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FRANCE

Eva Joly attaquée sur ses origines après avoir critiqué le défilé du 14-Juillet

Vidéo par France 3

Texte par Steven JAMBOT

Dernière modification : 22/07/2011

Pour avoir proposé de remplacer la parade militaire du 14-Juillet par "un défilé citoyen", la candidate d'Europe Écologie-Les Verts à la présidentielle de 2012, s'attire les foudres de la classe politique et se retrouve attaquée sur sa binationalité.

En proposant de remplacer le défilé militaire du 14-Juillet par un "défilé citoyen", Eva Joly ne s’attendait sans doute pas à déclencher tant de réactions. L'ex-magistrate a touché à l’un des symboles forts de la République française. Le 14-Juillet est en effet l’anniversaire de la Fête de la Fédération de 1790. Un an jour pour jour après la prise de la Bastille, les députés français avaient voulu marquer par une fête la réconciliation et l’unité de tous les Français.

J'ai rêvé que nous puissions remplacer ce défilé (militaire) par un défilé citoyen où nous verrions les enfants des écoles, où nous verrions les étudiants, où nous verrions aussi les seniors défiler dans le bonheur d'être ensemble, de fêter les valeurs qui nous réunissent.

Eva Joly, candidate d'Europe Écologie-Les Verts à l'élection présidentielle de 2012

Dur de toucher à ce symbole et pourtant la candidate d’Europe Écologie-Les Verts à l’élection présidentielle de 2012 ne faisait que reprendre une proposition de son parti. En 2010, les Verts avaient déjà appelé Nicolas Sarkozy à supprimer le défilé militaire du 14-Juillet, dénonçant un "gaspillage financier" et une "aberration écologique". Ils proposaient que l'argent soit accordé à des "rassemblements populaires" dans toute la France.

Avant Eva Joly et les Verts, l’humaniste Théodore Monod avait déjà critiqué le défilé du 14-Juillet et refusé publiquement une invitation du président François Mitterrand à assister à la parade militaire en 1988. Il écrivait alors : "Je continue à nourrir le vivant espoir que le jour viendra où la fête nationale ne sera plus seulement militaire et verra défiler aussi les bûcherons, les cheminots, les mineurs, les instituteurs, les infirmiers, et plus uniquement les hommes de guerre." Monod souhaitait aussi que le refrain de l’hymne national français, la Marseillaise, ne soit plus "sanguinaire et raciste".

Certains s’étaient risqués à attaquer la Marseillaise : la femme politique Christine Boutin ou encore l’abbé Pierre. D'autres l'avaient détourné à l'instar de Serge Gainsbourg et sa version reggae de l'hymne national.

Faux-pas présumé contre coup-bas avéré

Les éditorialistes et commentateurs, dans la presse et sur les blogs, ont tenté d’analyser la "sortie" d’Eva Joly, faite alors que l’on apprenait la mort de six soldats français en Afghanistan.

Certains blogueurs de droite, comme Emery Doligé, se félicitent que les propos de la candidate d’EE-LV aient été condamnés à droite comme à gauche : "Quand les symboles de la France sont attaqués, l'unité nationale se fait. Heureusement." Le blogueur de gauche Vogelsong ne voit pas, de son côté, ce que l’on pourrait reprocher à Eva Joly : "C’est à la France éternelle et fantasmatique qu’elle a eu l’outrecuidance de s’attaquer. Et l’un de ses rites exhibitionnistes."

Dans la presse, le débat fait rage aussi. Le Parisien-Aujourd’hui en France titre sur "le faux pas d'Eva Joly", évoquant son "premier couac" de candidate tandis que dans le Figaro, Yves Thréard qualifie Eva Joly de "Madame Sans-Gêne (...) persuadée d’être dans l’humeur de l’époque, celle des indignés de tout poil". À la Une, "Eva Joly, le cactus du PS". Le quotidien de gauche, Libération préfère s'attarder sur "le coup bas de Fillon" et dénonce, sous la plume de Vincent Giret, "le torrent de boue soulevé par [des] propos plutôt anodins". En cause, les propos du Premier ministre, François Fillon, qui, en voyage en Côte d'Ivoire, s'est aventuré sur le débat de la binationalité d'Eva Joly : "Je pense que cette dame n'a pas une culture très ancienne de la tradition française, de l'histoire française et des valeurs françaises".

Le retour du débat sur l’identité nationale ?

Eva Joly se trouve être la première candidate à l’élection présidentielle française disposant d’une double nationalité. "Pour l’opinion, jusqu’au scrutin, elle doit apparaître "étrangère" au concept de France", analyse Vogelsong sur son blog.

"Tout cela ne sent pas bon. On retrouve cette petite odeur de renfermé, celle-là même qui flottait pendant le débat sur l'identité nationale", estime Pascal Riché, rédacteur en chef de Rue89. Un débat sur l’identité nationale, lancé en 2008 par Eric Besson, ministre de l’Immigration, voulu par Nicolas Sarkozy, et qui s’est transformé en séminaire gouvernemental infécond.

Eva Joly, d’origine norvégienne, a acquis la nationalité française en 1967 en se mariant avec un Français. "Est-ce que l'on va reprocher à Madame Carla Bruni-Sarkozy sa double nationalité ?", se demande Daniel Cohn-Bendit, député européen (EELV) dans le Parisien de samedi.

La double nationalité pose sans doute problème au sein d'une partie de l'UMP. Ces dernières semaines, l’aile la plus dure de la Majorité présidentielle a fait savoir qu’elle souhaitait obliger tout nouveau Français à renoncer à sa nationalité d'origine. L’Élysée a pour l’instant accusé une fin de non-recevoir. Aucun député n’a jusque-là évoqué la possibilité de présenter un projet de loi empêchant les binationaux de se présenter à l’élection présidentielle. Peut-être le député Tardy qui dans un tweet écrit tout de go : "Il est temps pour elle de retourner en Norvège."

 

Première publication : 16/07/2011

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