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Culture

11-Septembre : Au plus près du World Trade Center

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 10/09/2011

Photographe et documentariste, Klaus Reisinger se trouve par hasard à New York lorsque le plus grand attentat terroriste de l’Histoire frappe les États-Unis, le 11 septembre 2001. Il fut l’un des premiers photographes au pied du World Trade Center.

"Si j’avais pu traverser le pont de Brooklyn quelques minutes auparavant, je serais toujours sous les décombres du World Trade Center"... Heureusement, Klaus Reisinger, photographe autrichien, ne peut se faufiler entre les barrages de police installés en urgence à la sortie du pont de Brooklyn, à New York, au moment où la deuxième tour s'écroule, ce matin du 11 septembre 2001. Profitant du chaos et de la stupeur générale, il échappe à la vigilance policière pour être l’un des premiers à arriver sur les lieux.

Alors que Klaus Reisinger avait abandonné le photojournalisme pour se consacrer à la photo animalière et au documentaire, il n’a pas pu résister à l'appel de l’actualité quand les avions ont frappé, à 8h46 et 9h03, les tours nord et sud du World Trade Center. "Un événement comme le 11-Septembre est unique", souligne-t-il. Ce matin-là, avant tous les autres photographes, il a donc capturé la poussière, les ombres grises et bleues, la détermination des pompiers, le néant, la désolation. Au total, une centaine de photos qu'il expose actuellement à Paris pour la première fois, à la galerie Polka. Il aura fallu dix ans pour les développer et les montrer. Dix années pour "digérer, comprendre et analyser les faits".

"J’ai tout de suite pensé aux conséquences…"
 
2001- 2011 : L'Amérique traumatisée
Réflexe de ses années de reportages de guerres, le photographe autrichien fonce au plus près du désastre.  Ni héros, ni kamikaze, il fait juste son métier de journaliste : regarder et témoigner.  "J’ai tout de suite pris conscience qu’il s’agissait d’une attaque et non d’un accident. Immédiatement, j’ai pensé aux conséquences pour l’avenir. J’ai pensé à la guerre. Je me demandais s’il s’agissait d’une attaque nucléaire, si on allait tous y rester. Je ne pouvais pas ne pas y aller", raconte Klaus Reisinger à FRANCE 24.

Sans reprendre son souffle, ralentissant à peine sa course, il pointe le vieux boîtier Nikon qu’on lui a prêté sur les New-Yorkais affluant vers lui sur le pont de Brooklyn pour tenter d’échapper au nuage de cendres qui s’abat sur la ville. " Quand la tour sud est tombée, tous les gens ont fui. La police a évacué tout le périmètre. Moi je suis allé dans l’autre sens. Mon but était d’aller au plus près de la scène. Pour les métiers de l’image, c’est l’instant qui compte. Après c’est trop tard ", explique le photographe.
 
Le chaos et la lumière
 
"Au plus près", il ne règne que l’obscurité et le silence. Devant une caserne intégralement soufflée par la chute des tours, un pompier à la retraite, venu prêter main forte à son ancienne brigade, se tient les bras ballants, étouffé par ses larmes et la poussière. Aucun de ses ex-collègues n’a survécu ; ils sont tous enfouis sous les décombres. Klaus se poste à côté du vieil homme, et en silence, ils attendent. De recouvrer la vue et leurs esprits. Quand enfin la poussière se dissipe, ils découvrent l’étendue des dégâts : sous leurs yeux, un champ de ruines, les vestiges d'une ville étouffée par les cendres. Des deux tours, il ne reste que des carcasses fantomatiques. Klaus Reisinger appuie sur le déclencheur. 
 
"Entouré par les deux bras de la rivière [Hudson river, ndlr], Manhattan est balayé par  des courants d’air. Ça dégageait la poussière bizarrement dans les rues. On passait du noir à une rue totalement claire. C’était une journée sublime, le ciel était bleu, magnifique ; comme une carte postale. La fumée bougeait beaucoup. La lumière était extrêmement dynamique mais mes photos n’ont rien d’esthétisant", se justifie-t-il.

"Les victimes n’existaient pas"


Avec un étudiant turc "sorti de nulle part", Klaus se joint à trois autres pompiers qui partent en quête de survivants dans l’immeuble numéro 5 du World Trade Center. Étage par étage, pièce par pièce, le petit groupe passe en revue le bâtiment, des fondations jusqu’au toit, malgré les flammes qui l’attaquent. "On hurlait pour vérifier que personne n’était coincé dans les décombres", se remémore-t-il avec une précision non altérée par le temps. Mais leurs cris se perdent dans le silence.
 
Le World Trade Center est réduit à un amas de béton, d’acier, de verre et de cendre. Klaus Reisinger photographie la catastrophe urbaine. Mais de la catastrophe humaine, il ne voit rien. La terre a avalé les corps : "Les victimes n’existaient pas. Tous les "jumpers" (sauteurs) avaient disparu. Le sol de Manhattan était descendu de plusieurs mètres. Finalement on a trouvé une main et un bout de corps. Mais rien d’autre. Et je n’ai pas voulu les prendre en photo. Ça n’avait pas de sens. "
 
Documenter l'Histoire
 
Klaus Reisinger prend une centaine de photos - très peu, jusqu’à ce qu’il soit reconduit à l’extérieur du site du World Trade Center, quelques heures plus tard, par les forces de sécurité et les secours. Les deux jours suivants, il ne retourne pas sur le site, trop affaibli par les inhalations de fumée et de poussière.  
 
Il estime par ailleurs avoir accompli la tâche qui lui était impartie. La suite ne manquerait pas de témoins : le 11-Septembre est à ce jour l’événement le plus photographié de l’Histoire.  Aux photographies des reporters, se sont ajoutées celles, innombrables, des témoins : "Ce n’était plus mon boulot. J’ai repris quelques photos  de personnes en deuil mais j’ai perdu mes négatifs. De toute façon, ce n’était plus mon histoire : d’autres photographes ont pris la relève et ce n’est pas la peine de faire tous la même chose. Chacun apporte sa petite contribution à la documentation de l’Histoire. Et quand on aligne toutes ces contributions, on peut voir l’événement en entier", analyse-t-il.
 
Klaus Reinsinger n'aura développé et publié que deux pellicules après le 11-Septembre. Les autres films ont été rangés dans un tiroir... et dans un coin de sa mémoire. Il est ensuite parti en Birmanie six mois pour "filmer les éléphants".
 
Crédit photo : Klaus Reinsinger / Signatures / Courtesy Galerie Polka
 
Galerie Polka
Exposition collective "In memoriam".
du 10 septembre au 5 novembre 2011
12 rue St Gilles, 75003 Paris
Gratuit

 

 

Première publication : 06/09/2011

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