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Economie

Avec .xxx, la pornographie étend son domaine sur le Net

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 08/09/2011

Depuis mercredi, les professionnels du porno et ceux qui veulent s'éviter un cybersquattage embarrassant peuvent réserver leur adresse Internet en ".xxx". Un nouveau nom de domaine qui a pourtant failli ne jamais voir le jour...

Le "quartier rouge de l’Internet" est en passe de devenir réalité. Depuis mercredi, les propriétaires de sites, notamment pornographiques, qui souhaitent disposer d'une extension en ".xxx" peuvent désormais en faire la demande auprès de la société californienne ICM Registry, qui en est propriétaire.

Il ne s’agit toutefois, pour l’instant, que de la première phase, poétiquement baptisée "Lever de soleil", du déploiement de ce nom de domaine controversé. Pendant 50 jours, seuls les professionnels du porno ayant déjà un site (en ".com" ou autres) ou ceux qui veulent en protéger un contre le cybersquattage peuvent s’inscrire.

Ces derniers auront ensuite de nouveau trois semaines pour inscrire toute autre adresse Internet encore disponible en ".xxx". Enfin, à partir du 6 décembre, n’importe quel internaute pourra se joindre à la foire au triple X. Le droit d’exister dans ce nouvel univers grivois coûtera 60 dollars par adresse et par an… Les hébergeurs, tel GoDaddy, ont par ailleurs annoncé qu’ils factureront entre 10 et 30 dollars supplémentaires par an pour abriter un site en ".xxx". Des loyers virtuels qui sont bien supérieurs aux 15 à 20 dollars annuels nécessaires pour un ".com" lambda.

ICM Registry estime que, lors du lancement du ".xxx" en décembre, 150 000 sites au moins verront le jour avec la nouvelle extension. Stuart Lawley, son PDG, espère que le chiffre des 500 000 sera rapidement atteint. A ce seuil, l’entreprise engrangerait alors un pactole de 30 millions de dollars par an…

"Empire du mal"

L’opération pourrait donc s’avérer juteuse pour la société. Pour assister à la reconnaissance de ce nouveau nom de domaine par l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann) - l’autorité mondiale de régulation des noms de domaine sur le Web -, Stuart Lawley a cependant dû batailler pendant plus de 10 ans et investir quelque 20 millions de dollars en lobbying et autres dépenses d’infrastructures.

En effet, lorsqu’il soumet pour la première fois sa demande en 2000, l’Icann la rejette presque immédiatement. Mais Stuart Lawley ne se décourage pas. Celui-ci met au point son argumentaire et revient à la charge quatre ans plus tard, expliquant que le ".xxx" permettra aux parents de filtrer beaucoup plus facilement les sites déconseillés au moins de 18 ans. Un discours auquel l’Icann semble plus réceptive, puisqu’elle annonce en 2005 qu’elle va accepter la demande.

C’était sans compter sur l’émergence d’une opposition tous azimuts contre l’initiative qui parvient à faire échouer une nouvelle fois le projet en 2006. Aux Etats-Unis, la droite chrétienne et les associations de défense des valeurs familiales font de son blocage une nouvelle croisade, jugeant qu’il s’agit là d’"une porte ouverte aux pornographes pour étendre leur empire du mal sur l’Internet". Plus surprenant, l’industrie du X se joint aux critiques. Selon elle, le ".xxx" permettrait de censurer plus facilement leurs activités numériques.

Ce n’est qu’après trois autres tentatives de la société ICM que l’Icann cède, le 18 mars 2011, lors d’un vote remporté à une courte majorité (9 votes pour, 4 contre et 3 abstentions). "Après cette approbation, mon téléphone n’a pas arrêté de sonner", raconte Stuart Lawley au quotidien britannique The Independant. Dans les jours qui ont suivi la décision de l’Icann, le patron d'ICM aurait reçu plus de 900 000 demandes informelles de création d’adresses en ".xxx".

Reste désormais à gérer un autre problème : éviter des débordements qui pourraient nuire à l’image de son entreprise. Comme, par exemple, voir le nom de certaines personnalités, tels Barack Obama ou Angelina Jolie, utilisé pour renvoyer à des sites pornographiques. A cette fin, la société est donc en train d’établir une liste de célébrités dont le patronyme ne pourra être décliné en ".xxx"…

Crédit photo : ssoosay/Flickr

Première publication : 08/09/2011

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