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Moyen-orient

Ces jeunes militants qui se battent pour faire sortir l'information de Syrie

Texte par Perrine MOUTERDE

Dernière modification : 08/08/2011

Depuis près de cinq mois, ce sont de jeunes Syriens qui se mobilisent, dans leur pays et à l'étranger, pour pallier l'absence de médias sur le terrain. Ils agissent en réseaux, au péril de leur vie. Avec humilité, courage et détermination.

Amer el-Sadeq n'en finit pas de tousser. Il n'a que 27 ans mais sa voix semble bien plus âgée. Au cours des quatre derniers mois, il a changé de domicile trois fois. Fatigué, il est encore connecté à Internet, tard dans la soirée. Ce jeune syrien est, à Damas, l'un des porte-parole de l'Union des coordinateurs de la révolution syrienne (SRCU).

"Dès que la contestation a commencé, des militants opposés au régime de Bachar al-Assad se sont rassemblés dans différentes régions du pays pour relayer les informations et discuter de différents sujets, explique par Skype [un logiciel qui permet de téléphoner par Internet, ndlr] Amer el-Sadeq, entre deux quintes de toux. Peu à peu, nous avons commencé à nous connaître les uns les autres et nous avons décidé de créer cette organisation, pour mutualiser nos forces. Nous pouvons ainsi coordonner nos actions sur le terrain et être représentés politiquement et médiatiquement." Aujourd'hui, le SRCU compte 77 représentants de différentes coordinations locales. Le réseau est présent dans presque toutes les villes mobilisées du pays. Chaque jour, de nouveaux groupes se joignent au mouvement.

Abdulsattar Attar, 25 ans, n'a lui jamais mis les pieds en Syrie. Ses parents ayant fui le pays dans les années 1980, c'est en Jordanie qu'il a grandi, puis monté son restaurant. Il est désormais réfugié en Belgique, loin de sa femme et de ses deux enfants. Il ne dira pas où exactement : "Je reçois tous les deux jours des menaces, par mail ou par téléphone, des services de sécurité syriens ou de l'ambassade", explique-t-il.

Depuis le début de la révolution syrienne, mi-mars, Abdulsattar Attar est l'un des animateurs de la page Facebook "The Syrian revolution 2011", suivie par plus de 240 000 personnes et considérée comme l'un des principaux moteurs du mouvement de contestation. Chaque jour, des dizaines de messages, photos ou vidéos sont publiés pour rapporter ce qui se passe dans le pays.

"Environ 400 personnes, dont une centaine se trouve hors de Syrie, collaborent à cette page Facebook, explique Abdulsattar Attar. Chacun connaît deux ou trois personnes de confiance dans différentes villes du pays. Au total, nous sommes en contact avec des milliers de Syriens." Installés dans différentes régions du monde, ces jeunes ont dû s'organiser. De petites équipes, aux missions bien définies, ont été créées : télécharger les vidéos sur YouTube, rédiger un résumé quotidien des évènements qui sera envoyé aux journalistes, répondre aux sollicitations des médias, appeler les contacts sur le terrain... Plusieurs équipes ont pour seul rôle de lire et de traiter tous les emails que le réseau reçoit : environ 1 500 par jour, jusqu'à 5 000 les vendredi, jour traditionnel de manifestation après la grande prière hebdomadaire. "Maintenant, l'information nous parvient directement, nous n'avons presque plus besoin d'appeler les gens, remarque Abdulsattar Attar. Ils connaissent notre adresse et nous envoient directement leurs contenus".

"Nous maîtrisons l'image de la révolution"

Les villes syriennes où ont eu lieu des manifestations
En rouge, les villes où ont eu lieu les plus importantes manifestations et répressions depuis le 15 mars.

12h30, les premières images des manifestations de ce vendredi, le premier depuis le début du ramadan, sont retransmises en direct sur la chaîne Al-Jazeera. Dans le salon d'Amrou, la télévision trône, encadrée par deux grandes enceintes. Arrivé en France il y a deux ans, celui-ci s'est installé il y a quelques mois dans un appartement de la banlieue parisienne, chez un ami. Il ne quitte des yeux son écran d'ordinateur que pour jeter un coup d'œil à la télé. Membre d'un petit réseau  - dont il préfère taire le nom -, il est connecté sur Skype avec une trentaine de personnes : des militants installés principalement à Damas, d'où il est originaire, et des responsables de médias internationaux.

"Notre boulot a beaucoup évolué, raconte-t-il. Au début, nous nous battions pour que l'une de nos vidéos enregistrées ou un témoin passent sur les chaînes de télévision. Maintenant, c'est le direct qui est le plus important : de cette façon, nous maîtrisons l'image de la révolution. D'ailleurs, les chaînes nous demandent des vidéos de bonne qualité, bien filmées..."

L'un des contacts d'Amrou appelle : il va diffuser des images en direct depuis une banlieue de Damas, par le biais du site Bambuser (une plateforme spécialisée dans la diffusion de vidéos en ligne). Tendu, Amrou rafraîchit toutes les minutes sa page Internet, pendant que ses cigarettes se consument. Des images arrivent de la ville de Homs, dans le centre du pays ; aussitôt, il envoie un message aux responsables des médias. Finalement, un flux vidéo parvient de la capitale syrienne. Il s'interrompt au bout de quelques minutes : des coups de feu sont tirés contre l'immeuble où se cachent les militants, ils doivent changer d'endroit. Al-Jazeera retransmettra un peu plus tard ces images.

Des réseaux organisés pour relayer l'information

The Syrian Revolution 2011, mais aussi les Comités locaux de coordination, Shaam News Networks, The Syrian Days of Rage, le Réseau des activistes syriens, With You Syria... De nombreux groupes d'opposants relaient ce qui se passe dans le pays, en l'absence quasi totale de journalistes étrangers.

Qamishli, Lattaquia, Damas, Homs, Hama... Dans la plupart des villes de Syrie, des groupes de citoyens, qui peuvent rassembler jusqu'à plusieurs dizaines de personnes, se sont mis en place. Là aussi, on se répartit les tâches : mobiliser la population avant les rassemblements en faisant circuler le message concernant l'heure et le lieu du rendez-vous ; préparer slogans et banderoles ; prendre des photos, des vidéos ; les envoyer par Internet... "Si ce sont des membres de notre réseau qui nous envoient des documents, nous les publions. Sinon, nous vérifions les images ou les informations à partir de deux ou trois sources différentes avant de les mettre en ligne", explique l'un des porte-paroles des Comités locaux de coordinations, Hozan Ibrahim.

À 28 ans, il vit près de Hanovre, en Allemagne, après avoir fui la Syrie il y a un an. La cellule "médias" doit ensuite diffuser les informations sur les différents réseaux sociaux, envoyer des bilans quotidiens à des dizaines de médias internationaux, fournir des contacts de témoins ou de manifestants aux journalistes. "Il y a en permanence quatre ou cinq membres de la cellule connectés sur Internet, ajoute Hozan Ibrahim. Comme ça nous sommes toujours au courant de ce que font les autres."

Plus de 240 000 personnes suivent la page Facebook "The Syrian revolution 2011". Environ 400 personnes collaborent pour publier chaque jour informations, photos et vidéos.

"Nous sommes de plus en plus organisés, mais il y a toujours de nouvelles difficultés auxquelles nous devons faire face", poursuit-il. Le 2 août dernier, l'un des jeunes révolutionnaires qui fournissaient l'essentiel des vidéos filmées à Homs aux Comités locaux de coordination a été tué par les forces de sécurité syriennes, qui l'avaient certainement repéré. Lorsque la situation sur le terrain s'aggrave, les médias sollicitent aussi davantage d'informations et de contacts. "Au fil du temps, nous avons de plus en plus de boulot mais il n'y a pas plus de personnes pour le faire, note Amrou qui, à 28 ans, n'a pas touché à sa thèse depuis des mois. Nous sommes moins d'une centaine à être connectés 7 jours sur 7 et à assurer l'essentiel des tâches."

"Le plus compliqué, c'est que les activistes n'ont pas toujours de connexion Internet disponible pour télécharger leurs documents, déplore aussi Abdulsattar Attar. Nous pouvons savoir que des tanks sont entrés dans une ville mais si nous n'avons pas de photo ni de vidéo pour le prouver, cela n'a pas de poids."

Jeudi, Amer el-Sadeq devait quant à lui répondre aux journalistes d'Al-Jazeera depuis Damas. Son téléphone portable a été "repéré", impossible de l'utiliser pour une interview. Sa connexion Internet n'était pas bonne, impossible d'utiliser Skype, pourtant le moyen de communication le plus sûr. Reste un téléphone satellitaire, donné par un expatrié syrien. "Le signal de ces téléphones est très fort, il est facile de me localiser à partir de ça, s'inquiète Amer el-Sadeq. Je passe très souvent sur les chaînes de télévisions étrangères, ma voix risque aussi d'être reconnue."

"Cette révolution n'appartient à personne"

Pour ces jeunes militants, la sécurité reste la préoccupation principale. "Dès qu'un activiste est repéré par le parti Baas [le parti du président Bachar al-Assad, ndlr] ou les services de sécurité, il risque d'être arrêté, assure Amer el-Sadeq. Ils font du porte-à-porte pour venir chercher les gens. Ensuite, certains sont tués au cours de leurs détentions et leurs familles ne récupèrent que leurs corps. D'autres ont été emmenés il y a plus de quatre mois et nous n'avons aucune nouvelle d'eux."

"Pendant les manifestations, le principal risque, c'est de se faire tirer dessus par l'armée ou les milices, poursuit-il. Si vous n'êtes pas tué mais simplement blessé, vous risquez d'être emmené dans l'un des hôpitaux du gouvernement. Nous savons qu'il y a aussi beaucoup de meurtres dans ces endroits là. Du coup, nous essayons de mettre en place des hôpitaux de campagne en marge des rassemblements, pour soigner les manifestants blessés, mais c'est aussi très dangereux. Il faut bouger souvent, déplacer tout le matériel."

Dans le salon d'Amrou, en banlieue parisienne, la chaîne Al-Jazeera tourne en boucle. "Ce qu'elle diffuse est tellement important pour le monde arabe", explique ce jeune militant. (Photo Perrine Mouterde)

Devant son écran, en banlieue parisienne, Amrou trépigne. Il n'a pas de nouvelles de ses amis qui essaient de diffuser des images depuis la banlieue damascène. "Beaucoup de jeunes ont été tués depuis le début du mouvement, lâche-t-il. Il y en a un, c'était peut-être à cause de moi... Il a envoyé de très belles images, mais elles ont sûrement permis aux forces de sécurité de le repérer."

Reliés par Internet, ces jeunes militants, qui disposent chacun de leur propre réseau, forment une vaste communauté. Tous coopèrent en permanence. "Nous connaissons tous des membres des autres réseaux et travaillons vraiment ensemble, assure Hozan Ibrahim. Nous avons le même objectif." "Si quelqu'un a besoin d'un contact à Hama, nous le lui donnons, renchérit Abdulsattar Attar. Nous collaborons tout le temps. Cette révolution est celle de toute la jeunesse syrienne, elle n'appartient à personne. J'ai la chance de pouvoir raconter ce qui se passe, mais je ne suis qu'une personne au sein d'une immense équipe. Nous nous battons tous pour notre pays."

À Damas, Amer el-Sadeq est sur la même longueur d'ondes : selon lui, personne ne peut revendiquer être le "leader" des manifestations. La preuve ? De très nombreux militants extrêmement actifs ont été arrêtés et le mouvement continue sans eux, prenant toujours davantage d'ampleur. Chaque vendredi, et désormais chaque soir pendant le ramadan, les Syriens n'ont besoin de personne pour descendre dans la rue. "Pendant les manifestations, nous servons surtout à amener des banderoles, à diffuser les slogans ou les chants, à encadrer le parcours du cortège... Mais c'est tout", estime Amer el-Sadeq.

"Ce qui a poussé le président Barack Obama ou même Nicolas Sarkozy à s'exprimer sur la Syrie, ce ne sont pas les réseaux sociaux, ajoute Amrou : ce sont les gens qui descendent dans la rue et qui se font tirer dessus."

(Photo : Amrou, dans un appartement de la région parisienne. Crédit Perrine Mouterde)

 

Première publication : 05/08/2011

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