale internationale.

Si certains observateurs y voient une décision permettant à Mouammar Kadhafi de partir en exil dans un pays du continent africain sans avoir à craindre d’être arrêté et transféré vers La Haye, d’autres considèrent au contraire qu’une fois écarté du pouvoir, le Guide libyen n’aura plus la même influence sur les Etats du continent.

“Laurent Gbagbo était soutenu par l’Angola et d’autres pays africains. Mais aujourd’hui, on l’a oublié. Il en sera de même lorsque Mouammar Kadhafi sera ejecté du pouvoir”, estime Tshiyembe Mwayila, le directeur de l’Institut panafricain de Nancy, joint au téléphone par FRANCE 24.

L'Union africaine en perte de vitesse 

Pourtant, il n'est pas sûr que cette position trouve un écho favorable dans la communauté internationale. La cacophonie récurrente et les dissensions internes courantes à l’Union africaine sur les questions concernant la politique du continent ont fini par étouffer sa voix. Pour Francis Laloupo, éditorialiste et professeur de géopolitique à l’Institut pratique du journalisme de Paris, l’organisation régionale a perdu son “autorité morale”.

"La Libye est un grand contributeur financier de l’organisation qui a eu un poids politique très important. Aujourd'hui, l’Union africaine est donc très embarrassée pour porter un jugement moral et politique sur la crise libyenne”, explique-t-il en soulignant que c'est à Syrte, la ville libyenne dont est originaire le colonnel kadhafi, que l’Union africaine a été portée sur les fonts baptismaux.

Même Moustapha Niasse, figure emblématique de la diplomatie africaine et ancien Premier ministre sénégalais, le reconnaît : “Kadhafi a beaucoup investi en Afrique et dans la culture africaine. On ne lâche pas un allié ou un ami lorsqu’il est en difficulté.”

Le dirigeant libyen ne change quoi qu'il en soit pas de cap. Il est monté ce vendredi au créneau. Dans un message sonore diffusé sur la Place verte de Tripoli, il a juré de rester au pouvoir et mis en garde l'Otan contre le risque d'une "catastrophe" en cas de poursuite des raids aériens contre son régime.

"Récupérez ces armes" demande Kadhafi

 

Première publication : 01/07/2011

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