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Economie

Quand la patronne du Medef verse dans la théorie du complot

©

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 31/08/2011

Laurence Parisot, patronne du Medef (syndicat français des chefs d’entreprises), a répété à plusieurs reprises ces derniers jours que la crise actuelle de la zone euro était orchestrée par les États-Unis. Les faits lui donnent-ils raison ?

Laurence Parisot n’en démord pas. La patronne du Medef, le syndicat français des chefs d’entreprises, a répété, mercredi, sur la chaîne de télévision LCI, qu’il y avait un "tam-tam orchestré aux États-Unis" pour exagérer les problèmes économiques de la zone euro. Une accusation qu’elle avait déjà formulée dans Le Figaro lundi et reprise mardi sur Europe 1. Laurence Parisot dénonce une tentative américaine pour détourner l’attention des marchés des problèmes économiques aux États-Unis.

La patronne des patrons désigne même les coupables présumés. Elle vise pêle-mêle, sur Europe 1, des grands journaux américains tels que le Wall Street Journal, des économistes comme Nouriel Roubini ou encore des responsables économiques américains comme l’ancien chef de la Réserve fédérale (Fed) Alan Greenspan. Il y aurait "eu comme par hasard immédiatement après la dégradation de la note américaine [décidée par l’agence de notation Fitch le 6 août, NDLR]", une multiplication des prises de positions alarmistes à l'encontre de la zone euro.

Des faits semblent aller dans le sens de la théorie de Laurence Parisot. Le 10 août, une rumeur sur l’éventuelle banqueroute de la Société Générale, parue dans le journal britannique Mail on Sunday avait provoqué une chute de 14,74% du cours de l’action de la banque française. Ensuite, l’ex-directeur de la Fed, Alan Greenspan, s’était plaint, le 23 août, que "l’Europe était responsable du ralentissement de la croissance américaine".

Une influence que les médias n’ont pas

Est-ce suffisant pour conclure à un "complot" américain ? ". Les articles sur les difficultés économiques européennes se sont, en effet, multipliés ces dernières semaines dans la presse anglo-saxonne", constate Magnus Wheatly, membre du cabinet britannique de traders Charles Stanley, contacté par FRANCE 24. "Il y a eu des attaques spéculatives assez bien organisées provenant de fonds d'investissement contre les banques européennes, contre la zone euro", confirme dans Le Point Edouard Tréteau, associé-gérant de Mediafin, une société de conseil en stratégie.

"Mais la presse anglo-saxonne a tout autant traité des difficultés américaines", nuance Magnus Wheatly. "Au pire, on peut dire qu’il y a un sentiment nationaliste classique qui revient à dire que la situation est plus mauvaise chez le voisin", rajoute-t-il.

Pour cet expert, la thèse de Laurence Parisot ne tient pas la route et relève plutôt de la théorie du complot "absurde". L’hypothèse d’une opération orchestrée dans les plus hautes sphères de l’administration américaine reviendrait à octroyer aux médias une influence qu'ils n’ont pas... ou plus. "Les analystes et financiers n’attendent plus les articles de presse pour prendre leurs décisions sur les marchés", souligne Magnus Wheatly. L’Internet et le développement des technologies de l’information permettent aujourd’hui aux acteurs des marchés d’avoir un accès rapide et direct aux dernières données économiques des entreprises et des États.

L’offensive anti-américaine de la patronne du Medef ressemble à "une tentative de minimiser des problèmes qui sont réels en cherchant un bouc émissaire", juge Magnus Wheatly. "Objectivement, les fonds anglo-saxons ont raison de spéculer contre la dette française", a estimé, dans Les Échos, Philippe Dessertine, directeur de l’Institut de la haute finance. Il ajoute qu’actuellement "la presse anglo-saxonne est l’une des rares à donner les bonnes informations".

Première publication : 31/08/2011

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