Dernière modification : 20/07/2011 

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Voyage dans les rêves brumeux et dansants de "Cesena"

Voyage dans les rêves brumeux et dansants de "Cesena"

Engagée dans une réflexion sur la lumière, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker convie les festivaliers à un spectacle mêlant l'architecture du Palais des Papes, le mouvement des corps, et la musique polyphonique. Diaporama.

Par Priscille LAFITTE (texte)
 

AFP - Engagée dans une réflexion sur la lumière, la chorégraphe belge Anne Teresa De Keersmaeker convie dès samedi les festivaliers d'Avignon à un "événement": la présentation de sa dernière création à l'aube naissante dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes.

Pour voir le spectacle "Cesena" d’Anne Teresa de Keersmaeker, il fallait soit errer dans les rues d’Avignon jusqu’à 4h30 du matin, soit faire un somme et mettre un réveil qui ferait forcément mal aux cheveux. (Photo iPhone : P. Lafitte/FRANCE24)
A l’heure dite, une foule de festivaliers silencieux frôle les hauts murs du Palais des Papes et converge vers la place de l’Horloge. (Photo iPhone : P. Lafitte/FRANCE24)
Du café est servi dans de grands thermos et des couvertures moelleuses sont distribuées pour les spectateurs frileux. (Photo iPhone : P. Lafitte/FRANCE24)
L'intérieur de la Cour d'honneur du Palais des Papes est encore noyé dans la nuit. La lumière qui sort de cette lucarne s'est éteinte à 5 heures pour laisse la scène dans la clarté laiteuse du petit matin. (Photo iPhone : P. Lafitte/FRANCE24)
La chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker s'est liée avec le directeur artistique de l'ensemble vocal "Graindelavoix", Björn Schmelzer, pour mêler 13 danseurs et 6 chanteurs dans un même spectacle. (Photo : AFP)
Se dégage l'évidence : que le chant devrait toujours être dansé, et que le mouvement du corps se densifie avec la vibration du chant. Surtout sur le rythme finement ciselé du répertoire "ars subtilior" du XIVe, considéré comme dégénéré à son époque.(Photo : AFP)
Anne Teresa de Keersmaeker : "Le chant est le plus naturel des instruments. Comme pour la danse, il n’y a que le corps, le mouvement interne porté par le souffle. C'est le plus fort, et aussi le plus difficile." (Crédit photo : AFP)
Respiration animale au milieu de la nuit, danse de groupe pour affronter la lumière entre chien et loup, affrontements violents en duos et courses haletantes sur la scène, lorsque le jour s'installe. (Photo : AFP)
Les éléments naturels s'invitent dans "Cesena" : le vent qui se fait entendre dans le silence du petit matin, les oiseaux qui s'éveillent à partir du lever du jour - et les artistes qui s'immobilisent à ce moment précis. (Photo : AFP)
Rêve d'un Eden perdu, retour à une danse primitive ? Ou violence du Moyen-Age, de ses guerres et du schisme papal qui ont marqué le Palais des Papes ? Le spectacle a clôt les rêves de la nuit. (Photo iPhone : P. Lafitte/FRANCE24)

    Près de 2.000 spectateurs doivent converger à 4H30 du matin vers la Cour d'Honneur, à la couleur ocrée, pour ce spectacle, "Cesena", qui sera donné quatre fois par la compagnie Rosas et l'ensemble vocal anversois Graindelavoix de Björn Schmelzer.

    Le spectacle jouera avec des "artifices scénographiques" qui permettent "une réflexion sur la lumière du jour, sa redistribution, l'aveuglement", explique la chorégraphe dans le livret de présentation de son spectacle.

    L'an dernier, la chorégraphe avait proposé l'expérience inverse avec "En Attendant" dans le Cloître des Célestins, qui "jouait du paradoxe poétique d'un dévoilement apporté par la nuit, d'une apparition au sein de l'obscur".

    Le spectacle mêle l'architecture du Palais des Papes, qui date du XIVème siècle, le mouvement des corps, principalement la marche, et la musique polyphonique apparu dans le sud de la France également au XIVème siècle, l'ars subtilior. Cette musique, très raffinée, sera uniquement vocale.

    "J'espère que le silence de l'aube aidera à partager l'expérience que nous tentons", précise Anne Teresa De Keersmaeker.

    "A 4H00 du matin, les voix ne sont pas chauffées, elles sont fragiles. On ne peut pas tricher", ajoute pour sa part Björn Schmelzer.

    Des expériences similaires ont parsemé la vie du Festival d'Avignon grâce, par exemple, au metteur en scène libano-québecois Wajdi Mouawad, qui avait présenté en 2009 trois spectacles d'affilée: "Littoral", "Incendie" et Forêt", pendant 11 heures, de 20H00 au petit matin.

    En 1984, Ariane Mnouchkine avait proposé une nuit entière dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes avec trois spectacles de Shakespeare: "Richard II, "La nuit des rois", et "Henri IV", révélant les différentes couleurs revêtues par ces lieux depuis l'obscurité jusqu'à l'aube.

    Autre spectacle phare de l'histoire de la Cour d'Honneur et d'Avignon, "Le Soulier de satin" de Claudel, mis en scène dans son intégralité par Antoine Vitez et joué durant toute la nuit dans cette cour, quatre fois de suite. "C'est mémorable", se souvient un fidèle du Festival, Jean Cholet, spécialisé dans la scénographie. "Les gens campaient presque avec des couvertures dans la Cour d'Honneur. Ils dormaient puis se réveillaient et à l'aube ils applaudissaient tous".

    Pour Vincent Baudriller, co-directeur du Festival d'Avignon, "si les spectateurs viennent à Avignon, c'est pour vivre des expériences incroyables", "des expériences sensibles fortes", que permettent les lieux et la disponibilité des festivaliers.
     

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