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Afrique

L’ombre du pouvoir Ouattara plane-t-elle sur les médias ivoiriens ?

Texte par Trésor KIBANGULA

Dernière modification : 05/08/2011

Pascal Brou Aka, le patron de la RTI, a été limogé dimanche. Tentative de mettre fin aux "dysfonctionnements" de la télévision publique ou nouvelle entorse du pouvoir à la liberté de la presse ? L’événement fait en tout cas polémique.

Alassane Ouattara a révoqué dimanche dernier Pascal Brou Aka, directeur général de la Radio Télévision ivoirienne (RTI), la chaîne publique du pays. Il a été immédiatement remplacé par son adjoint Lazare Sayé Aka, jusqu'alors en charge de la direction des programmes.

À l’origine du limogeage de Pascal Brou Aka, “de graves dysfonctionnements observés dans la gestion quotidienne” de la RTI, selon le communiqué du ministère de la Communication. Notamment le fait de "n’avoir dépêché aucune équipe de reportage pour assurer la couverture du retour du président de la République de sa visite aux États-Unis”, le 26 juillet dernier.

Journaliste chevronné de l’espace audiovisuel local, Pascal Brou Aka est connu pour avoir animé l’historique débat télévisé du 25 novembre 2010 entre Gbagbo et Ouattara. Pendant la crise post-électorale, il avait ensuite rejoint le camp d’Alassane Ouattara, qui l’avait nommé à la tête de la RTI en décembre. À l’époque, Pascal Brou Aka n’avait toutefois pu prendre ses fonctions, la chaîne publique ivoirienne étant alors contrôlée par Laurent Gbagbo encore au pouvoir à cette époque. Brou Aka avait pris la direction de la Télévision Côte d’Ivoire (TCI), la chaîne lancée en janvier par Ouattara pour contrer la RTI, considérée jusqu’à sa destruction - début avril, par les hélicoptères de la force Licorne - comme le principal vecteur de propagande du camp Gbagbo.

Inquiétudes au sein de la "presse bleue"

Pascal Brou Aka n’aura donc occupé ses fonctions que sept mois... Mais au-delà de la brièveté de son mandat, ce sont surtout les motifs de son limogeage qui posent question. Faut-il ainsi y voir une volonté des autorités d’empêcher les médias de travailler en toute indépendance ?

L'inquiétude est d’autant plus grande que depuis plusieurs semaines, la presse d’opposition ne cesse de dénoncer le comportement du pouvoir. Nombre de journalistes de la "presse bleue" (c'est-à-dire les médias pro-Gbagbo) se disent en effet “traqués” et plusieurs journaux confient être obligés de travailler dans des “rédactions ambulantes” - leurs locaux étant occupés ou surveillés par les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI - pro-Ouattara). “Nous travaillons sous pression et dans la terreur", explique ainsi César Etou, directeur de la rédaction de Notre Voie, quotidien qui soutenait le régime déchu. “Le bâtiment qui abrite notre siège est vide : les FRCI ont tout pillé et détruit notre matériel de travail.”

Aujourd'hui, Reporters sans frontières (RSF) ne cache pas ses inquiétudes. ”En prenant la mesure expéditive et sans appel de limoger le directeur de la RTI, les autorités veulent garder la main sur la gestion de la télévision publique”, dénonce Ambroise Pierre. “Si la Côte d’Ivoire veut être considérée comme un État démocratique, sa chaîne publique doit cesser d’être utilisée comme un organe de propagande au service du pouvoir, comme ce fut le cas dans le passé.”

Mettre fin aux "dysfonctionnements" de la RTI

Mais, pour Abdoulaye Sangaré, conseiller technique spécial au ministère de la Communication joint au téléphone par FRANCE 24, “sanctionner une faute professionnelle ne peut pas être considéré comme une immixtion du pouvoir dans la ligne éditoriale de la télévision, encore moins une restriction à la liberté d’expression du journaliste. À Paris comme à Abidjan, les médias financés par l’État appartiennent à l’État et sont, de facto, sous son contrôle. De la même manière que Nicolas Sarkozy prend des mesures pour supprimer la publicité sur les chaînes publiques ou nommer les nouveaux directeurs de France Télévisions, Alassane Ouattara prend une décision pour mettre fin aux dysfonctionnements à la RTI".

“La RTI n’a pas pu retransmettre en direct la cérémonie de prestation de serment du chef de l’Etat au palais présidentiel d'Abidjan alors qu’elle le devait", rappelle Abdoulaye Sangaré, comme pour souligner les derniers ratés de la chaîne. "En outre, elle a diffusé en direct, mais sans commentaires, le dernier message adressé par le président aux militaires.” Et de conclure : "Il était donc temps de montrer aux professionnels des médias que l’heure du manque de rigueur est révolu.”

Contacté par France 24, Pascal Brou Aka a préféré ne faire aucune déclaration, estimant qu'il était trop tôt pour s'exprimer.

 

 

Première publication : 03/08/2011

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