Dernière modification : 23/07/2011 

- Été des Festivals - Photographie


À La Gacilly, la photo se veut écolo

À La Gacilly, la photo se veut écolo

Organisé pour la huitième année à La Gacilly, en Bretagne, le festival de photos en plein air "Peuples et nature", dédié cette année à la préservation des forêts, cherche à sensibiliser le public à l'environnement. Reportage.

Par Sarah LEDUC (texte)
 

(Crédit photo ci-dessus : Miquel Dewever-Plana)

 

La Gacilly a la fibre "écolo". Caché dans les terres bretonnes, à la lisère entre le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine, loin des marées vertes qui polluent les côtes nord de la région, le petit village ne jure que par le "bio" et le développement durable. Les restaurants y servent des salades de fleurs et de la soupe aux orties, les femmes s’y maquillent aux extraits végétaux d’hamamélis et les hôtels ont délaissé les baignoires pour les douches, plus "éco-compatibles".

Alors quand La Gacilly a lancé son festival de photos en 2004, le thème était tout choisi : "Peuples et nature". La photographie de nature a trouvé dans la bourgade bretonne, et par ailleurs fief de la marque de cosmétiques Yves Rocher -  "végétaux" eux aussi - , la place qui lui revient : en plein air. Suspendus aux façades de schistes, exposés dans les jardins ou le long du cours de l’Aff, les photos ressemblent à des artefacts tombés du ciel, dont l’accrochage laisse cependant peu de place au hasard.

© Michael Kenna

"Si nous n’avons pas le soleil, nous avons un village qui se transforme en théâtre, avec des scènes ouvertes. On propose une mise en scène, une alternance entre le vide et le plein. C’est un peu comme une partition musicale : avec ses silences, ses soupirs et ses accélérations. On joue avec le rythme du public", explique à FRANCE 24 Auguste Coudray, président du festival.

Ainsi de juin à septembre, le public, "populaire" ou initié, peut se promener entre les sublimes paysages en noir et blanc du photographe britannique Michael Kenna et les fourrés parme d’hortensias grassement nourris au crachin local ; ou se perdre entre les "images buissonnières" du photographe français Marc Riboud cachées dans le "labyrinthe végétal" du patelin.

Un festival militant

Les organisateurs du festival, créé par Jacques Rocher, maire du village et fils d’Yves Rocher, qui a créé la fondation éponyme, ont décidé cette année de mettre l’accent sur la préservation sylvestre, en accord avec les Nations unies qui ont proclamé 2011 "année internationale des forêts".

"On cherche toujours à coller à l’actualité en essayant d’aider le public à en comprendre les enjeux. Le thème de l’ONU correspondait bien à l’esprit du lieu, où nous sommes  bercés par le végétal et l’écologie", continue Auguste Coudray. Alors quand on lui demande si son festival est militant, Coudray ne dit pas non. "Le festival se doit de servir une cause : apprendre à regarder son territoire pour faire changer les choses." Et faire changer les choses ici, commencent par planter des arbres. Et des photos. Coudray rêve d’une "forêt de photographes", où chaque exposant viendrait semer ses graines.

D’autant qu’à La Gacilly, ils poussent plus vite qu’ailleurs les arbres. En atteste le séquoia du photographe du National Geographic, Michael Nichols, qui culmine à 12 mètres de haut, sur la façade de l’office du tourisme. L'arbre pleure sous la pluie de ce mois de juillet diluvien et claque au gré des vents. Mais jamais ne plie. Image totémique du festival, il représente à lui tout seul le thème de cette année.

Sensibiliser par le beau

"Destruction" © Frans Krajcberg

Totem, certes. Mais tabou ? La sensibilisation à la préservation de l’environnement passe ici par le "beau", et non par le "trash", comme le dit Auguste Coudray, qui refuse dans sa sélection de montrer les images de déforestation "qui font peur".

À La Gacilly, pas de messages alarmistes, ni de représentations crues qui pourraient rappeler trop violemment que entre la conversion des forêts en terres agricoles, le trafic de bois exotique ou la gestion inefficace des sols, les forêts perdent dans le monde 350 km2 par jour, selon les chiffres communiqués par l’ONU. Soit près de 13 millions d’hectares de forêt qui partent en fumée chaque année.

"J’ai toujours été sensible à la beauté du monde plutôt qu’à la violence et au monstre. La vie serait triste si on n’essayait pas de la changer", déclarait en ce sens Marc Riboud, venu cette année inaugurer son exposition malgré ses 88 printemps. Une philosophie au diapason de La Gacilly, tout comme les méditations photographiques de Michael Kenna et ses "arbres graphiquement superbes", où la promenade onirique parmi les Indiens Lacandon des Chiapas, au Mexique, du photographe franco-catalan Miquel Dewever-Plana.

"Ailleurs, bien loin d’ici…"

Le photographe français Francis Latreille, qui expose ses photos du Grand Nord sibérien, croit lui aussi au pouvoir de l’art pour faire passer son message et sensibiliser le public aux causes qui sont devenues les siennes : la fonte des glaces, le réchauffement climatique ou la marginalisation des populations nomades de Sibérie.

"Les belles images restent. On s’en souvient. Les livres de Yann Artus-Bertrand, que l’on aime ou pas, se sont vendus à des millions d’exemplaires. Alors que les images violentes passent. Les gens sont saturés par les guerres, ils n’ont pas envie d’accrocher des photos de morts dans leur salon", explique le photographe.

© Francis Latreille

Ce spécialiste des terres glacées, amoureux de la lumière magique du monde polaire, qui vit en hibernation plusieurs mois par an avec les Dolganes, les Gnagassans, ou les Neneths, exposent des paysages où les seules couleurs se déclinent à travers une gamme infinie de blancs ; il capture les territoires qui s’étendent au-delà de la ligne des derniers arbres, là où l’homme se nourrit, s’habille, s’abrite avec ce que la nature veut bien lui offrir.

"Là-bas, les gens vivent avec le temps. Et c’est important pour moi de faire prendre conscience aux gens d’ici que d’autres vivent différemment ailleurs. Alors quand le public est interpellé par mes photos accrochées en plein air, qu’ils s’arrêtent et se posent des questions, je pense que le message passe. C’est comme ça qu’on peut faire changer les choses", conclut le photographe.

 

Festival "Peuples et nature de la Gacilly
Du 3 juin au 11 septembre
Expositions gratuites
En savoir plus sur : www.festivalphoto-lagacilly.com

 

Exposition "Refuges - Hommage au photojournalisme", en partenariat avec Visa pour l'Image, qui réunit 20 clichés réalisés par 20 photojournalistes tous récipiendaires de grands prix de la photographie. (Crédit : Sarah Leduc)
Exposition "Images buissonnières" de Marc Riboud, où l'on suit les pérégrinations du photographe français, des ruines d’Angkor jusqu’à son propre jardin des bords de Loire, en passant par les terres africaines. (Crédit : Sarah Leduc)
Exposition "Images buissonnières" de Marc Riboud, installée dans le "labyrinthe végétal" des jardins Yves-Rocher. (Crédit : Sarah Leduc)
Exposition de Miquel Dewever-Plana qui photographie depuis 1999 les Indiens Lacandons, "véritables hommes" qui vivent dans la forêt du Chiapas, dans le sud du Mexique. (Crédit : Sarah Leduc)
Les photographies de Miquel Dewever-Plana témoignent d’un mode de vie millénaire en voie de mutation. (Crédit : Sarah Leduc)
Le séquoia du photographe américain Michael Nichols, une photo de 12 mètres de hauteur qui devient, l’espace d’un été, le totem de La Gacilly. (Crédit : Sarah Leduc)

     

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