Dernière modification : 15/06/2012 

- Affaire Mediator - Justice - Santé - Xavier Bertrand


Le laboratoire Servier, entre grandeur et décadence

Le laboratoire Servier, entre grandeur et décadence

Le laboratoire Servier est dans la tourmente. Au cœur du scandale du Mediator, qui aurait provoqué au moins 500 décès en 30 ans, la Fondation est l’objet de plus d’un millier de plaintes. Focus sur ce fleuron de l’industrie pharmaceutique française.

Par Gaëlle LE ROUX (texte)
 

"Nous sommes un groupe d’hommes et non de capitaux", peut-on lire en gras sur le site internet du groupe pharmaceutique Servier. Le groupe l'assène : le bien-être des patients, de ses employés, des médecins se trouve au cœur de ses préoccupations… En haut de la page trône un portrait de son fondateur, le nonagénaire Jacques Servier, le regard droit, bleu acier, le sourire franc. Il inspire confiance.

Pourtant, incapable d'éteindre l'incendie allumé par le scandale du Mediator, le laboratoire peine à sauver les apparences. L’association des victimes du Mediator, médicament censé lutter contre l'obésité, et de l’Isoméride, autre médicament du groupe interdit de commercialisation, a collecté plus d’un millier de plaintes contre Servier. La révélation mercredi par le journal Libération d’un nouveau scandale impliquant cette fois le Protelos, un médicament contre l’ostéoporose dont Servier aurait dissimulé les effets secondaires, enfonce le clou et pourrait achever de ruiner la réputation de l’entreprise.

Un fonctionnement peu transparent

Jusqu’à la révélation du scandale en 2009, l’histoire du laboratoire Servier ressemblait à une véritable success story. Parti du rachat, juste après la Seconde Guerre mondiale, d’une usine de fabrication de sirop à Orléans, Jacques Servier, pharmacien de formation, s’est peu à peu constitué un véritable empire. Implanté dans 140 pays, il emploie près de 20 000 personnes à travers le monde, dont 5 000 en France. Son chiffre d'affaires est estimé à 3,7 milliards d’euros dont 25 % consacrés à la recherche. Sans être un poids lourd de l’industrie pharmaceutique au niveau international, il occupe une place importante en France, où ce secteur est l’un des fleurons de l’activité industrielle nationale.

Sur le papier, Servier cultive une image très lisse : pionnier en matière de parité homme-femme, salaires de 15 à 20 % plus élevés que dans les autres laboratoires… Mais à la lumière des évènements récents, le laboratoire et son fondateur offrent un tableau moins glorieux. Jacques Servier, seule figure publique du groupe, écrit la légende de l'entreprise à son gré. Personne n’a accès à ses comptes. Depuis son statut de fondation en 1998, les chiffres avancés par Servier sont invérifiables.

L’opacité ne se limite pas aux comptes. En 2010, le Canard Enchaîné et le Nouvel Observateur rendent publiques les méthodes douteuses de recrutement. Servier aurait eu recours à d’anciens membres des services secrets pour mener des enquêtes poussées sur des candidats. Dans le Journal du Dimanche paru en janvier dernier, un grand ponte de la communication parisienne témoigne avoir été éconduit par le groupe car l’enquête de personnalité de son assistante démontrait que son mari avait été communiste. À Servier, selon le Canard Enchaîné, on n’aime pas les personnes "de gauche", "syndiquées" ou "contestataire".

Mauvaise réputation

Dans le milieu médical et pharmaceutique, Servier est connu comme le loup blanc, notamment en ce qui concerne ses méthodes de vente. "À une époque, certains médecins de ville ont dit que les visiteuses médicales n'étaient rien d'autre qu'un bataillon de nanas toutes plus jolies les unes que les autres qui savaient utiliser leurs atouts pour favoriser la prescription de leurs produits par les praticiens", raconte Antoine Vial, spécialiste de l'information médicale, membre, entre autres, de la Haute autorité de santé et du conseil d’administration de la revue médicale indépendance ‘Prescrire’.

"Ce laboratoire fait partie de ceux qui n'ont pas eu les pratiques les plus respectables d'un point de vue éthique. Servier a appliqué des méthodes dévoyées dans un certain nombre de domaines tels que la communication, la visite médicale, le lobbying, etc.". Le laboratoire est, par exemple, parvenu à placer ses "agents" dans l’administration et jusqu’au cœur du monde politique. Un jour, au cours d’une conférence, Jacques Servier se serait penché vers un haut fonctionnaire et lui aurait glissé : "Je me suis entendu avec beaucoup de vos prédécesseurs et tous ont fait une belle carrière", selon une anecdote rapportée par Le Nouvel Observateur en janvier 2011. Fait chevalier de la Légion d’honneur par Dominique Strauss-Kahn, alors ministre du Commerce en 1992, il a été élevé à la grand-croix par Nicolas Sarkozy en 2008. C’est d’ailleurs le cabinet d’avocats de l’actuel chef d’État qui s’est chargé de gérer la création de la Fondation Servier en 1998…

Interdictions de commercialisation

Par ailleurs, les médicaments de Servier ne jouissent pas d’une excellente réputation. "Servier a mauvaise réputation depuis longtemps, le monde médical sait que ses médicaments ne sont pas ou sont peu efficaces, à quelques exceptions près", affirme un autre expert du monde médical, qui, comme la majorité des personnes contactées par FRANCE 24, souhaite rester anonyme. L’affaire du Mediator a au moins eu le mérite de révéler au grand public ce qui se disait entre médecins et chercheurs de l’industrie.

Ce n’est cependant pas la première affaire à laquelle est confrontée Servier. En 1997, deux des médicaments phares du laboratoire, les coupe-faim Pondéral et Isoméride (Redux aux États-Unis), sont retirés de la vente en catastrophe. Une étude parue en 1996 établissait un lien entre l’absorption d’Isoméride et le développement d’une maladie souvent mortelle : l’hypertension artérielle pulmonaire. Pour le laboratoire, pas de panique, le retrait de ces médicaments des officines n’est qu’une "mesure d’extrême précaution". En réalité, les études médicales sur lesquelles s’appuient ces mesures d’interdiction tiraient le signal d’alarme depuis déjà deux ans. Pire, une autre étude publiée en 2006 établit que des patients ont continué de développer de graves pathologies dix ans après l’arrêt de la prise de l’Isoméride.

En 2006, c’est au tour du Locabiotal, antibiotique pulvérisable dans le nez ou la bouche, d'être frappé d’une mesure d’interdiction de commercialisation. Cette fois, le médicament n’est pas considéré comme dangereux pour les patients, mais il est jugé complètement inefficace. Pour l’Afssaps, en plus de "l’absence d’intérêt thérapeutique" du Locabiotal, ce médicament contribue à "l’apparition de bactéries résistantes" par "l'utilisation inadaptée d'antibiotiques".

Le scandale du Médiator éclate, Servier nie

En 2009, l’Afssaps suspend l’autorisation de mise sur le marché du Mediator, médicament commercialisé depuis trente ans sous l’étiquette d’un antidiabétique, mais qui n’était en réalité qu’un coupe-faim. L’affaire éclate lorsqu’une pneumologue de l’hôpital de Brest, Irène Franchon, publie un livre choc intitulé ‘Mediator 150 mg : combien de morts ?’ (le titre deviendra "Mediator 150 mg : sous-titre censuré" à la suite d’une décision judiciaire). Les révélations font froid dans le dos : Servier aurait modifié les conclusions des études cliniques pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché, ôtant notamment toute référence aux effets coupe-faim du Mediator. Le médicament aurait provoqué entre 500 et 2 000 décès, selon différentes études réalisées à la demande de l’Afssaps.

Encore une fois, Jacques Servier nie. "Nous n’avons rien à nous reprocher", affirme-t-il lors de ses vœux en janvier 2011, et ce, malgré la publication quelques jours avant d’un rapport accablant de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas). Dans un document remis en ligne ce mercredi après les révélations de Libération, le laboratoire qualifie les conclusions de l’Igas de simples "hypothèses".

"Les annonces faites dans les médias ont créé un climat de méfiance, voire de défiance, qui ne peut que nuire à la prise en charge des patients", poursuit le communiqué. Pour l’heure, lâché par les politiques – Xavier Bertrand, ministre de la Santé, vient de l’appeler à changer d’attitude –, sous le feu des médias et dans le collimateur de la justice, c’est le laboratoire lui-même qui est en bien mauvaise passe.
 

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(10) Réactions

servier

servier "Son chiffre d'affaires est estimé à 3,7 milliards d'euros dont 25 ... Par ailleurs, les médicaments de Servier ne jouissent pas d'une excellente réputation. .... C'est facile : que tous les malades refusent tout médicament fabriqué par Servier. ... voici ce qui est écrit dans votre article "Quand on connait bien le domaine, on peut se rendre à quel point .." oui, mais comment se procurer la liste de ce qu'ils fabriquent, et aussi des génériques qui en découleraient ?? je n'ai pas trouvé sur leur site english. Pourriez vous m'aider s'il vous plait ?? D'AVANCE, MERCI

mediator

j'en ai pris depuis 1998, je suis la mais j'ai quand meme un probleme de valve mais mon medecin n'a pas jugé bon que je depose une plainte malgre un cancer vient il de la je ne sais peut etre que quelqu'un pourrait me renseigner merci

Réponse au docteur JC

Je comprends très bien ce genre de réaction pour quelqu'un qui travaille avec des médicaments? Que pensez vous de l'homéopathie? Vous pensez que c'est nul? comme l'acupuncture et autre? Évidemment, on ne pouvait attendre autre chose, il serait tout de même important pour vous et vos collègues de vous souvenir d'où vient la médecine actuelle; à ce moment là vous pourrez apprécier les méthodes originales dont découle votre science actuelle à leurs justes valeurs. De plus, vous pensez toujours pathologie, connaissez vous la Salutologie? Non? Dommage, c'est l'autre partie de l'organisme, celle qui continue à bien fonctionner et qui peut se passer de médicaments et qui, si on l'aide un peu, peut aussi souvent guérir ce pour quoi vous prescrivez des médicaments dont l'effet est très discutable...

aaa

«Si quelqu'un parmi vous croit être religieux, et bridleth pas sa langue, mais en trompant son propre cœur, la religion de cet homme est vaine.
http://goo.gl/qKTYa

complicité

il n'a pas pu mettre sur le marché ses faux médicaments sans complicités ni arrangements entre amis

quelle crédulité

ce ne sont pas les dépenses de médicaments qui coutent chers mais tout le fric versé aux firmes pharmaceutiques... et vous croyez encore que vous êtes la cause du trou de la sécu.
mes pauvres, quelle crédulité.. la culpabilisation fonctionne bien

MERCI

Merci Dr JC, enfin quelqu'un qui ne va pas avec le courant..... il ne sert à rien de crier avec les loups, essayer tous de crier avec vos mots (maux ?) et surtout vos idées. Ne prenez pas les informations que l'on vous sert comme argent comptant, vérifiez, opposez, réflechissez.... vous verrez, vous en êtes capable, et alors vous pourrez dire merci Dr JC, vous avez raison sur ce fait, maintenant sur le reste, je n'en suis pas si sûr (pas eu le temps de contrôler....), mais travaillant dans la communication médicale... je vois des choses aussi.... mais pas chez Servier

Donne la patte...

Ils sont bien dressés les agré-menteurs chez Servier!

Mettez Servier en faillite.

Mettez Servier en faillite. C'est facile : que tous les malades refusent tout médicament fabriqué par Servier. Il y a d'autres médicaments similaires fabriqués par d'autres laboratoires. Quand Servier ne vendra plus ses médicaments, le problème sera réglé. Pas de vente pas d'argent, pas d'argent pas de survie. Et finalement les malades recevront des médicaments valides faisant effet et non plus des "placebos" coûteux qui remplissent les poches des gens avides.

Des articles malhonêtes !

Ces articles de dénigrement sont une honte et un parfait exemple de désinformation ! Quand on connait bien le domaine, on peut se rendre à quel point l'on peut être désinformé en France.
Ce groupe commercialise parmi les meilleurs médicaments cardiovasculaires au monde : Le perindopril, l'indapamide et leurs associations. Renseignez vous! Et surtout auprès d'autres personnes que ceux qui autorisent le remboursement de l'homéopathie. On veut préserver la sécurité sociale : alors abordons les vrais sujets. Tous ces médicaments, après des dizaines d'années de commercialisation sont aujourd'hui reconnus parmi les meilleurs antihypertenseurs, et ce sur la base d'études majeures et solides. Comme aucun journaliste ne s'exprimant sur cette affaire n'est suffisamment compétent, il suffit de citer... des personnes voulant rester anonymes !!! On rêve... Et puis si l'on interroge les membres de l'administration, on parle de "loup blanc". 2 hypothèses : ou bien ces gens sont des couards complices (et dans l'administration, avec la sécurité, doit quand même falloir en avoir une sacré couche pour ne pas parler...), puisqu'ils savent tout depuis si longtemps... ou bien ce sont de soudain vertueux car il est très de bon ton aujourd'hui de critiquer l'industrie... surtout quand on est pas assez performant pour y être embauché. Et puis surtout ne comptez pas sur les autres firmes pour soutenir Servier qui dispose de médicaments (cf) qui résistent à toutes les campagnes marketing de produits bien moins efficaces. Vérifiez ! (Et surtout auprès de gens n'ayant réellement pas de conflit d'intérêt... comme ceux qui s'expriment sur le sujet par exemple, vérifiez sur la revue 50 millions de consommateurs). Se mêlent à çà les intérêt de la campagne présidentielle... Il y a les lâcheurs d'un côté, qui redoutent tout éclaboussement (oui oui) et les autres, ceux qui parlent de compromission. Concentrez vous sur les faits : Le Protelos a été "blanchi" par le rapport même de l'AFFSAPS (Postérieur au fait soulevé par Libé ! regardez les ITW de son président !) mais évidemment aucun journaliste ne reprend ces informations : celà ne ferait pas vendre. Faire du scandale à tout prix est devenu le seul moteur de la presse... Pauvre profession.
Enfin parler de "belles nanas" est tout simplement nullissime. Finalement les vertueux de l'affaire Strauss-kahn, les féministes d'un jour ou du bon mot, sont bien ceux que l'on retrouvent dans les contre-allées peu éclairées... Mais nous comprenons tous que celà fasse déchainer la presse qui préfère mettre des laidrons en prime time, via des CV anonymisés... C'est bien connu... Allez On en reparle entre gens compétents... Non ? Au fait, renseignez vous sur d'autres scandales comme ceux du VIOXX, des glithazones, des sartans et puis des médicaments qui sont toujours sur le marché et qui sont des anorexigènes...

 
 
 
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