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Afrique

L’Union africaine hésite à lâcher Mouammar Kadhafi

Texte par Trésor KIBANGULA

Dernière modification : 26/08/2011

Si certains pays africains ont déjà reconnu le CNT comme seul représentant légitime du peuple libyen, l’UA, qui se réunit pour examiner la situation en Libye, hésite à lâcher Mouammar Kadhafi, qui fut longtemps le chantre du panafricanisme.

Le mini-sommet de l’Union africaine (UA) qui a lieu ce vendredi à Addis Abeba devait se prononcer sur une reconnaissance ou non du Conseil national de transition (CNT) comme seule autorité légitime de Libye. Malgré la progression des forces anti-kadhafistes dans plusieurs villes importantes du pays en effet - dont la capitale Tripoli -, l’organisation panafricaine hésite encore sur la position à adopter. Lui faut-il s’écarter définitivement de Mouammar Kadhafi et soutenir, comme une trentaine d'autres pays, le CNT ? La réponse est loin de faire l’unanimité. 

Situation confuse entre liesse et affrontements

Lors du 17e sommet de l’UA qui s'est déroulé au début du mois de juillet en Guinée Équatoriale, les chefs d’État africains n’avaient pas demandé le départ de Mouammar Kadhafi, comme le souhaitait le CNT. À la place, un plan controversé de sortie de crise avait été proposé : Kadhafi devait rester au pouvoir mais ne pas participer à d’éventuelles négociations politiques entre son camp et les hommes de Benghazi. Une proposition qui avait été jugée complaisante à l’égard de Mouammar Kadhafi par le groupe de contact sur la Libye. 

Aujourd'hui, le président sud-africain Jacob Zuma estime que les efforts de cette médiation africaine ont été entravés par l’Otan. "Ceux qui ont beaucoup de capacités, même celle de bombarder des pays, ont vraiment sapé les initiatives de l’UA et ses efforts pour régler le problème libyen", a-t-il déclaré mardi lors d’un point de presse au Cap. 

"Kadhafi avait réussi à se créer des obligés en Afrique"

Depuis le début de la crise libyenne, l’Afrique fait bande à part. "Dès la première réunion à l’Élysée pour mettre en place la coalition internationale contre le régime de Kadhafi, l’UA a refusé d’y participer", souligne Antoine Glaser, l'ex-directeur de la Lettre du Continent. Contacté par FRANCE 24, il estime que cette attitude des États africains s'explique par les "largesses" dont beaucoup d'entre eux ont bénéficié de la part du Guide libyen. "Mouammar Kadhafi avait réussi à se créer des obligés un peu partout en Afrique", poursuit-il. 

Après l’échec de son projet de panarabisme, le dirigeant libyen avait fait de l'unification du continent africain sur le modèle des États-Unis d’Amérique son nouveau cheval de bataille. C’est à Syrte, sa ville natale, qu’il a, par exemple, lancé l’idée de créer l’UA pour succéder, à partir de 2002, à l’Organisation de l’unité africaine (OUA). 

Mouammar Kadhafi se sert alors de ses pétrodollars pour inciter ses pairs africains à s’aligner sur son projet. "Grâce à son argent, il avait une grande capacité de nuisance auprès des autres dirigeants africains", reprend Antoine Glaser. Et d’ajouter : "Il proposait aux États de gros financements. Pour le pouvoir, il était difficile de dire non, par crainte de voir cette manne financière revenir aux partis d’opposition". 

Le Burkina Faso fait partie des nombreux pays du continent qui ont bénéficié de la générosité de celui qui s'était surnommé le "roi des rois d’Afrique". À Ouagadougou, le nouveau quartier de la capitale, Ouaga 2000, est ainsi sorti de terre grâce aux investissements libyens. "On y trouve le Laico, un hôtel de grand standing [présent également dans plusieurs autres pays africains comme le Congo, le Gabon, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Kenya, le Mali, la Tanzanie, la Tunisie ou l'Ouganda, NDRL]", relève Séni Dabo, journaliste au quotidien burkinabè Le Pays. Parmi les autres édifices financés grâce à des fonds libyens dans le quartier, celui-ci évoque également "la Banque commerciale du Burkina Faso, jadis dénommée Banque arabe libyenne, et la Banque sahélo-saharienne pour l’investissement et le commerce, une institution bancaire de la CENSAD [Communauté des États sahélo-sahariens, NDRL] largement financée par Tripoli". 

Kadhafi introuvable, place à la "real politique"

Où pourrait être Kadhafi ?

Reste qu'aujourd'hui, la donne a changé. Mouammar Kadhafi est en fuite et son régime à l'agonie, si bien que plusieurs pays africains - libérés sans doute de leurs obligations vis-à-vis du colonel - ne veulent plus rester à la traîne. Pour eux, l’heure d'un repositionnement stratégique a sonné. L’Éthiopie et le Nigeria ont reconnu mercredi la légitimité du CNT. Jeudi, la Côte d'Ivoire leur emboîtait le pas. "C’est de la real politique. L’Union africaine n’aura plus d’autre option que de suivre cette dynamique continentale", soutient Antoine Glaser. Un mouvement qui avait été amorcé par la Gambie et suivi par le Sénégal, la Tunisie et le Maroc. 

Avant même le déroulement de la réunion de l’UA convoquée ce vendredi, la liste des membres de l’organisation africaine reconnaissant le CNT comme seule autorité légitime de la Libye incluait déjà certains des plus fidèles amis du colonel. 

Ainsi, mercredi, à l'instar du Tchad, le ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso a également indiqué que son pays reconnaissait désormais le CNT comme unique pouvoir légitime en Libye.

À Bobo-Dioulasso, la capitale économique du Burkina, le président Blaise Compaoré et Mouammar Kadhafi sont pourtant encore debout, côte à côte, sur la place de L’Amitié arabo-burkinabé, immortalisés par d'imposantes statues. Et si la mairie de Bobo-Diaoulasso a pris soin de faire évoluer son site Internet, expliquant que la statue du colonel libyen représente en fait "le roi d’Arabie saoudite", elle a toutefois oublié de rectifier la fin de la phrase, qui fait désormais du roi Abdallah le "symbole de la bonne entente entre la Libye et le Burkina"...

 

Première publication : 25/08/2011

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