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EUROPE

"L'arrestation de Hadzic ne sera pas suffisante pour que Belgrade entre dans l'UE"

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 21/07/2011

Les arrestations consécutives de Mladic et de Hadzic ont permis au TPIY de remplir une bonne partie de sa mission. La coopération de Belgrade suffira-t-elle pour que la Serbie rejoigne l'Union européenne ? Pas si simple, estime Laurent Rouy.

Mission réussie pour le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Deux mois à peine après l’arrestation de Ratko Mladic, ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, le dernier fugitif serbe recherché pour crimes de guerre a été interpellé le 20 juillet dernier dans la région de Fruske Gora, dans le nord du pays. La capture de Goran Hadzic, un ancien chef de guerre serbe, clôt la liste des 161 inculpés que réclamait le TPIY pour leur rôle pendant les guerres qui ont déchiré l'ex-Yougoslavie dans les années 1990.

Pourtant, le chemin fut long et pénible pour la justice internationale. La Serbie et le TPIY ont longtemps entretenu des rapports à couteaux tirés. Il aura fallu des années d’évitement, de faux-semblant et d’hostilité entre eux avant que Belgrade - accusée par La Haye de protéger des criminels de guerre ou de ne pas les rechercher avec assez de ténacité – ne livre coup sur coup deux criminels au TPIY. Était-ce le prix à payer pour que la Serbie ait une chance d’intégrer l’Union européenne ?

Eléments de réponse avec Laurent Rouy, spécialiste de la Serbie et correspondant de FRANCE 24 à Belgrade.

FRANCE 24 : Peut-on parler d’une mission couronnée de succès pour le TPIY ?

Hadzic était le dernier criminel recherché par le TPIY

Laurent Rouy : Pas encore. Il serait un peu prématuré de parler dès à présent de succès. La véritable réussite serait de prononcer un verdict pour des criminels tels que Mladic, Karadzic, et maintenant Hadzic. Mais le chemin est encore long avant que justice ne soit rendue. La coopération entre la Serbie et le TPIY ne s’arrêtera qu’à la fin du mandat du tribunal [décembre 2014, NDLR]. En attendant cette échéance, la justice internationale doit encore avoir accès aux archives, aux documents, et doit continuer son enquête…

Néanmoins, le travail et les avancées du TPIY, depuis sa création en 1993, ont été remarquables. Il faut rappeler qu’à ses débuts, ce tribunal - dont la création a également servi à donner bonne conscience à la communauté internationale qui a été incapable de régler le conflit en Yougoslavie - peinait à se trouver une crédibilité.

FRANCE 24 : A quel moment le TPIY est-il devenu une entité internationale reconnue et respectée par la Serbie ?

L.R. : Assez tard. Les premières années, la Serbie a énormément freiné le travail du TPIY. Ce dernier n’a d'ailleurs arrêté au départ que des seconds couteaux, aucun des "grands noms" de la guerre. Des personnalités telles que Vojislav Kostunica [ancien Premier ministre serbe de 2004 à 2008, NDLR] se sont farouchement opposées au travail que menait le TPIY. A titre d’exemple, en 2004, l’inculpation de Hadzic par le procureur Carla del Ponte [1999-2007, NDLR] a provoqué une véritable crise diplomatique.

Cette dernière avait d'ailleurs décidé de l’inculper "secrètement" pour limiter tout risque de fuite. A l’arrivée de la police, le suspect a pourtant réussi à prendre la poudre d’escampette, sans doute prévenu par des "soutiens". Anticipant la probabilité de cette fuite, le procureur avait posté – secrètement toujours - un photographe en face de sa maison. Lorsque Hadzic s'est enfui, cette dernière a décidé de publier les photos prouvant, de fait, les accointances entre les criminels présumés et les hautes sphères de l’État serbe.

"Une réconciliation mais certainement pas une normalisation."

C’est la ténacité de Carla del Ponte ou encore de Louise Arbour [procureur de 1996 à 1999, NDLR] qui a permis de faire bouger les choses. Je dirais qu’à partir de 1999, le choc de l’arrestation de Slobodan Milosevic a constitué un tournant. Cet évènement a permis au TPIY de s’imposer comme une réalité. Aujourd’hui, le TPIY est une juridiction reconnue et respectée par Belgrade.

FRANCE 24 : L’arrestation de Goran Hadzic a suivi de près celle de Ratko Mladic : doit-on y voir une simple coïncidence ?

L.R. : Officiellement, oui. Mais leur capture a permis à la Serbie de faire bonne figure devant la communauté internationale à l’heure où cette dernière postule pour intégrer l’Union européenne [le président serbe Boris Tadic a déposé une demande officielle d'entrée de son pays au sein de l'Union des 27, en janvier dernier, NDLR]. Arrêter de manière quasi-concomitante Mladic et Hadzic était une façon de prouver une bonne fois pour toute sa complète coopération avec la justice internationale.

FRANCE 24 : Leur arrestation est donc un atout pour l’adhésion de la Serbie à l’UE ?

L.R. : Oui, mais ce ne sera pas suffisant. Livrer des criminels de guerre à la justice internationale était une des conditions pour obtenir le statut de candidat, mais ce n’était pas la seule. La Serbie a encore un long chemin à parcourir : elle doit notamment lutter contre la corruption, réformer sa justice, mettre en place des lois conformes aux standards européens, etc. Pour le moment, la Serbie est encore un pays en transition.

Première publication : 21/07/2011

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