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EUROPE

Le TPIY considère que Ratko Mladic plaide non coupable

©

Vidéo par Claire BONNICHON

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 05/07/2011

L’ex-chef militaire serbe Ratko Mladic a refusé de dire s’il plaidait coupable ou non lors d’une audience mouvementée au Tribunal international pour l’ex-Yougoslavie. La cour a retenu non coupable, conformément au règlement, et a expulsé le prévenu.

L’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, a une nouvelle fois refusé de dire s’il plaidait coupable ou non devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). La deuxième audition de Mladic, 69 ans, s’est déroulée dans un climat tendu. Après l’avoir rappelé à l’ordre à plusieurs reprises, le juge néerlandais Alphons Orie l’a fait évacuer de la salle d’audience.

Le massacre de Srebrenica

En juillet 1995, l’armée de la République serbe de Bosnie, commandée par le général Ratko Mladic, entre dans l’enclave musulmane de Srebrenica, pourtant considérée comme "zone de sécurité" de l’ONU. Exactions, viols, assassinats…

En quelques jours, les hommes de Mladic massacrent plus de 8 000 hommes et adolescents alors que 400 Casques bleus patrouillent dans la région. Les victimes sont principalement des hommes. Les femmes et les enfants ont été évacués en bus. On compte néanmoins quelques enfants et plusieurs dizaines de jeunes filles parmi les victimes.

Ce nettoyage ethnique est considéré comme le pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 2004, il est qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).

"Vous essayez de m’imposer un avocat dont je ne veux pas", a répondu le prévenu, à la demande du juge "Plaidez-vous coupable ou non coupable ?" Et de continuer : "Vous pouvez faire ce que vous voulez, mais sans mes avocats je ne vais pas accepter ou dire quoi que ce soit."

Conformément à la procédure appliquée en cas d’absence de réponse, la cour a enregistré un plaidoyer de non-culpabilité aux onze chefs d’accusation – dont génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis pendant la guerre de Bosnie (1992-1995) – qui pèsent sur Ratko Mladic. "Non, je ne veux pas écouter ça, je ne veux rien entendre", a crié l’ancien général, interrompant le juge, avant d’être évacué.

Contentieux sur la défense de Mladic

Pour l’heure, Ratko Mladic n’est défendu par aucun avocat. Il refuse de choisir dans la liste de sept conseils juridiques que lui propose le greffier. "Ratko Mladic souhaite être défendu par un procureur militaire de Belgrade et par un avocat russe qu’il ne connaît pas encore, mais qu’il souhaite rencontrer à La Haye", rappelle Stéphanie Maupas, correspondante de FRANCE 24 à La Haye.

Le juge Alphons Orie, dix ans au service du TPIY

À 63 ans, dix ans après sa nomination au TPIY, le juge néerlandais Alphons Orie se retrouve en charge de l’affaire Ratko Mladic, ancien chef militaire serbe notamment inculpé pour le massacre de Srebrenica en 1995. Depuis 2001, le magistrat a mené le procès de l’ancien bras droit de Radovan Karadzic, Momcilo Krajisnik, qui a abouti en 2007 à sa condamnation à 27 ans de prison, puis celui de l’ancien chef militaire croate, Ante Gotonina, qui a écopé de 24 ans de prison en avril 2011.

Au-delà des procès qu’il a menés, ce brillant juriste – seul Néerlandais des 32 juges permanents du tribunal – s’est très largement impliqué dans le fonctionnement du TPIY. "Orie a joué un rôle important dans l’amélioration de l’efficacité du tribunal", affirmait notamment en 2008 la journaliste néerlandaise spécialisée dans la justice internationale Heikelien Verrijn Stuart. Nommé en 2001 et reconduit en 2005, le juge Alphons Orie aurait dû quitter ses fonctions en 2009 à la fin officielle de son mandat. L’ONU l’a cependant prolongé dans ses fonctions jusqu’à la fin des affaires dont il a la charge.
 

Ratko Mladic a également exigé de rencontrer son fils dans sa cellule de La Haye pour préparer sa stratégie de défense. Agitation dans le public, où de nombreuses femmes de Srebrenica sont présentes. "Vous, au moins, vous avez encore votre fils. Moi, je ne l’ai plus, il a été tué", crie l’une d’entre elles. Pour rappel, Ratko Mladic est notamment accusé d’avoir mené le massacre de Srebrenica en 1995, au cours duquel 8 000 musulmans ont été tués.

Un bras de fer avec le juge

Le bras de fer entre Mladic et le juge Orie s’est engagé dès les premières minutes de l’audience. Le magistrat, visiblement agacé par l’attitude du prévenu, l’a recadré une première fois alors qu’il tentait de communiquer avec le public - comme il l’avait fait au cours de la première audience, le 3 juin. "Si vous continuez de vous adresser au public, M. Mladic, la cour prendra des mesures", a-t-il menacé.

"J’ai froid, et quand j’ai froid, j’ai la moitié du corps qui ne répond plus. Je n’entends pas bien d’une oreille, je voudrais récupérer ma casquette", s’est plaint en guise de réponse l’ancien militaire, à qui le juge avait sommé de se découvrir en début d’audience. Refus du magistrat.

Un "bras de fer qui ne durera pas"

"Je pense que ce bras de fer ne durera pas", estime Florence Hartmann, spécialiste des Balkans et ancienne porte-parole du TPIY. "Ces incidents sont propres à la période préparatoire du procès. Nous voyons là deux personnes autoritaires essayant de mener le jeu : le juge, qui doit gérer les différentes parties, et Ratko Mladic, qui est très influencé par son entourage, notamment par le leader ultra-nationaliste Vojislav Seselj, emprisonné au même étage que lui." Vojislav Seselj, ex-leader du Parti radical Serbe, est en effet emprisonné à La Haye depuis neuf ans et applique consciencieusement la stratégie de l’obstruction à son propre procès.

Surnommé "le Boucher de Srebrenica" Ratko Mladic a été arrêté le 26 mai en Serbie après seize ans de cavale. Il a été transféré le 31 mai. Selon le règlement du tribunal, une audience de procédure, destinée à préparer le procès, devra être organisée "dans trois mois" au plus tard. Le procès de l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie ne devrait pas débuter avant 2012.


 

Première publication : 04/07/2011

  • JUSTICE INTERNATIONALE

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