Ouvrir

À suivre

Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

MODE

La mode de 2014 marquée par une douce révolution et une prise de conscience des créateurs.

En savoir plus

JOURNAL DE L’AFRIQUE

Centrafrique : calme précaire dans la capitale, violences en province

En savoir plus

JOURNAL DE L’AFRIQUE

Au Cameroun, la population se mobilise pour l'éducation

En savoir plus

#ActuElles

Canada : les mystérieuses disparitions des femmes autochtones

En savoir plus

REPORTERS

Le meilleur des grands reportages de France 24 en 2014

En savoir plus

7 JOURS EN FRANCE

Retour sur les temps forts de l’année 2014

En savoir plus

REVUE DE PRESSE

"Un troisième Bush à la Maison Blanche ?"

En savoir plus

DÉBAT

CAN-2015 : un défi pour le continent africain

En savoir plus

L'ENTRETIEN

"Il faut que Pékin réévalue ses politiques dans les régions tibétaines"

En savoir plus

Moyen-orient

"Abbas sait pertinemment que sa demande ne peut aboutir"

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 20/09/2011

Mahmoud Abbas doit déposer vendredi une demande d’adhésion d’un État de Palestine à l’ONU. Une requête qui a peu de chances de voir le jour, estime Jean-Paul Chagnollaud, politologue spécialiste de la question palestinienne.

État membre et état non membre de l'ONU

Actuellement, 193 États sont membres de l’ONU. Conformément à sa Charte, "tous [les] États pacifiques qui [en] acceptent les obligations" et dont la candidature a été validée par l’organisation peuvent y adhérer. Sur recommandation du Conseil de sécurité, c’est l’Assemblée générale qui décide de l’adhésion ou non d’un État candidat.

Il existe également un statut d’État non membre de l’ONU qui permet aux pays, organisations ou entités qui en bénéficient d’être associés à une ou plusieurs institutions spécialisées des Nations unies, comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou l’Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), etc. Ce statut permet de demander également celui d’observateur permanent au sein des Nations unies et d’assister ainsi à la plupart de ses réunions ou d’en consulter la documentation. Le Vatican et l’Autorité palestinienne (Mission permanente d’observation de la Palestine auprès de l’Organisation des Nations unies) en bénéficient par exemple.

Le chef de l’Autorité palestinienne demandera vendredi l’admission à part entière d’un État de Palestine à l’ONU à partir de ses frontières de 1967. Il inclurait la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est pour capitale. Une demande qui suscite la polémique. Les divisions entre pays sont telles que depuis une semaine s’orchestre un ballet diplomatique au siège des Nations unies à New York afin de négocier en coulisses pour éviter une confrontation entre Palestiniens et Israéliens soutenus par les Américains. Jean-Paul Chagnollaud, politologue spécialiste de la question palestinienne et directeur de l’IReMMO (Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen Orient) décrypte cette situation.


FRANCE 24 : Quel objectif poursuit Mahmoud Abbas en demandant à l’ONU de reconnaître l’État de Palestine ?

Jean-Paul Chagnollaud : Le chef de l’Autorité palestinienne sait pertinemment que sa demande ne peut aboutir puisque les États-Unis ont d’ores et déjà annoncé qu’ils opposeraient leur veto lors du vote au Conseil de sécurité, vendredi. À travers cette démarche, Mahmoud Abbas cherche avant tout à se positionner politiquement.
Le scénario le plus probable serait que l’Assemblée générale de l’ONU adopte une résolution reconnaissant la Palestine comme un état "non membre" avec un statut d’observateur permanent, comme c’est le cas par exemple de l’Union européenne. Jusqu’à présent, seule l’OLP [Organisation de libération de la Palestine, mouvement politique incluant notamment le Fatah, parti de Mahmoud Abbas] bénéficie de ce statut. Il s’agirait d’un tremplin important sur le plan diplomatique.

F24 : Barack Obama s’est plusieurs fois exprimé en faveur de la création d’un État palestinien. Pourquoi les États-Unis ont-ils alors annoncé qu’ils mettraient leur veto au Conseil de sécurité de l’ONU ?

J.-P. C. : Toute la question est là : qu’entend-t-on par États-Unis ? D’un côté, il y a Barack Obama, qui a plaidé devant les Nations unies pour "la création d’un nouvel État palestinien" en septembre 2010. Il va même plus loin en déclarant en mai dernier que "les frontières d'Israël et de la Palestine devraient être fondées sur les lignes de 1967". De l’autre côté, il y a le Congrès qui lui barre la route… [En juillet, une résolution a été votée à Washington visant à mettre fin à certaines aides américaines aux Palestiniens, estimées à 450 millions de dollars par an, si Abbas demande la reconnaissance d'un État à l'ONU]. Au final, Obama risque de perdre toute sa crédibilité dans ce dossier…

F24 : Qu’en est-il de la position de l’Union européenne, et notamment de la France, qui ne s’est pas clairement positionnée sur la demande d’Abbas ?

J.-P. C. : Comme à son habitude, l’Union européenne est divisée. L’Irlande et l’Espagne se sont prononcées en faveur de la reconnaissance d’un État palestinien aux Nations unies. L’Allemagne et l’Italie, en revanche, sont clairement contre. Quant à la France, elle tergiverse… mais son vote est très attendu. En effet, Paris a soutenu cette année les révolutions arabes en faveur de la démocratie. Nicolas Sarkozy a par ailleurs déclaré que la sécurité d’Israël passait par la création d’un État palestinien. Si la France affichait son soutien aux Palestiniens devant les Nations unies, ce serait une formidable occasion pour le pays de réaffirmer son implication dans le monde arabe.

L'État palestinien déjà reconnu par une centaine de pays

À ce jour, une centaine d’États reconnaissent déjà la Palestine comme un "État libre et indépendant". Si la plupart font référence aux frontières qui étaient les siennes en 1967, d’autres préfèrent ne pas faire mention de leur tracé. La plupart de ces pays, comme la Russie, la Chine, l’Algérie, le Maroc et l’Égypte, ont adopté cette démarche au lendemain de la déclaration d’indépendance proclamée par le Conseil national palestinien en 1988.

Derniers pays en date à avoir manifesté leur soutien : l’Uruguay, le Honduras et le Salvador qui ont, en 2011, emboîté le pas à de nombreux pays sud-américains, comme le Brésil et l'Argentine.

Au sein de l’Union européenne, on reste divisé sur le sujet : seuls l’Autriche, la Bulgarie, Chypre, la République tchèque, la Hongrie, Malte, la Pologne et la Roumanie ont reconnu la Palestine comme État.

F24 : Pourquoi Mahmoud Abbas fait-il cette demande aujourd’hui ?

J.-P. C. : Tout simplement parce que les pourparlers avec Israël sont bloqués depuis plus de dix ans ! L’État hébreu ne fait aucune concession aux Palestiniens. Quant aux États-Unis, qui ont fait du gel des colonies la pierre angulaire de leur politique au Proche-Orient pour relancer les négociations directes, ils ont également échoué. Aujourd’hui, l’Autorité palestinienne a fini par comprendre qu’elle n’avait aucune chance d’aboutir à un compromis. Elle a donc choisi de s’engager dans la bataille diplomatique. C’est la seule façon pour elle de rouvrir la porte des négociations.

F24 : Quelles seraient les conséquences d’une éventuelle reconnaissance de la Palestine à l’ONU pour les Palestiniens ?

J.-P. C. : Dans un premier temps, ce nouveau statut ne changera rien pour eux au quotidien. Ils n’en tireront aucun bénéfice, bien au contraire… Ils savent en effet qu’ils risquent de perdre l’aide budgétaire que les États-Unis leur allouent chaque année. En outre, selon un sondage, les trois quarts des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza s’attendent à ce qu’il y ait des mesures de rétorsion de la part d’Israël, notamment aux barrages de sécurité. Toutefois, ce même sondage indique que 84 % des Palestiniens estiment que la démarche d’Abbas auprès de l’ONU est légitime.

En fait, ce nouveau statut permettrait surtout aux Palestiniens d’adhérer à plusieurs organisations, comme la Cour internationale de justice (CIJ), la Cour pénale internationale (CPI) et, surtout, à la Quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps d’occupation.


 

Première publication : 19/09/2011

  • ONU

    Reconnaissance d'un État palestinien : "Paris mène une diplomatie d’équilibriste"

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)