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Economie

L'or noir libyen attise les convoitises

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 01/09/2011

Avant la guerre dans le pays, la Libye produisait 2 % de la quantité de pétrole mondial. Alors que le régime de Mouammar Kadhafi s’effondre, les États et les groupes pétroliers anticipent le retour du pays sur le devant de la scène.

Tandis que la traque pour retrouver Mouammar Kadhafi se poursuit, les États et les compagnies pétrolières s’activent pour ne pas devenir les laissés-pour-compte des futurs détenteurs de l’or noir libyen.

Une bataille annoncée qui s’explique par l’importance stratégique de la Libye sur le marché du pétrole. Avant le déclenchement du conflit en février, le pays produisait 2 % du pétrole mondial. Il était aussi une source d’approvisionnement privilégiée pour bon nombre d’États européens. Ainsi en 2010, la Libye était le troisième fournisseur mondial de pétrole de l’Europe, l’Italie et la France étant ses deux premiers acheteurs.

Les combats ont considérablement réduit la capacité de production libyenne qui est tombée de 1,6 million de barils de pétrole par jour à environ 60 000. Pour les États qui dépendaient en partie du pétrole libyen, l’une des priorités est que les exportations de pétrole reprennent aussi vite que possible. Le CNT espère "exporter de 500.000 à 600.000 barils de pétrole par jour d'ici deux à trois mois", a déclaré jeudi Ali Tarhouni, chargé des questions économiques au sein du Conseil à l’agence de presse Reuters. Il a précisé qu’un retour au niveau de production et d’exportation d’avant la crise prendrait environ un an. "C’est une estimation optimiste car il faut aussi prendre en compte les risques d’instabilité politique qui peuvent retarder le processus de plusieurs années", nuance Daniel Litvin, directeur de Critical Resource, une société britannique de conseil en énergie à FRANCE 24.

Soutien militaire versus argent

Les pétroliers du monde entier souhaitent également décrocher des contrats. Si le CNT a garanti, mardi, que les accords pétroliers conclus avec le régime Kadhafi allaient être honorés, il a assuré que toutes les possibilités restaient envisageables. Et cela vaut mieux car il y a du monde au portillon libyen : 35 compagnies pétrolières étrangères étaient implantées dans le pays avant la guerre et toutes espèrent s’attirer les bonnes grâces des futurs responsables du pays.

Parmi les principaux prétendants, les entreprises des pays ayant activement soutenu les opposants à Kadhafi – comme la France et l’Italie - occupent une place de choix. "Il est clair que le CNT peut leur faciliter les choses et rendre la vie beaucoup plus difficile à la Chine, l’Inde et la Russie [qui n’ont pas apporté de soutien militaire, NDLR]", confirme Daniel Litvin. Sur la question, la ligne du CNT semble peu claire. Moustapha Adbeljalil, chef actuel du CNT, a confirmé jeudi, parlant de la reconstruction, qu’il comptait "favoriser les pays qui nous ont aidés" alors qu’Ali Tarhouni, le même jour, a nié que l’attribution des contrats pétroliers se ferait en fonction du soutien apporté par tel ou tel État à la rébellion.

La compagnie italienne ENI – principal pétrolier présent en Libye avant le début du conflit - a reconnu, mercredi, être en "contact constant avec le Conseil national de transition (CNT) depuis avril". La France, de son côté, espère aussi être bien lotie. D’après le quotidien économique français La Tribune, la France pourrait bénéficier des futurs contrats à hauteur de 35 %, en récompense de son soutien militaire au CNT. L’entreprise Total, troisième pétrolier étranger sur place, tire déjà 7 % de son pétrole africain de la Libye. " Et il ne faut pas oublier les groupes pétroliers espagnols, allemands ou autrichiens", précise Daniel Litvin.

Pourtant l’argument du soutien militaire n’est pas éternel. "Il est actuellement très puissant, mais plus les années passeront, plus l’aspect purement financier va reprendre de l’importance", explique Daniel Litvin. En clair, des pays très riches comme la Chine pourraient grâce à leur portefeuille revenir dans le jeu pétrolier libyen d’ici à quelques années.

Gisements inexploités

Pour les acteurs de la scène pétrolière, une autre interrogation demeure."Ceux qui parlent aujourd’hui, sont-ils ceux qui vont gouverner la Libye dans un an ?", se demandait Nicolas Sarkis, directeur du Centre arabe d'études pétrolières dans la Tribune de mercredi. "L’instabilité politique en Irak après la guerre a par exemple rendu la vie très difficile aux grands groupes pétroliers", rappelle Daniel Litvin qui estime que certains acteurs du secteur vont attendre de voir comment évolue la situation.

Tout ce beau monde ne s’intéresse pas seulement aux gisements existants mais également à ceux qui n’ont pas encore été exploités. En 2009, le colonel Khadafi avait entamé un programme pour augmenter la production pétrolière de 1,6 million de barils à 3 millions de barils par jour. Un projet que le soulèvement de février dernier est venu contrarier.

Les compagnies pétrolières s’interrogent également sur l’approche que le nouveau pouvoir va adopter à l’égard de ces ressources. "Les nouveaux dirigeants libyens peuvent adopter une position nationaliste et exploiter eux-mêmes ces gisements ou alors décider d’en faire profiter les compagnies étrangères", analyse Daniel Litvin. Tout dépendra, selon le spécialiste, des besoins financiers du nouveau régime. "S’ils doivent trouver très vite beaucoup d’argent, ils seront enclins à être plus ouverts à des partenaires étrangers", conclut-il.

Première publication : 26/08/2011

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