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Economie

La zone euro se résigne à un éventuel défaut de paiement grec

Vidéo par Antoine MARIOTTI

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 21/07/2011

Le sommet des chefs d’État de la zone euro devrait accoucher, d’ici la fin de la journée, d’un plan permettant à l’Europe de racheter la dette grecque au secteur privé. L’UE pourrait se résoudre à un défaut partiel de paiement de la part des Grecs.

L’accord est en vue. Les dirigeants des pays membres de la zone euro, réunis jeudi à Bruxelles afin de s’entendre sur les modalités d’un plan de sauvetage de l’économie grecque, semblent avoir trouvé un terrain d’entente d’après les conclusions des discussions préliminaires.

Les chefs d’État planchent sur la base d’un plan élaboré dans la nuit de mercredi à jeudi par le couple franco-allemand qui, pour la première fois, envisage la possibilité d’un défaut de paiement de la Grèce. 

La solution imaginée par les dirigeants européens pour voler au secours d'Athènes passe par un accroissement des prérogatives du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Cet organisme, créé en mai 2010 pour renflouer les pays européens en difficulté financière, pourrait dorénavant racheter la dette grecque détenue par les créanciers privés. Il deviendrait ainsi le principal créancier de la Grèce et pourrait lui imposer des taux d’intérêt plus bas que ceux pratiqués sur les marchés financiers. Athènes aurait ainsi moins d'intérêts à payer, ce qui soulagerait ses finances.

Vers des euro-obligations

"C’est une décision très positive car elle constitue un premier pas vers le principe des ‘eurobonds’ (euro-obligations)", remarque Julia Cagé, économiste à l’École d’économie de Paris, à FRANCE 24. Ces "eurobonds" - des obligations directement émises par l’Europe via le FESF en lieu et place des États membres - sont discutés depuis plusieurs années, mais se heurtaient jusqu’à présent à l’opposition de l’Allemagne et de la France. Leur inconvénient est qu’ils font porter une partie du poids des dettes des pays les plus fragiles sur les épaules des économies les plus riches de la zone euro. En revanche, "il serait bien plus difficile de spéculer sur des bons émis par le FESF que sur des obligations émises par des États comme la Grèce, l’Irlande ou le Portugal", explique Céline Antonin, spécialiste de l’économie grecque à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

L’accord en discussion à Bruxelles ce jeudi prévoit aussi de reporter l'échéance des prêts déjà accordés par l’Union européenne et le FMI à 15 ans au lieu de sept et d’abaisser leur taux d’intérêt de 4,5% à 3,5%. "À l’ouest rien de nouveau, rappelle Céline Antonin. L’Europe avait déjà porté en début d’année les prêts de 3 à 7 ans". Sauf que cette extension de la durée des prêts ne concerne pas seulement la Grèce, mais aussi l’Irlande et le Portugal, les deux autres pays à avoir bénéficié d’une aide internationale.

Possible défaut de paiement

La grande inconnue reste le degré de participation du secteur privé à ce nouveau plan de sauvetage de la Grèce. Berlin tient à ce que les banques et les investisseurs privés paient une partie des pots cassés grecs. À cette fin, l’accord franco-allemand qui sert de feuille de route au sommet de Bruxelles prévoit plusieurs mécanismes possibles : l’échange des obligations grecques possédées par les acteurs privés contre de nouvelles obligations à plus longue échéance ou contre des obligations ayant la même durée mais d'une valeur moindre ou la revente directe de leurs obligations à la Grèce à un prix moins élevé que celui auquel ils les avaient acquises.

Autant d’options qui comportent le risque d’être interprétées comme un défaut de paiement partiel. "Un tel scénario n’est pas exclu", a reconnu Jean-Claude Juncker, le chef de file des ministres des Finances européens, peu avant le début du sommet extraordinaire de jeudi. Ce serait en tout cas une première dans la zone euro. Si les marchés financiers estiment qu’il s’agit d’un défaut de paiement, les créanciers privés de la Grèce feraient jouer les fameux "Credit Default Swap" (CDS). Il s’agit d’assurances contre l’insolvabilité d’un État souscrits auprès des banques. Ces dernières paient alors à la place du mauvais débiteur, en l’occurrence Athènes. Un scénario qui ébranlerait le secteur bancaire européen.

Première publication : 21/07/2011

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