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Amériques

Torture : Human Rights Watch place George W. Bush sur le banc des accusés

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 12/07/2011

Dans un rapport publié ce mardi, l’ONG américaine Human Rights Watch appelle Obama à ouvrir une "enquête criminelle" pour crimes de guerre et torture suite aux exactions commises par l’administration Bush entre 2001 et 2009.

"George Tenet [ancien directeur de la CIA, ndlr] m’a demandé s’il avait la permission d’utiliser des techniques d’interrogatoire plus efficaces, comme le simulacre de noyade, pour faire parler Khalid Sheikh Mohammed.…" - "Bien sûr que oui", ai-je répondu.

C’est avec cette citation extraite des mémoires de George W. Bush que débute le dernier rapport de l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW), publié ce mardi sous le titre : "Torture et impunité : l’administration Bush et les mauvais traitements infligés aux détenus". Dans ce document de 107 pages, l’ONG y dénonce les exactions commises sur des prisonniers durant le mandat présidentiel de George W. Bush, de janvier 2001 à janvier 2009, au nom de la lutte contre le terrorisme.

Rien de neuf, reconnaît Reed Brody, le porte-parole de Human Rights Watch lors de  l'Entretien de FRANCE 24, "les faits sont connus et indiscutables" mais – au regard de la multiplication des preuves et des confessions - l’ONG exhorte aujourd’hui publiquement l’administration Obama à ouvrir une enquête criminelle contre l’ancien président américain et plusieurs de ses ex-collaborateurs.

"Des preuves solides"

"Nous avons examiné des milliers de documents, des rapports d’enquêtes, des autobiographies des acteurs principaux, et nous sommes arrivés à la conclusion qu’il y avait des preuves solides qui justifiaient l’ouverture d’une enquête criminelle pour crimes de guerre et actes de torture", explique Reed Brody. Sur le banc des principaux accusés l’ex-président George W. Bush, bien sûr, mais aussi l’ancien vice-président Dick Cheney, l’ancien secrétaire d’État à la Défense Donald Rumsfeld et l’ancien directeur de la CIA Georges Tenet.

Selon HRW, l’idée n’est pas tant de démontrer que ces personnes ont eu recours à la torture – George W. Bush lui-même l’a reconnu - mais plutôt de mettre l’accent sur la manière dont l’administration a perverti le système pour légaliser ces pratiques. "Toutes ces personnes ont fait pression sur le département de la Justice, ont réalisé des montages juridiques complexes, pour tenter de justifier leurs crimes, et pouvoir affirmer que leurs actes de tortures étaient légaux", accuse Reed Brody. Selon lui, toutes se partagent les responsabilités. "Dick Cheney était peut-être le principal instigateur de l’élaboration des politiques illégales de détention et d’interrogatoire mais c’est Bush qui, six jours après le 11-Septembre, a ouvert la boîte de Pandore en autorisant la CIA à ouvrir des prisons secrètes. C’est lui l’exécutant", explique-t-il.

Dans un souci de crédibilité, le rapport de Human Rights Watch détaille avec minutie les humiliations et exactions commises aux quatre coins de la planète. Privations, viols, passages à tabac, les faits sont édifiants. "Des détenus en Afghanistan, en Irak et à Guantanamo ont enduré de mauvais traitements pendants des semaines voire, parfois, des mois. Ces traitements incluaient la privation d’eau, de nourriture, de sommeil, la nudité forcée, l’exposition à des températures extrêmement froides ou chaudes, la mise en isolation dans le noir complet avec des musiques jouées à plein volume pendant des semaines. D’autres abus concernaient le passage à tabac, les attouchements sexuels, les simulacres d’exécution. À Guantanamo, certains prisonniers auraient été forcés à s’asseoir dans leurs excréments. En Afghanistan, d’autres ont été enchaînés par les poignets aux murs de manière à ne pouvoir ni s’asseoir, ni dormir (…) Deux membres présumés d’Al-Qaïda, Khalid Sheik Mohammed et Abu Zubaydah ont été soumis au supplice du simulacre de noyade, respectivement 183 et 83 fois. Ces faits ne sont pas des actes isolés. Ils ont résulté de décisions prises par de hauts fonctionnaires américains qui ont choisi de redéfinir, contourner ou ignorer les règles en vigueur", peut-on lire dans le rapport.

"Obama doit aborder le problème de la torture comme un crime"

Armée de preuves et de témoignages, l'ONG en appelle donc à la responsabilité de Barack Obama. "Il déteste ces méthodes, il a toujours voulu y mettre fin", confie le porte-parole de HRW. "Il n’y a que l’État, que le président qui puisse ouvrir des poursuites". Et pour cause, jusqu’à présent, les victimes ayant intenté des actions en justice ont systématiquement vu leurs plaintes "écartées". "L’administration Obama a toujours essayé de mettre de côté toutes ces affaires pour ne pas avoir à révéler des secrets d’État", explique le porte-parole. "Aujourd’hui, il faut que les choses changent. Obama ne doit pas aborder le problème de la torture comme un choix politique regrettable mais comme un crime", estime encore Reed Brody.

Et pour convaincre la Maison-Blanche d’agir au plus vite, Human Rights Watch n’hésite pas à brandir la menace juridique. Selon l’ONG, l’administration Obama a une obligation légale d’enquêter sur ces crimes, en vertu de l’article 6 de la Convention des Nations unies contre la torture. Pourtant, Reed Brody ne se fait pas d'illusion de la part d'un président qui n'a, de toute façon, plus beaucoup de marge de manœuvre depuis qu'il doit composer avec une Chambre des représentants passée aux mains des républicains. "Si Obama ne fait rien, si les États-Unis ne prennent pas les mesures qui s’imposent, d’autres pays devront le faire, nous demanderons à la France et à l’Espagne [deux pays où des procédures contre les exactions commises sous l'ère Bush ont essayé de voir le jour, ndlr], d’ouvrir des enquêtes au nom de leur ‘compétence universelle’", conclut Reed Brody.

 

Première publication : 12/07/2011

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