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Economie

Évasion fiscale : "L'État se trompe de combat"

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 02/09/2011

Pour Transparency International, près de 20 milliards d’euros par an échappent à la Grèce à cause de l’économie parallèle. Le responsable de l'ONG en Grèce estime qu'il s'agit de l'une des principales causes de la crise actuelle.

Le ministre grec des Finances, Evangélos Vénizélos est pessimiste. Il a reconnu, vendredi, que son pays devrait avoir un déficit public plus grave que prévu en 2011. Il aurait dû être de 7,7 % du PIB, il pourrait finalement se rapprocher des 9 %. Une mauvaise nouvelle alors que les représentants de la Troïka - Fonds monétaire international (FMI), Union européenne (UE) et Banque centrale européenne (BCE) – a mené cette semaine une inspection des comptes grecs.

Athènes met l'aggravation de son déficit sur le compte de la récession qui frappe. Mais une part importante des problèmes grecs provient également de la persistance d’une économie parallèle qui prive l’État de précieuses rentrées fiscales. Selon l’ONG Transparency International, qui observe la corruption dans le monde, le marché noir, l’évasion fiscale et la corruption représentent actuellement au moins 30 % du PIB. Son responsable en Grèce, Constantinos Bacouris, explique à FRANCE 24 que la bataille est loin d’être gagnée malgré des efforts entrepris depuis un an par l'État grec.

FRANCE 24 : Quelle est, à votre avis, l’importance de la corruption et de l’évasion fiscale dans les problèmes actuels de l’économie grecque ?

Constantinos Bacouris : Nous pensons que la corruption est l'une des principales causes de la crise en Grèce. Elle a largement favorisé l’évasion fiscale qui représente au moins 30 % du PIB. En tout, l’État perd entre 18 et 20 milliards d’euros par an à cause de l’évasion fiscale.

Évidement, ce phénomène existe dans tous les pays mais en Grèce il est particulièrement important. Si le gouvernement réussissait à le réduire à environ 3 % du PIB, il pourrait engranger aux alentours de 10 milliards d’euros par an de plus !

F24 : Les mesures de rigueur prises par la Grèce vont peser sur les épaules des Grecs, est-ce que cela pourrait favoriser davantage l’évasion fiscale et l’économie parallèle ?

C.B. : Il est encore trop tôt pour le dire. Le risque existe car l’augmentation des impôts et la réduction de certaines prestations sociales peuvent pousser des contribuables à chercher à payer moins d’impôts.

Mais, il y a également eu une série de mesures décidées ces derniers temps par le gouvernement qui augmente sensiblement le risque pour les éventuels fraudeurs. Il sera intéressant de voir comment les Grecs vont arbitrer entre la tentation de la fraude et la peur d’être rattrapés par le fisc.

F24 : Quelles sont les mesures prises par le gouvernement pour combattre l’évasion fiscale ?

C.B. : L’une des mesures phares, décidée l’année dernière, a été d'inciter les contribuables à présenter leurs factures. En effet, les premiers fraudeurs sont les professions libérales (médecins, architectes, avocats) et les petites entreprises (plombiers ou les restaurateurs). Le gouvernement leur a promis des réductions d’impôts s’ils présentaient volontairement leurs factures. L’opération a bien fonctionné en 2010… à tel point d’ailleurs que le fisc s’est plaint d’avoir dû accorder trop de cadeaux fiscaux.

Par ailleurs, l’administration va dorénavant effectuer davantage de contrôles surprises dans les restaurants et les cabinets médicaux ou d’avocats. Le gouvernement a également décidé de mettre en place des juridictions chargées spécialement des délits économiques et va déployer une police économique pour traquer les fraudeurs.

Enfin, le 15 septembre, l’État prévoit de rendre publique la liste de tous les contribuables gagnant plus de 150 000 euros par an et qui n’ont pas payé leurs impôts. C’est une mesure controversée qui bute actuellement sur des problèmes de protection de la vie privée.

F24 : Ces mesures ont-elles pour l'instant été efficaces ?
C.B. : Pour la première fois, la corruption et l’évasion fiscale ont reculé l'année dernière d’après notre rapport. Mais dans l’ensemble, l’effet des politiques est médiocre. Le gouvernement s’est certes beaucoup agité, a fait voté plusieurs lois qui vont dans le bon sens, mais aucune n’a encore été pleinement appliquée. L’administration fiscale est très lente à réagir, la justice est engorgée et aucune condamnation n’a encore été prononcée contre un fraudeur.

Et puis surtout, je pense que le gouvernement se trompe de combat. Certes, il a pris des mesures pour forcer les gens à payer leurs impôts aujourd’hui, mais il est nécessaire qu’il s’occupe aussi de la situation à plus long terme. Il y a en Grèce une culture de l’évasion fiscale contre laquelle il faut lutter. Et pour cela, il est nécessaire d’attaquer le problème à la racine en donnant l’exemple. Ce sont nos dirigeants qui doivent changer, afin qu’il n’y ait plus de scandales au plus haut niveau de l’État. On peut ainsi se demander pourquoi le gouvernement n’a pas encore introduit plus de transparence dans le financement des partis politiques.

Première publication : 02/09/2011

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