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Afrique

Hosni Moubarak, un prévenu pas comme les autres

©

Vidéo par Sonia DRIDI

Texte par Leela JACINTO

Dernière modification : 03/08/2011

Le procès tant attendu d'Hosni Moubarak devrait s'ouvrir ce mercredi en sa présence. Premier ancien chef d'État arabe à se présenter dans le box des accusés, l'ex-"raïs" risque la peine de mort.

Depuis des semaines, au Caire, le principal sujet de conversation consistait à s'interroger sur ce qui allait se passer lorsque le procès de l'ancien président Hosni Moubarak serait reporté, tant les Égyptiens sont persuadés que l'homme désigné jusqu'à il y a peu comme "le pharaon" échapperait à la justice. Mais la semaine dernière, le ministre de la Justice égyptien a déclaré que le procès tant attendu aurait bien lieu le 3 août au Caire, comme le réclament les manifestants. Cette annonce a été suivie de multiples déclarations officielles détaillant le dispositif de sécurité prévu pour ce qui s'annonce comme le procès du siècle dans le pays.

Soudain, l'inimaginable semble sur le point de se produire.

Pour des raisons de sécurité, le procès se déroulera dans le quartier général d'une école de police située dans le Nouveau Caire, dans la périphérie est de cette ville tentaculaire. Lors d'une conférence de presse ce week-end, qui a attiré une foule de journalistes, le juge a annoncé que 600 personnes au maximum seraient autorisées à prendre place dans la salle d'audience et que la séance serait diffusée en direct sur la télévision d'État égyptienne. 

Le mercredi 3 août sera le troisième jour du ramadan, le mois sacré du jeûne pour les musulmans, une période au cours de laquelle les séries télévisées sont avidement suivies dans tout le monde arabe. Selon de nombreux Égyptiens, ce procès en direct devrait toutefois éclipser même le plus populaire de ces programmes. 

Celui-ci contient en effet tous les éléments d'un fascinant drame judiciaire. Dans le box, accusé de corruption et de la mort de manifestants, sera assis un leader octogénaire évincé, considéré autrefois comme un invincible autocrate et ayant régné sur le plus vaste pays du monde arabe pendant 30 ans. S'il est condamné, Hosni Moubarak risque la peine de mort. 

"Il s'agit du procès d'un ancien président, qui pourrait être le plus important procès en Égypte depuis celui qui a suivi l'assassinat d'Anouar Sadate", l'ancien président égyptien tué en 1981, affirme Barak Barfi, chercheur à la Fondation Nouvelle Amérique basée à Washington. "Ce serait la première fois qu'un leader arabe serait jugé. Les leaders libyen, yéménite ou syrien ne sont pas encore tombés. L'ancien président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali a fui en Arabie saoudite. Il est jugé par contumace, ce n'est pas la même chose." 

Hosni Moubarak ne sera pas seul au rang des accusés. La cage de métal que les cours égyptiennes utilisent comme box devrait aussi accueillir les deux fils d'Hosni Moubarak, Alaa et le fameux Gamal, ainsi que l'ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli et six officiers de la police.

Des ouvriers égyptiens préparent la salle qui servira de salle d'audience pour le procès de l'ancien président égyptien dans une école de police située dans la banlieue du Caire (photo AFP).

Scepticisme sur Twitter 

Pour la plupart des Égyptiens, la perspective de voir l'ancien "raïs" jugé lors d'un procès public demeure trop incroyable pour être vraie. Un sentiment qui se reflète sur le site de micro-blogging Twitter : "Je pense toujours que Moubarak va mourir avant le 3 août...", twitte un Égyptien. Les tweets en arabe sont encore plus ironiques, certains pariant sur "l'heure exacte" à laquelle l'ancien leader, malade et âgé de 83 ans, va décéder. 

Depuis qu'il s'est réfugié dans la ville balnéaire de Sharm el-Cheikh, au bord de la Mer rouge, après sa destitution en février, l'état de santé d'Hosni Moubarak a fait l'objet d'informations contradictoires. À quelques heures de l'ouverture du procès, il n'y a pas non plus de consensus parmi les experts quant à la probabilité qu'Hosni Moubarak y soit bien présent. "Personne ne pense que le procès va avoir lieu, indique Barak Barfi depuis le Caire. Les gens sont très sceptiques sur le fait que les militaires fassent juger l'un des leurs." 

Les plus sceptiques notent que le Conseil suprême des forces armées, l'organe de dix-neuf membres qui a pris le pouvoir après la chute d'Hosni Moubarak, compte plusieurs hauts responsables de l'ère Moubarak - dont le chef du Conseil, Mohamed Hussein Tantaoui, qui était le ministre de la Défense de l'ancien président. 

Steve Negus, un journaliste spécialiste du Moyen-Orient et basé au Caire, note cependant que selon les médias égyptiens, Hosni Moubarak devrait assister à son procès mercredi. "La raison pour laquelle il n'y a pas de consensus, c'est parce que jusqu'à dimanche, beaucoup pensaient que le procès n'aurait pas lieu, qu'il serait reporté, que les médecins de Moubarak diraient qu'il est trop malade pour comparaître..." explique Samer Shehata, du Centre pour les études contemporaines du monde arabe de l'université de Georgetown, à Washington. "Mais il est dit maintenant que le procès se tiendra dans une école de police - c'est prometteur. Il y a aussi des informations plus précises sur la façon dont il va se dérouler." 

"Je croirai à ce procès quand je l'aurai vu", ajoute toutefois Samer Shehata. 

S'il est évident que les autorités militaires ne sont pas enthousiastes à l'idée de voir Hosni Moubarak jugé au Caire, Samer Shehata souligne que celles-ci avaient finalement très peu d'options étant donnée l'insistance des manifestants à voir l'ancien président devant la justice. 

"Bien que le Conseil suprême soit réticent à répondre aux aspirations du peuple, il est sensible à la pression et la tenue de ce procès apparaît comme la seule façon de répondre aux demandes des protestataires", indique Samer Shehata. "Si cette revendication rassemble des centaines de milliers de personnes dans les rues, cela réveille le Conseil. La pression populaire semble être le seul moyen de faire bouger les choses." 

Si les Égyptiens sont divisés sur de nombreux sujets tels que la modification de la Constitution ou la tenue d'élections en priorité, "la seule chose qui unit la vaste majorité de la population, c'est que Moubarak doit être jugé", estime Samer Shehata. "Si cela n'a pas lieu, cela mettra les gens très en colère."

Les Saoudiens et les Américains dans l'équation 

Les spéculations des dernières semaines ont aussi inclus des interrogations sur la manière dont les alliés internationaux de l'Égypte - les États-Unis et l'Arabie saoudite - voient ce procès, et s'ils pouvaient peser sur sa tenue. Les analystes s'accordent à dire que les Saoudiens n'apprécient pas l'idée de voir un ancien leader arabe dans le box des accusés. "Il y a une blague qui circule en ce moment qui dit que si vous êtes un leader arabe, soit vous êtes en Arabie saoudite, soit vous rêvez d'y être", raconte Samer Shehata. 

Celui-ci précise toutefois que les Saoudiens ont d'autres sujets de préoccupation : "Riyad espère que son argent lui permettra d'acheter l'alignement de l'Égypte sur la question de l'arabisme et de l'Iran. Peu après la chute de Moubarak, il y a eu une possibilité que l'Égypte établisse des relations normales avec l'Iran et cette perspective est beaucoup plus inquiétante pour les Saoudiens que celle du procès." 

Concernant les États-Unis, un autre allié de poids de l'Égypte, certains analystes - tels que Joseph Massad, un professeur associé de politique arabe moderne à l'université new-yorkaise Columbia - jugent que Washington a fait pression sur le Conseil suprême pour qu'Hosni Moubarak ne soit pas jugé. Une opinion contredite par Barak Barfi, qui maintient que la Maison blanche ne voit en ce procès qu'une "affaire strictement égyptienne". "On a vu avec quelle rapidité les États-Unis ont laissé tomber Moubarak, même si celui-ci avait été un très loyal allié. Washington a toujours considéré Le Caire comme un partenaire stratégique, et non comme une personne." 

Néanmoins les experts s'accordent sur l'importance symbolique du procès d'Hosni Moubarak dans le monde arabe. "L'idée qu'un ancien chef d'État arabe puisse répondre de ses actes devant le peuple est un message très puissant pour la région", indique Samir Shehata. 

 

Première publication : 02/08/2011

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