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Moyen-orient

La crise en Syrie s'invite chez le voisin libanais

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 11/08/2011

Depuis plusieurs semaines, la crise qui se déroule à huis clos en Syrie tend à se répercuter sur le quotidien de son voisin libanais, tant au niveau de sa classe politique qu'au sein de certaines franges de sa société. Décryptage.

La crise en Syrie serait-elle en train de s’exporter chez le voisin libanais ? Murée dans le silence depuis le début du soulèvement populaire syrien, le 15 mars, Beyrouth est en effet devenue la caisse de résonance du conflit. Que ce soit au niveau de la scène politique ou de quelques franges de la société, le débat est vif sur la position à adopter face à la répression sanglante des manifestations hostiles au président Bachar al-Assad.

Le Liban se désolidarise de la communauté internationale
 
En effet, la classe politique libanaise, toujours prompte à se diviser, se déchire entre soutiens au régime baasiste et pourfendeurs de la répression des manifestants syriens. Ainsi, sans surprise, le camp proche de Damas, majoritaire au Parlement et au gouvernement, a pris position en faveur de son puissant voisin. L’appui de ce camp s’est notamment concrétisé sur la scène internationale. Membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, le Liban s’est dissocié de la déclaration adoptée le 4 août par les quatorze autres membres et qui condamnait l'usage de la force contre les civils en Syrie. Et ce, au nom de la non-ingérence dans les affaires internes d’un pays tiers.
 
Piliers de la majorité parlementaire, le Hezbollah et le Courant patriotique libre du général Michel Aoun vont jusqu’à épouser la rhétorique de Damas. "Le soldat a le droit de se défendre s’il est agressé et il ne s’agit pas, dans ce contexte (syrien, NDLR), d’une répression (…). Les droits de l’homme, ce n’est qu’un label commercial brandi par l’Occident", a récemment expliqué l’ex-chef des armées. Par ailleurs, la presse libanaise a rapporté les propos d’un ministre (sans l’identifier) qui s’est élevé contre la couverture "provocatrice et susceptible de troubler les relations avec un pays frère" de certains médias locaux vis-à-vis des évènements en Syrie.
 
L’opposition sort de son silence
Ces prises de position ont eu pour effet de briser le silence radio entretenu depuis plusieurs mois par les hauts responsables de l’opposition antisyrienne, embarrassés par la situation à Damas. "Rompre le silence, c’est prendre position. Or, au Liban, la question sensible des rapports avec la Syrie est synonyme d’implications politiques qui peuvent dégénérer en rapports conflictuels armés. C’est un risque que certains responsables politiques avaient évité de prendre par sagesse et par calcul", explique Melhem Chaoul, professeur à l'institut des sciences sociales de l'Université libanaise et consultant auprès d'instituts de recherche en politologie. Fin juillet, Saad Hariri, Premier ministre renversé en janvier par le Hezbollah et ses alliés, avait été le premier à s’exprimer : "Nous ne pouvons au Liban, quelles que soient les circonstances, rester silencieux" face à la répression en Syrie.
 
Depuis plusieurs décennies, la question du régime syrien, qui a occupé militairement le Liban entre 1976 et 2005, est une source de division idéologique. "Pour résumer, le pays se divise entre partisans et opposants à la politique dite nationaliste arabe et de résistance menée par Damas. La fracture apparue en marge du soulèvement populaire en Syrie vient confirmer l’incidence des affaires syriennes sur la politique et la société du pays du Cèdre", constate Melhem Chaoul. Selon lui, "certains dans le camp pro-syrien craignent de perdre un allié régional de taille et s’interrogent sur leur avenir politique, tandis que d’autres dans l’opposition pensent qu’il sera plus aisé de traiter avec une Syrie démocratique".
 
Des manifestants anti-Assad réprimés dans les rues de Beyrouth
 
De son côté, la société civile libanaise participe à ce débat dont elle s’était saisie bien plus tôt que la classe politique, en se mobilisant contre ou en faveur du régime syrien - jusqu’au clash. La semaine dernière, une cinquantaine de manifestants pacifiques venus exprimer leur solidarité avec le peuple syrien devant l’ambassade de Syrie à Beyrouth ont été sévèrement battus par des partisans pro-Assad armés de bâtons et de couteaux. Plusieurs d’entre eux ont été blessés lors de cette expédition punitive qui aurait eu lieu, selon des témoins cités par des médias libanais, sous le regard plus ou moins passif des forces de l’ordre. Cet énième accrochage - six personnes ont été tuées le mois dernier à Tripoli (Nord) au cours d'affrontements déclenchés par un rassemblement hostile au président Al-Assad - démontre selon le quotidien francophone L’Orient-le-Jour "la radicalisation" des opinions au Liban sur la question syrienne.
 
Cette radicalisation n’a pas effrayé une vingtaine d’intellectuels libanais qui ont organisé un rassemblement dans le cœur de Beyrouth, lundi, pour dénoncer "la violence aveugle dirigée contre la révolution syrienne pacifique" et exprimer leur solidarité "avec le peuple syrien, noble et courageux". Parmi eux, Ziad Majed, politologue et professeur à l'Université américaine de Paris. Interrogé par France24.com, il insiste sur le caractère politique de cet évènement ayant réuni des centaines de personnes. "Notre initiative n’a aucun rapport avec les calculs politiciens. Nous voulions démontrer aux citoyens et aux intellectuels syriens que leur lutte pour la liberté est aussi la nôtre. Beyrouth ne restera pas silencieuse."
 

 

Première publication : 09/08/2011

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