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Asie - pacifique

Yingluck Shinawatra forme un gouvernement de coalition

Vidéo par Claire BONNICHON

Texte par Dépêche

Dernière modification : 04/07/2011

Yingluck Shinawatra, dont la coalition réunissant cinq partis a remporté une large majorité des suffrages lors des législatives, a défendu son gouvernement de "réconcialition". L'armée, de son côté, a accepté de se plier au verdict des urnes.

AFP - L'armée thaïlandaise, toujours soupçonnée de vouloir s'immiscer dans les affaires politiques du pays, a accepté lundi la large victoire de l'opposition qui a formé une coalition de cinq partis pour consolider une très confortable majorité.

Yingluck Shinawatra, 44 ans, apparaissait en une de tous les journaux comme la future première Thaïlandaise à diriger un gouvernement. Un destin météorique pour la soeur cadette de Thaksin Shinawatra, renversé en 2006 par l'armée et qui dirige aujourd'hui l'opposition depuis son exil à Dubaï.

Le scrutin était considéré comme essentiel pour que le royaume sorte enfin des

violences politiques et réduise le profond fossé qui sépare les élites de la capitale des masses urbaines et rurales défavorisées, toujours fidèles à Thaksin.

A très court terme, c'est réussi: le vote s'est déroulé dans le calme et nul n'a pour l'heure contesté la victoire du Puea Thai ("Pour les Thaïlandais") qui, selon les résultats complets, a conquis 265 sièges sur 500.

Le Parti démocrate du Premier ministre sortant Abhisit Vejjajiva a obtenu pour sa part 159 sièges. Ce dernier a annoncé sa démission de la direction du parti.

L'armée devait encore s'exprimer. Prayut Chan-O-Cha, son puissant patron, est resté silencieux mais le message est venu du ministre de la Défense, le général Prawit Wongsuwon.

"J'ai discuté avec les dirigeants militaires. Nous laisserons les hommes politiques travailler, l'armée ne s'en mêlera pas", a-t-il déclaré à l'AFP.

La Thaïlande a connu 18 coups d'Etat ou tentatives depuis 1932, dont le dernier en 2006, précisément contre les vainqueurs de dimanche. Et l'armée était soupçonnée de vouloir perturber une fois encore le processus électoral.

L'ampleur de la victoire de Yingluck, novice en politique, inconnue du grand public il y a deux mois, et que Thaksin a décrite comme son "clone", a rendu ses tentations très difficiles à assouvir.

"Les forces opposées à Thaksin devront faire attention à leur réponse, compte tenu de l'absence d'ambiguïté dans le résultat des élections", soulignait à cet égard Andrew Walker, expert de la politique thaïlandaise à l'Université nationale australienne de Canberra.

En milieu de journée, Yingluck a tenu sa première conférence de presse de future Premier ministre, décrivant un gouvernement de coalition qui bénéficiera de 299 sièges sur 500.

"Cinq partis se sont mis d'accord pour travailler ensemble pour gouverner le pays et résoudre les problèmes du peuple", a-t-elle affirmé.

"Le premier problème urgent, c'est de parvenir à la réconciliation", a insisté celle qui a su conquérir le pays à force de discours simples et de sourires éclatants.

Son nouveau gouvernement sera désormais à l'abri de possibles défections. Et pourra se défendre, selon Pichai Chuensuksawadi, rédacteur-en-chef du quotidien Bangkok Post, des "accusations de dictature parlementaire" que les alliés de Thaksin ont essuyé par le passé lorsqu'ils gouvernaient seuls.

Depuis Dubaï où il vit en exil, Thaksin a pour sa part joué l'apaisement en affirmant que son retour n'était "pas une priorité".

"J'ai été dans le parti trop longtemps et je veux vraiment prendre ma retraite", a-t-il indiqué aux journalistes. "Revenir ne signifie pas reprendre la politique".

Signe d'un certain soulagement, la Bourse de Thaïlande a clôturé en hausse de 4,69% après un pic à +4,81%. "Les inquiétudes concernant la stabilité politique se sont soudainement réduites", a noté Pichai Lertsupongkit, vice-président de Thanachart Securities.

Les craintes étaient pourtant vives de nouvelles violences, un an après les manifestations des "chemises rouges" du printemps 2010. Jusqu'à 100.000 manifestants, pour la plupart fidèles à Thaksin, avaient alors occupé le centre de Bangkok pendant deux mois pour réclamer la démission d'Abhisit, avant d'être délogés par l'armée.

La crise, la plus grave qu'ait connu la Thaïlande moderne avait fait plus de 90 morts et 1.900 blessés.

La commission électorale doit désormais enquêter sur environ 200 plaintes, notamment pour achats de voix. Elle a un mois pour valider ou non les résultats. Selon un de ses responsables, cinq candidats sont d'ores et déjà disqualifiés.

 

Première publication : 04/07/2011

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