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Moyen-orient

Reconnaissance d'un État palestinien : "Paris mène une diplomatie d’équilibriste"

©

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 20/09/2011

Alors que l’Autorité palestinienne entend demander une adhésion à part entière à l'ONU, la France s'active pour éviter qu'une crise diplomatique internationale n'éclate lors de la prochaine assemblée générale de l'organisation. Décryptage.

Le compte à rebours a commencé. Confronté à l'impasse du processus de paix avec Israël, l’Autorité palestinienne entend demander une adhésion à part entière aux Nations Unies, et de fait une reconnaissance en tant qu’État, le 23 septembre, en marge de l’Assemblée générale de l’institution - qui s’ouvre le à New York le 13 septembre. Un État conforme aux frontières du 4 juin 1967, antérieures à la Guerre des Six jours, c'est-à-dire composé de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et dont la capitale serait Jérusalem-Est.

Cette initiative a été rejetée en bloc par les Israéliens. "La demande unilatérale des Palestiniens constitue une violation des engagements pris par les Palestiniens dans leurs accords signés avec Israël", a déclaré, fin août, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. De son côté, la diplomatie française s’active depuis quelques semaines pour éviter une confrontation diplomatique "stérile et dangereuse" à l’ONU, selon les termes du ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé.

Crise diplomatique en vue

Et pour cause, la démarche palestinienne ne manquera pas de se heurter à une opposition ferme des Etats-Unis, alliés traditionnels de l’Etat hébreu. Washington menace en effet de faire échouer la requête en utilisant son veto au Conseil de sécurité, si l’Autorité palestinienne, qui n’a pas encore dévoilé sa stratégie, choisi de formuler sa demande auprès de cet organe.

Redoutant les effets dévastateurs d’une crise diplomatique internationale, Paris "mène une diplomatie d’équilibriste", confie à FRANCE 24 sous couvert d'anonymat un ancien diplomate français basé au Moyen-Orient. Selon lui, Paris s’est fixé trois objectifs ambitieux : ménager les Etats-Unis et l’Etat hébreu, qui risquent de se retrouver isolés à l’ONU en cas de veto, sauvegarder les chances d’une reprise du processus de paix en évitant l’enveniment de la situation, et surtout trouver une solution médiane afin de répondre le plus favorablement possible à l’initiative palestinienne.

Sur ce dernier point, la France n’a jamais caché ses intentions. Mi-mars, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, avait déclaré que la reconnaissance par l'Union européenne d’un futur État palestinien était "une hypothèse qu'il faut avoir en tête" en l'absence d'accord de paix avec Israël. Un point de vue confirmé par l’Elysée dans un entretien paru début mai dans l'hebdomadaire L'Express avec le Président français, Nicolas Sarkozy, qui avait alors laissé entendre que la France "prendra[it] ses responsabilités sur la question centrale de la reconnaissance de l'Etat palestinien " si le processus de paix était toujours au point mort en septembre.

Cette détermination s’est traduit, la semaine dernière, par le limogeage du Quai d’Orsay de la représentante spéciale de la France pour le processus de paix au Proche-Orient, Valérie Hoffenberg, qui s’était déclarée "à titre personnel" opposée à la demande d'adhésion palestinienne à l'ONU, dans un entretien accordé à l’AFP, à Tel-Aviv.

Le Vatican pour modèle

Pour parvenir à ses fins, Paris milite donc pour une solution intermédiaire qui consisterait à convaincre les Palestiniens d’opter pour "un modèle dont jouit le Vatican", confie l’ancien diplomate. Selon cette procédure, l'Autorité palestinienne se verrait offrir un statut d’Etat observateur permanent de l’ONU. Une solution qui permettrait à la fois aux Palestiniens d’adresser directement leur demande à l’Assemblée générale, où ce statut est obtenu après un vote à la majorité des 193 Etats membres, et de contourner un veto américain au Conseil de sécurité, mais qui ne leur offrirait pas une reconnaissance à part entière en tant qu’Etat.

Cette solution a été jusqu’ici écartée par l’Autorité palestinienne. Ainsi le ministre des Affaires étrangères palestinien, Riad al-Maliki, a confié à des médias locaux que ce statut n’était pas opportun. D’autant que, selon lui, "les Palestiniens peuvent obtenir le statut d’Etat observateur à tout moment, car ils disposent déjà de la majorité des voix des Etats membres". De son côté, l’ambassadeur et chef de la Mission de Palestine en France, Hael al-Fahoum, assure à FRANCE 24 que les dirigeants palestiniens n’ont reçu aucune proposition officielle de ce type, qu’elle soit française ou européenne. "Nous soutenons cependant le dynamisme de la diplomatie française qui peut aboutir à une solution acceptable", tient-il à préciser.

L’UE divisée

Pour convaincre les Palestiniens "de ne pas placer la barre trop haut, Paris doit d’abord convaincre les Européens, pour avoir encore plus de poids", analyse l’ancien diplomate. Or la tâche est compliquée. Les 27 membres de l’Union européenne ont des positions hétérogènes vis-à-vis de la démarche palestinienne. Ainsi par exemple, les Pays-Bas, mais aussi l'Allemagne, sont opposés à des initiatives "unilatérales", tandis que l'Espagne notamment dit soutenir la démarche palestinienne.

"Les 27 pays de l'Union européenne doivent s'exprimer d'une seule voix. Ensemble, nous devons assumer nos responsabilités. La France [...] va prendre des initiatives, nous voulons l'unité de l'Europe", martelait le président Sarkozy mercredi dernier, devant les ambassadeurs de France.

Lors d'une audition devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, en mars, Alain Juppé avait affirmé que "reconnaître l'État palestinien tout seul, cela ne sert à rien".

Réunis début septembre pendant deux jours à Sopot, en Pologne, les ministres européens des Affaires étrangères se sont gardés d’annoncer une position commune avant l'Assemblée générale de l'ONU.

A l’issue des entretiens avec ses homologues européens, le chef de la diplomatie française a d'ailleurs reconnu qu'une position commune des Vingt-Sept n'était pas encore à portée de main. "Ce serait trop beau, c'est trop tôt", a-t-il dit, laissant présager la complexité de la tâche du Quai d’Orsay.
 

Première publication : 07/09/2011

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