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SPORT

Le football américain est-il prêt à en finir avec les hormones de croissance ?

Texte par Emmanuel VERSACE

Dernière modification : 19/08/2011

Longtemps soupçonnés de consommer des hormones de croissance, les joueurs de football américains viennent finalement d'accepter la mise en place de tests de dépistage en NFL. Une initiative qui laisse perplexe certains spécialistes.

Pour la première fois dans l’histoire des quatre grands sports collectifs américains (basket, hockey, base-ball et football américain), le foot nord-américain va procéder à des tests anti-dopage destinés à déceler les hormones de croissance. À la suite d’un accord signé le 12 août entre les joueurs, les propriétaires de clubs et la Ligue professionnelle de football américain (NFL), un dispositif de dépistage sera mis en place le 8 septembre aux États-Unis.

Connu sous le nom de "Human growth hormone", ou l'hGH, ce produit dopant a été utilisé dans les années 1970-1980 par les sportifs de haut niveau pour améliorer leurs performances, diminuer leur temps de récupération, prendre de la masse musculaire et même améliorer leur vision. Interdit par le Comité international olympique (CIO) en 1989, l'hGH est toutefois resté indétectable jusqu’en 2004, date à laquelle de premiers tests anti dopage ont été mis en place, lors des Jeux olympiques d’Athènes.

Les contours du dispositif encore flous

Depuis leur introduction par l’Agence mondiale anti-dopage (AMA) cependant, peu de sportifs professionnels ont été testés positifs à l'hGH. Parmi eux, on retrouve le cycliste allemand Patrik Sinkewitz, le double champion olympique estonien de ski de fond Andrus Veerpalu, un joueur de football canadien de la University of Waterloo et le joueur de rugby à XIII Terry Newton, qui s’est donné la mort en septembre dernier à la suite de la révélation de ses agissements.

Suspectés d’être de grands consommateurs d'hGH, les footballeurs américains consommant de cette substance n’ont jusqu’ici jamais été inquiétés par les instances anti-dopage américaines. Ces dernières préféraient se concentrer sur la détection des stéroïdes, ex-ennemi public n°1 du sport américain beaucoup plus facilement repérable. C’est donc avec soulagement que le président de l’AMA, David Howman, a accueilli la nouvelle. "Ma première réaction est de féliciter les joueurs et la NFL d’avoir pris cette décision", a-t-il salué dans un communiqué officiel.

Si les intentions des acteurs de cet accord sont louables, les contours du dispositif, eux, restent très flous. Seuls deux laboratoires de l’AMA aux États-Unis - ceux de Salt Lake City et de l'Université de Californie - Los Angeles (UCLA) – ont en effet les outils adaptés à l'analyse des tests, dont on ne sait par ailleurs toujours pas s’ils seront inopinés ou obligatoires avant les rencontres.

"Cette campagne n’est ni plus ni moins qu’un effet d’annonce pour donner bonne conscience au téléspectateur américain, qui ne cherche surtout pas à comprendre comment les footballeurs peuvent atteindre de telles mensurations", relativise ainsi le journaliste américain Matt Chaney, expert sur la question du dopage dans le foot US et auteur de "Spiral of Denial : Muscle Doping in American Football" ("Spirale de dénégation : le dopage musculaire dans le football américain"), contacté par FRANCE 24.

Selon lui, aux États-Unis, plus de la moitié des joueurs de foot américain, professionnels ou universitaires, ont recours à des produits dopants, dont l'hGH. "J’ai même vu des parents en acheter à leurs enfants pour qu’ils soient sélectionnés dans l’équipe de leur lycée", raconte Chaney qui doute des réelles intentions du milieu pour éradiquer un phénomène qui l'a largement gangréné.

"La NFL, les dirigeants et les chaînes de télévision n’ont aucun intérêt à voir le foot US perdre en intensité ou en spectacle. Des sommes colossales sont en jeu : les droits TV au centre du litige entre les joueurs et les propriétaires à l’intersaison représente une enveloppe de 9 milliards de dollars", poursuit-il.

Hypocrisie

En France, l'hGH est évidemment classé parmi les produits dopants par l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Et, comme aux États-Unis, aucun athlète tricolore n’a encore été testé positif à cette substance. Mais, pour le professeur Jean-Pierre de Mondenard, spécialiste du dopage sportif et auteur de "Tour de France : 33 vainqueurs face au dopage (éditions Hugo & Cie)", ce résultat est davantage lié à un manque de volonté du milieu sportif pour éradiquer le dopage, plus qu’à une lutte véritablement efficace contre ce produit en particulier.

"Quand un joueur de rugby (l'international français Yoann Huget, NDLR) 'oublie' de se présenter non pas une fois mais trois fois de suite aux tests anti-dopage, c’est à se demander s’il est débile ou bien simplement malhonnête ! Mais le pire vient ensuite lorsque la fédération, son club et le syndicat des joueurs montent au créneau pour le défendre. C’est une hypocrisie sans nom", s’insurge Mondenard, interrogé par FRANCE 24.

Ce dernier n’hésite pas à critiquer non plus le comportement de certaines fédérations sportives qui font mine de lutter efficacement contre le dopage alors que, selon lui, le phénomène n’a jamais été aussi répandu que depuis ces trente dernières années… et jamais aussi mal contrôlé. " Pour déceler un test positif, l’Etat français dépense 60 600 euros. Ça fait cher le ratio !", conclut-il.

Première publication : 18/08/2011

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