Dernière modification : 05/10/2011 

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Dexia, ennemi public numéro 1 des communes françaises ?

Dexia, ennemi public numéro 1 des communes françaises ?

Selon le quotidien français "Libération", la banque Dexia a mis en difficulté plus de 5 000 communes françaises en leur faisant signer des prêts toxiques. Dans certaines collectivités cependant, le constat est plus nuancé.

Par Sébastian SEIBT (texte)
 

“Dexia : la banque qui a ruiné 5 000 communes”. Sous ce titre provocateur, le quotidien français "Libération" a publié, ce mercredi, une enquête sur les pratiques de la banque franco-belge Dexia, connue pour être l’un des principaux bailleurs de fonds des collectivités locales françaises.

Le journal de la rue Béranger, à Paris, a pu avoir accès à un document interne de la banque datant de 2009, qui recense les 5 500 communes et établissements publics français ayant souscrit à des prêts “toxiques”. Dans les années 2000, la banque a, en effet, massivement proposé à ses clients des emprunts dits "structurés" dont les taux d’intérêts évoluent selon un indice de référence, comme un taux de change ou les taux directeurs des banques centrales.

Mais avec la crise financière, ces prêts qui, à l’origine, avaient tout d'une bonne affaire pour les collectivités locales, se sont révélés être un gouffre financier. Les taux ont explosé et, “selon l’estimation faite par Dexia en 2009, le surcoût de ces emprunts était évalué à 3,9 milliards d’euros”, écrit "Libération". Conséquence : les souscripteurs étaient parfois censés rembourser jusqu’à deux fois la somme qu’ils avaient empruntée…

Si le tableau d’ensemble apparaît très sombre, il ne rend toutefois pas forcément compte de toutes les situations sur le terrain. France 24 a donc contacté des responsables de quatre communes pour qu'ils racontent leurs déboires. 

 

Megève (Haute-Savoie)
Emprunts souscrits : 3 835 000 euros
Surcoût estimé: 3 042 000 euros

Lorsque Sylviane Grosset-Janin est élue maire (divers droite) de Megève en 2008, elle découvre, dans le budget de la Ville, un prêt souscrit l'année précédente. D’une valeur de 3 835 000 euros, il est remboursable sur 40 ans et indexé sur le taux de change entre l’euro et le franc suisse. “Personne ne pouvait se douter, à l’époque, que le rapport entre les deux monnaies, qui semblait stable, allait tellement changer”, explique-t-elle.

Avec la crise économique, la monnaie helvète est en effet devenue une valeur refuge, si bien que, “aujourd’hui un euro ne vaut plus que 1,20 franc suisse. Ce décrochage signifie que le taux d’intérêt de notre prêt a bondi de 4,37 % à 16 %”, souligne l’élue qui qualifie la situation d’inacceptable. La municipalité tente actuellement de trouver, avec Dexia, un moyen de sortir de cette situation. Sylviane Grosset-Janin a, pour l’instant, réussi à obtenir un sursis de la banque franco-belge. “Pour deux ans, notre taux d’intérêt est devenu fixe, aux alentours de 5 %. Il ne suit donc plus les fluctuations du franc suisse. Mais que va-t-il se passer après ?”, s’inquiète-t-elle.

Sans cet accord temporaire, Megève aurait dû payer 600 000 euros d'intérêts par an. “Il faut absolument que les pouvoirs publics interviennent parce que tant que je ne sais pas comment la situation va évoluer, on fait attention au budget. De futurs investissements pourraient donc être remis en cause”, reconnaît-elle. En arrivant à son poste, Sylviane Grosset-Janin ne pensait pas, en tout cas, que “le cours du franc suisse serait une préoccupation majeure de [sa] magistrature”…

 

Quiberon (Morbihan)
Emprunts souscrits : 3 653 000 euros
Surcoût estimé : 2 558 000 euros

Depuis 2002, la ville de Quiberon dispose de deux prêts. L’un d’une valeur de 2,5 millions d’euros à un taux fixe d’environ 6 %, l’autre d'un montant de 781 000 euros à taux variable. “En 2007, nous avons demandé à Dexia de renégocier le premier prêt car son taux était très élevé pour l'époque”, raconte Stéphane Marchetti, directeur général des services de Quiberon.

La banque leur propose alors de l’échanger contre un emprunt “structuré” du même montant, étalé sur 30 ans et indexé sur le taux de change de l'euro avec le franc suisse. La Ville accepte car le taux d’intérêt tombe à environ 4 %. “Pendant plusieurs années, cela a été une très bonne opération financière pour nous”, souligne Stéphane Marchetti. Mais, lorsque la monnaie suisse a commencé à gagner de la valeur, la situation risquait de déraper. “Nous avons très vite fait des estimations et, comme le taux d’intérêt allait dépasser 9 %, nous avons contacté Dexia qui a été très réactif”, raconte cet expert financier.

La “banque a accepté de neutraliser les effets négatifs de la hausse du cours du franc suisse et nous sommes revenus à un taux d’environ 6 %”, poursuit Stéphane Marchetti, qui estime que les chiffres publiés par "Libération" ne “reposent sur aucune réalité”. Celui-ci assure par ailleurs que la Ville n’a pas ressenti d’impact négatif à la suite de la souscription de ce prêt et que des travaux sur le port ont même pu être réalisés grâce à lui. Avant de préciser cependant que “ces produits structurés ont largement perdu de leur attrait”.

 

Balma (Haute-Garonne)
Emprunts souscrits : 5 849 000 euros
Surcoût estimé : 3 466 000 euros

“Les chiffres publiés par 'Libération' ne correspondent pas à la réalité”, tempête Laurent Méric, conseiller délégué (socialiste) en charge des finances de la Ville de Balma. Selon le quotidien, cette commune de 14 000 habitants a souscrit à trois prêts toxiques, alors que “le deuxième, d’une valeur de 2 536 000 euros, n’est qu’un remodelage du premier pour avoir de meilleurs conditions”, assure-t-il. Au total, Balma ne serait donc endetté qu’à hauteur de 3 millions d’euros.

Lorsque Dexia s’est présentée en 2007 avec son offre, la banque “a tout fait pour mettre la ville en confiance, tout en précisant qu’il s’agissait d’un emprunt à taux variable”, explique Laurent Méric. L’affaire semblait en effet sans risque : l’indice de référence du taux d'intérêt appliqué à la commune ne connaissait pas de fluctuations majeures. Sauf que la crise est (encore) passée par là...

Pour Laurent Méric toutefois, la Ville a réagi rapidement aux risques de dérapages : Dexia a accepté de changer l’indice de référence de l'emprunt et a gelé pendant deux ans les taux d’intérêt à 3,75 %, si bien qu’aujourd’hui, celui-ci estime que ces emprunts “ne sont toxiques que si on ne les suit pas de très près”. Et rappelle que cet argent a permis de créer une salle polyvalente.

 

Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Maritime)
Emprunts souscrits : 3 877 000 euros
Surcoût estimé : 2 224 000 euros

En 2007, la commune de Notre-Dame-de-Gravenchon a souscrit auprès de Dexia un prêt de 7,5 millions d’euros d’un genre un peu particulier. La moitié de la somme est soumise à un taux fixe de 4,20 %, l’autre à un taux variable indexé sur l’évolution de la livre sterling britannique. “Lorsqu’on a signé, la partie variable avait un taux de 3,14 %, ce qui était très bon”, se rappelle Christian Maurice, premier adjoint au maire de Notre-Dame-de-Gravenchon en charge des finances.

Mais la crise provoque un effondrement de l’euro par rapport à la livre sterling et une envolée du fameux taux d’intérêt. Dexia revient alors à la charge, en 2009, et propose d’indexer la partie variable du prêt sur le franc suisse. “Ce qui me frappe a posteriori, c’est qu’en 2009, les banques connaissaient déjà les risques de ces prêts toxiques, mais que Dexia nous en a proposé malgré tout”,déplore aujourd'hui Christian Maurice, qui estime que Dexia n’a pas joué son rôle de banque des collectivités.

Depuis, le taux de change de l'euro avec le franc suisse a également dérapé. La Ville cherche donc désormais un moyen de sortir de ce prêt, mais “ce n’est possible pour l’instant qu’en payant d'énormes pénalités du surcoût”, souligne Christian Maurice. En attendant, la Ville, comme d’autres, a réussi à obtenir de sa banque un gel du taux d’intérêt à 5,80 % jusqu’en 2013. “Sans cet accord, nous serions obligés de payer 14 % d’intérêts, soit 190 000 euros par an en plus”, conclut l’adjoint.

 

Commentaires (8)

Dexia un mirage : quid de la circonspection nécessaire ?

N'est-il pas facile d'accuser Dexia ou toute autre banque d'être responsable de l'imprudence de maintes collectivités qui ont cédé aux mirages des propositions de leurs banques, souvent à moyen terme, quand avec les fluctuations de l'économie comme des taux, on ne peut courir de tels risques sans danger, qu'à court terme par exemple 3 ans ? et je le dis pour l'avoir couru pour de petits prêts et pour une petite entreprise. Bien des gestionnaires de nos collectivités ont engagé non leurs responsabilités immédiates, mais nous citoyens,comme payeurs des impôts locaux. Quid de la circonspection toujours nécessaire et d'un minimum de prudence dans le financement des investissements

la liste complète

je souhaiterais savoir comment obtenir la liste des 5000 communes ayant souscrit à ces emprunts toxiques . je ne voudrais pas voir les impôts locaux exploser.
Je vous en remercie par avance

dexia

Les municipalités avaient trouvé très bien cette indexationentre euro et franc suisse. Elles ont donc spéculé et elles perdent elles ne doivent pas pousser des cris de putois mais regarder en face et assumer. Ce n'est pas la faute à Dexia si le franc suisse s'est renforcé!

Contreverite

N’écrivez pas n'importe quoi, vérifiez vous sources. Je vous cite:
"Mais la crise provoque un effondrement de l’euro par rapport à la livre sterling et une envolée du fameux taux d’intérêt."

C'est le contraire, la livre qui était restée stable autour de 1.53€ s'est effondrée sous 1.10€ après la crise. Depuis la livre varie entre 1.10€ et 1.15€.

Le chois d'un élu local

par les électeurs est aussi pifométrique que le choix d'un préteur par les dits élus; les uns comme les autres ne voient les choses qu'à très court terme, c'est à dire pas plus loin que le bout de leur nez: et voila ce qui arrive, mais bah ! on profite des élections suivantes pour virer les clampins en place et les remplacer par des gugusses du même tonneau, mais qui ont l'avantage d'avoir de nouvelles têtes. Quand enfin on aura compris que nos communes d'opérette ont vécu et qu'il faut réformer tout celà pour arriver à une gestion d'ensemble et faire des économies en revoyant le nombres de couches du mille feuilles hexagonal, on aura fait un grand progrès, mais entre temps on aura allègrement claqué le fric des Français.

Prêt

Dans tous les domaines, le "sachant" est tenu au devoir de conseil et dans les cas exposés et un autre que je connais dans notre municipalité, Dexia s'est comporté de façon scandaleuse avec pratiquement abus de pouvoir car s'adressant à des interlocuteurs pas totalement au fait de ces questions financières. je souhaite que si Dexia est attaqué en justice, il soit tenu compte de ce manquement au devoir de conseil.

Mafioso

Dexia est une banque qui doit faire partie de la mafia,comment peut on laisser des pratiques aussi voleuse subsister par les temps qui court.Cette banque doit être éjectée de la France et faire ses magouilles en Belgique ou en Suisse.L'état doit intervenir et condamner ces pratiques frauduleuses en taxant cette banque de la même façon qu'elle traite ses clients et c'est urgent.

où est le problème ?

il suffit d'augmenter un peu plus les impôts locaux et probablement de contracter un deuxième prêt (toxique lui aussi ?) pour remettre le problème à plus tard.

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